M. DE MO MAL. 8Ù
je suis assez aveugle pour passer à côté de ce boiihcur! Julie possède plus de cent mille écus parfaitement places ; elle gagne au moins cinquante mil.'c francs par an; pourquoi ne l'cpouserais-je pas? Si une mauvaise et sotte honte me relient, tant pis pour moi ; je m'irrite de mourir de faim. Gomment ! j'; i maintenant tous les ennuis, tous les dégoûts du mcnage, sans en avoir les avantages positifs... Comment! je n'aime pas Julie... et je la subis seulemei t pour me faire envier quelque chose par des gei;s plus heureux que moi... tandis qu'en l'épousant... je la subirais du moins pour un motif raisonnable... el, d'ailleurs, une fois maître de sa fortune... nous verrons... Julie a un fond de cent mille écus bien places et cinquante mille francs à manger par an , avec cela nous vivrons à merveille ! Je ne verrai pli: s le monde, c'est vrai; mais ma société se composeia d'artistes, et j'y gagnerai. Sans doute le monde n.c blâmera. Le monde ! — ajouta-t-il en haussant h s épaules de pitié ; — et lorsque je serai réduit à mon dernier louis (ce sera bientôt), le monde, pour n:e récompenser d'avoir respecté ses préjugés, m'offrirat-il les avantages que j'aurais trouvés dans un mariage avec Julie ? Parbleu ! je serais un grand sot de dédaigner, pour une ombre de considération, la réalité qui s'offre si complaisamment à moi! i
On trouicra sans doute l'ambition de M. de Montai bien rapctissée ; il y avait sans doute une énorme distance entre mademoiselle Julie et une veuve opulente ou une riche héritière ; mais le comte ne vou-
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lait pas se montrer trop cxi<jeaiit avec sa providciice, de peur de la rebuter. Il sut être modeste et de bon «joùt eu acceptant ce qu'elle lui offrait.
Toutefois , le comte ne se décida pas tout d'abord à cette grave détermination; sa vanité, son orgueil se révoltèrent violemment contre une telle alliance. Mademoiselle Julie était jolie comme un ange ; elle avait beaucoup d'ordre , beaucoup d'économie , une conduite très-régulière, un talent remarquable ; mais elle était fantasque , exigeante et vulgaire ; sou caractère manquait d'élévation, et son esprit de culture. En scène , ses manières étaient d'une distinction rare, d'une élégance exquise ; son accent, d'une douceur enchanteresse ; mais chez elle , pour se délasser sans doute de la contrainte que lui itnj)o,sait le théâtre, elle descendait de son piédestal, quittait le masque et le cothurne, et s'humanisait à ce point qu'on reconnaissait facilement en elle la nièce chérie de madame Sauvageot.
Lorsque M. de Montai envisageait sa future femme sous le point de vue Sauvageot, il éprouvait de cruelles hésitations, surtout en se rappelant certaines confidences de la tante , qui, ne voulant rien avoir de caché pour son petit iiotaire , lui avait avoué que les cent mille écus de mademoiselle Julie lui avaient été légués pav feu ses premiers protko
IKIRS.
La respectable madame Sauvageot ne qualifiait jamais autrement ces sortes de présents et leurs donateurs.