‹ Thérèse DunoyerChapitre 17 sur 71 · M. DE MO.\T · texte numérisé non relu

M. DE MO.\T

Le lecleur voudra bien qiiillcr les rochers de la tôle de Bretagne pour nous suivre dans un petit appartement situé à l'entresol d'une maison du boulevard des Italiens.

Cet appartement, habite par M. le comte Edouard (le Montai , a, si cela se peut dire, nnc plujsionomir très-signilicativc ; pourtant quelque habitude d'observation est nécessaire pour distinguer les nuances qui caractérisent cette physionomie : au premier abord, on est frappé d'une apparence de luxe et même d'élégance ; mais , avec un peu d'attention , on découvre que tout est sacrifié à l'cfret, que tout est imitalion.

Des tentures de papier, des étoffes communes imitent la souple épaisseur, les teintes éclatantes des anciens damas. Quelques vases de porcelaine moderne, grossièrement enluminés, montés en cuivre, imitent le vieux sèvres aux peintures d'un fini si précieux , aux bronzes dorés et ciselés comme de l'orfèvrerie. Plus loin , un dressoir de bois de cbène, grotesque ;tsscmblage de panneaux gothiques et de frises de la renaissance, imitent ces merveilleux

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meubles ti'éJ)ène ou de noyer sculptés avee lanl d'amour, fouillés avec taut d'art, où une l'autaisie charmante se déroule eu capricieuses arabesques d'oiseaux , d'enfants et de fleurs. Des encoignures de marqueterie aux plaques de cuivre , découpées sans goût et appliquées sur de la corne fondue , imitent ces meubles de Boule, dont la brune écaille, rehaussée de corail et de nacre , était enrichie d'incrustations de cuivre ou d'étain, admirablement burioées par Xanteuil ou par Audran , ces inimitables graveurs du siècle de Louis XIV. Enfin , quelques boîtes de vermeil, ornées de pierres fausses, quelques émaux de Limoges , pompeusement étalés sur une étagère , imitaient ces rares collections de basreliefs florentins de buis ou d'ivoire , de figurines d'argent qui portent le nom de Germain Pilon sur leurs socles de lapis , de statuettes d'or byzantines , émaillées de pourpre et d'azur, de charmantes tabatières où les plus merveilleuses miniatures de Petitot sont encadrées de feuillages d'cmeraudes , de guirlandes de perles fines et de rubis. Il eu était de même des tableaux : quelques larges bordures , renfermant de mauvaises toiles enfumées , confuses , marbrées d'un épais vernis , itnitaient les chefs-d'œuvre de Vouvermans , de Tcniers ou de \'an Ostade.

Si nous insistons sur ces différences entre le véritable et le faux luxe, si nous établissons celle distinction rigoureuse à propos de l'espèce de décoration théâtrale dont s'entourait M. de Montai , c'est

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