‹ Thérèse DunoyerChapitre 12 sur 71 · M. DE MONT AL · texte numérisé non relu

M. DE MONT AL

latiou d'iioiiinie adroit et heureux, en excitant l'envie de ses amis, ne changea pas sa position pécuniaire ; son avoir était réduit de dix raille francs au bout (le deux ans de liaison avec mademoiselle Julie, qui l'aimait d'ailleurs avec le plus comple'tlHésintércsscment.

Alalheureusement pour la délicatesse de M. de Montai, il n'éprouvait, lui, pour cette jeune femme (|u'un sentiment très-froid; journellement elle le choquait par la vulgarité de ses manières, ou elle le l)les5ait par ses impérieuses exigences ; mais, tenant à celte triomphante conquête, non par amour, mais par orgueil, il dévorait avec une rage contenue les humiliations les plus amères : en un mot, le comte était pauvre , et mademoiselle Julie était son luxe; cette femme lui était enviée par ceux dont il enviait, lui, la fortune ou la grande position : aucune bassesse ne lui coûtait donc pour conserver sa maîtresse. Xous disons bassesse^ parce que M. de Montai n'aimait pas mademoiselle Julie ; s'il l'eût aimée , son valetage eût été ridicule peut-être, mais jamais honteux.

Ce n'était pas tout ; le gentilhomme était souvent forcé de feindre de ne pas entendre certaines paroles piquantes d'un vieux comédien presque infirme nommé Ducanson. Cet homme, très-cynique, très-caustique , était le chef du parti hostile à mademoiselle Julie, et il ne lui ménageait pas les impertinences, même en présence de M. de Montai, dont elle se faisait souvent accompagner au théàti-e . madanif

Si THERKSF DUXOYER.

Sauvageot ayant donne au comte une (\orn\cve marque de confiance et d'estime en lui disant : a Vous (^tes à la fois l'amant et le frère de Julie ; je n'ai plus maintenant i\ m'occuper d'elle; \ous êtes de Ici famille.

Les railleries mordantes du vieux Ducanson n'en étaient pas moins insupportables à M. de ilontal ; mais, ne pouvant exiger de satisfaction de ce vieillard infirme, il subissait les conséquences de la position qu'il s'était faite auprès de mademoiselle Julie.

Cependant les années passaient, et l'heureuse influence de l'étoile de M. de Montai ne se réalisait pas. Allant et depuis sa liaison avec mademoiselle Julie, il avait été vu à l'Opéra , dans le monde, par t3utes les veuves et par toutes les héritières de Paris ; aucune n'avait paru le remarquer. Quoique mademoiselle Julie ne lui occasionnât aucune dépense, il avait encore à peine de quoi vivre pendant dixhuit mois, au bout desquels, à moins de quelque événement miraculeux, il se trouverait exposé à la plus complète misère, trop heureux de solliciter un modeste emploi auprès de son ami Roupi-tiobillon , dans le cas où celui-ci serait encore ministre.

In jour enfin M. de Montai douta de sa providence en voyant l'heure de l'infortune s'avancer à grands pas; mais bientôt, frappé d'une idée subite, il revint à l'espérance, et s'écria :

Il Je suis un grand sot! ma providence, ma fidèle providence, jette i\ mes pieds, sinon un trésor, du nioins une douce existence parfaitement assurée, et

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