L'INVITATION. 19B
joyeux ot cruel , esclave du savoir-vivre et contempteur des liens sacrés pour tous , cet homme , enfin , de si excellentes façons et de moralité si perverse , inspirait à Ewen un vague effroi. Il se sentait au contraire une secrète sympathie pour M. de Montai , qu'il trouvait affectueux et prévenant.
On doit savoir presque gré à Ewen de- la simplicité digne avec laquelle il avait subi cette première épreuve du feu parisien. Son caractère ferme, son bon sens et son tact naturel avaient tout fait.
La raison d'Ewen , un moment ébranlée par l'abus de la solitude , avait repris son équilibre à mesure qu'il s'était éloigné de Treff-Hartlog , de ce triste théâtre de ses dangereuses rêveries.
Depuis son séjour à Paris , il avait sagement envisagé sa position, ses chimères d'idéalité s'étaient peu à peu évanouies ; il en reconnaissait la fâcheuse vanité et souriait en pensant au portrait de Treff- Hartlog qui lui avait causé de si folles terreurs.
Le mystère de la présence de ce tableau , que l'abbé affirmait avoir vu briàler, semblait toujours inexplicable à Eiven, mais nullement fatal ou surnaturel. Il songea très-sérieusement aux propositions de mariage que lui avait faites le bon abbé , et se rappela que les deux protégées du recteur étaient , sinon belles, du moins avenantes et gracieuses ; le souvenir de l'une surtout, brune, fraîche, riante et ingénue, prit peu à peu dans sa pensée la place si
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longtemps occupcp par l'iudôcise ci pâle figure de Ti-eff-Hartloc{.
Eu en écrivit dans ce sens une )ono[iie lettre à son ancien précepteur, et y ajouta quelques lignes pour Lès-en-Goch et pour Ann-Jann. A cette lecture l'abbé dut bondir de joie , et les deux vieux serviteprs pleurer d'attendrissement et de bonheur; car le niahweïhrin annonçait son prociiain retour.
Voulant mettre à profit son séjour à Paris pour voir ce qu'il avait à y voir, Kuen avait résolu d'y rester au plus quinze jours encore et de retourner dans sa chère Bretagne.
Ce ne fut pas sans une anxiété presque pénible que le jeune baron attendit l'heure à laquelle son cousin devait venir le chercher pour le conduire dîner au Rocher de Cancale. Ce dîner lui semblait quelque chose de formidable.
En effet, quitter les grèves solitaires de l'Armorique pour un dîner à'impures donné par un homme marié qui a deux maîtresses, qui raille les amoureux de sa femme , et qui , le matin même , a tué un homme en duel...., la transition était brusque pour le rustique élève de l'abbé de Kérouëllan.
D'après l'avis de son cousin, M. de Ker-Ellio s'habilla très-simplement , d'un habit bleu exactement boutonné, d'un gilet blanc et d'un pantalon noir. Il n'y avait absolument rien de remarquable dans la mise d'Ewen ; partant , il était très-convenablement mis.
LE HOCHKU \)E GANCALE. 19V
A sept heures, l\ï. de Monted le vint prendre en voiture de remise. Les deux cousins partirent pour le Rocluv de Cancalc.