‹ Thérèse DunoyerChapitre 33 sur 71 · LK ROCHER DE CAXCALE · texte numérisé non relu

LK ROCHER DE CAXCALE

Kii offpl , un maître-d'hôtel ouvrit bruyamment les deux haltanis de la porte, et le marquis parut au milieu des deux sœurs, auxquelles il donnait le bras.

M. de Beaurejfard fut salué d'une acclamation unanime , et s'arrêta une seconde au milieu de cette large porte avec un air d'hésitation railleuse.

Qu'on nous pardonne de consacrer quelques lignes à cette apparition , qui ne manquait pas d'une certaine tournure comme ohjcl d'art, comme tableau. liC groupe des deux sœurs et du marquis était charmant.

M. de Beauregard , nous l'avons dit , était grand , bien fait, et, malgré un peu d'embonpoint, sa taille avait conservé beaucoup d'élégance. Si le matin il s'habillait avec la plus extrême simplicité , le soir il se livrait à toutes les fantaisies de son imagmation ; ses toilettes éblouissantes n'allaient qu'à lui ; elles eussent écrasé de ridicule tout autre que lui , tandis qu'elles rehaussaient au contraire sa grande mine , comme on disait jadis.

Le marquis portait ce soir-là un habit bleu-clair à boutons d'or ciselés d'un travail exquis ; son large collet de velours noir et ses revers démesurément ouverts s'étalaient sur ses épaules ; son gilet de velours brun glacé d'argent, de cramoisi, et rehaussé de boutons de rubis entourés de pierres fines , s'échancrait largement sur une chemise de batiste ouvragée , véritable cuirasse de la plus admirable broderie , agrafée par troi.s magnifiques rubis entourés

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de perles fines, comme les boutons du gilet et comme ceux des poignets relevés sur les parements de l'habit ; une haute cravate blanche empesée , sur laquelle se dessinait la coupe gracieuse de ses favoris, éclaircissait encore le teint du marquis. Enfiu un pantalon de Casimir noir presque collant, des bas de soie à jour et des souliers très-découverts , carie marquis avait un pied aristocratique, complétaient cette toilette d'une richesse extravagante, que le grand air de M. de Beauregard faisait non-seulement tolérer, mais admirer.

Maintenant, qu'on se figure le marquis au milieu de deux femmes jeunes , charmantes , tenant à la main d'énormes bouquets, coiffées en cheveux, ayant les épaules nues, des tailles de guêpe, des jupes bouffantes d'une moire blanche , épaisse et scintillante ; qu'on inonde ce groupe d'une masse de lumière que projettent les bougies d'un lustre de cristal placé dans la pièce voisine ; en face de la porte; qu'on se rappelle enfin la physionomie vive, railleuse et hautaine du marquis, et l'on aura un ensemble qui, vu la laideur épouvantable de nos costumes d'hommes, ne manquera ni d'éclat, ni de magnificence , et l'on comprendra fespèce de clameur admirative qui salua fentrée du marquis et des deux sœurs.

Au moment où M. de Beauregard abandonna le bras de mademoiselle Rosa et de mademoiselle Herininie, un maître-d'hôtel s'approcha et lui dit : li Monsieur le marquis est servi, j

LE ROCHER DE CANCALE. âOT

Pendant tout le temps de la scène qui va suivre , c'est-à-dire pendant le dîner, le marquis , malgré son apparente gaieté, sera sous l'impression d'une sorte d'excitation fébrile , ses yeux seront plus brillants que de coutume , sa plaisanterie quelquefois amère et incisive.

Pourquoi ne pas le dire? les bruyants éclats de rire de AI. de Beauregard seront plus convulsifs que gais, car ils cacheront une pensée poignante et douloureuse ; la joie du marquis sera près d'être terrible.

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