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VOUS , au milieu des bois , lorsque nous croyions retrouver le bruif des mers dans la cime agitée des pins '. ^'
D'autres fois , la jeune fille cbangeait selon son cœur le dcnoijment de cet admirable poème : Amélie ne mourait plus ; Thérèse , attirée vers elle par une irrésistible sympathie, la consolait, la calmait, comme elle calmait, comme elle consolait aussi René; le frère et la sœur épanchaient leurs larmes amères dans le cœur de leur amie commune ; ces deux cœurs si malheureux s'épuraient par la confiance ; leur attachement redevenait fraternel , el l'amoui- de René récompensait Thérèse.
Bien que puériles, ces visions occupaient depuis quelque temps une grande place dans la vie de Thérèse ; don Juan était oublié, \ amante de René ne souriait plus en baissant les yeux devant les regards effrontés du héros de Byron ; elle le toisait avec dignité ; à ses bouquets, à ses galantes sérénades, elle préferait mille fois le tintement lugubre de la cloche du couvent d'Amélie , ou les accents douloureux de René, qui se mêlaient au murmure des vagues.
Thérèse ressentait une répugnance invincible pour Paris. Elle désirait le grand air, la campagne, la solitude, les grèves , la mer avec ses imposantes magnificences. Quelquefois elle pensait avec amertume que peut-être un René inconnu soupirait pour elle, comme elle soupirait pour lui ; que peut-être un
• René.
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lioiiimc jeune, passionne, mélancolique, épris eoinine elle de tous les charmes de la vie solitaire et eoiiteriiplative, pleurait eu disant : « Où trouverai-je la femme de mes rêves?» comme elle pleurait ellemême en disant :
tt Où trouverai-je le René de mes rêves ? «
Etrange phénomène, ou plutôt étrange rapprochement.
A cette heure , à ce moment , Kvven de Ker-Ellin était tourmenté du même désir vague et inquiet , de la même conviction à la fois douce et désolante, qu'une àme appelait aussi son àme, mais que l'abime de l'inconnu séparait ces deux l'en entes aspii-ations.
Hélas ! que de lois ces comcidences mystérieuses ont dû se renouveler! Que de fois des larmes et des vœux solitaires ont peut-être répondu, dans l'espace, à des larmes, à des vœux solitaires? Que de sympathies profondes , que d'affinités puissantes se sont à jamais ignorées ! que de bonheurs inexprimables ont aiorté faute d'une rencontre, faute de l'un des plus simples accidents de la vie matéi-ielle !
Xous insistons sur ces réllexions vulgaires peutêtre, parce que ce récit même nous les suggère.
Au moment où Thérèse était sous le charme de Re?u' et des sentiments nouveaux que ce livre avait éveillés en elle, Evven de Ker-EUio allait quitter la Bretagne et venir à Paris ; il devait nécessairement se présenter chez M. Achille Dunoyer, voir Thé-
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rose, être Ihippé de sa ressemblance avec le portrait mystérieux de Treff-Hartlog, et sans doute ressentir pour elle un violent amour , puisque le hasard donnait à cette jeune fdle tous les avantages, tous les ijoùts dont AI. de Ker-Ellio avait paré son idole.
M. de Ker-Ellio ne pouvait-il pas enfin espérer d'être agréé pour gendre par AI. et madame Dunoyer ? X'était-il pas riche, titré! Xe les dêbnrrasscrait-il pas de leur fille, ainsi qu'ils le désiraient?
La suite de cette histoire dira si la fatalité noua ou brisa les sympathies , les liens de toutes sortes qui semblaient devoir unir Euen et Thérèse dans une éternelle félicité.
AI. Dunoyer, en parlant à sa femme devant ses deux filles de sa nouvelle intimité avec AI. de Alontal, avait donné des louanges de très-mauvais goût à la rouerie, aux prodigalités, à la figure de son nouvel ami, résumant son admiration par ces mots : C'est un véritable don Juan.
Si Thérèse n'eût pas été folle de René, ces paroles auraient peut-être excité en elle une dangereuse curiosité. Parmi les personnes qu'elle rencontrait dans le salon de sa mère et dans les bals où on la conduisait quelquefois , elle avait été loin de retrouver le type du héros de Byron. Elle avait le goût trop difficile, trop délicat, l'imagination trop exigeante, pour voir un don Juan dans le premier homme venu , tandis que l'esprit et l'habitude de séduction
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que M. Achille Dunoyer prêtait à M. de Montai se rapprochait assez de réminente création byronienne.
Mais l'influence de René était toute-puissante ; Thérèse prit même plaisir à parer M. de Montai des charmes les plus enchanteurs pour l'offi'ir en holocauste à son pâle René avec plus de plaisir encore. Elle maudit cet importun , qui venait troubler ses graves et douces amours avec le frère d'Amélie ; elle se promit de se faire le lendemain reléguer dans sa chambre pour échapper à l'ennuyeux dîner dont ,1/. don Juan de Montai devait être le héros.
Jamais René ne fut plus passionnément adoré par Thérèse que pendant cette soirée , jamais elle ne fit de plus beaux rêves de solitude et d'amour, jamais figure imaginaire ne prit, pour ainsi dire, une forme plus réelle, jamais la fantaisie d'un grand poète ne causa de ressentiments plus profonds...
Si l'on ne devait craindre de ternir du moindre souffle l'angélique pureté de ces chastes amours par une comparaison d'un autre ordre, on dirait que \{cxié, fut heureux ce soir-là ;... car, après avoir longuement songé à son idéal , le cœur de Thérèse se serra, comme si elle avait commis une faute.
La jeune fille avait le front appuyé sur le canapé, ses joues brûlantes étaient baignées de larmes, lorsqu'elle entendit frappcu* à sa porte. Elle avait oublié l'heure; il était près de minuit.
Clémentine et mi.ss Hubert revenaient du spectacle.