‹ Thérèse DunoyerChapitre 35 sur 71 · LK DIX EU · texte numérisé non relu

LK DIX EU

conlompler avec véuération... avec ébaliissenient... avec étourdisscment.

i.R MARQUIS, riniit. — Et d'où viennent ces respects et ces éhahissements , ma fille?

SERPKXTiXE. — Comment! marquis... tu ne sais pas l'histoire de AI, Labirinte avec Des Roches ?

LE MARQUIS. ; — Quelle histoire?

LABiRiXTE, moins flatté et i^ougissmif. — Mademoiselle... je... en vérité... mademoiselle...

PLUSIEURS cowiVES. — On demande l'histoire.

SERPEXTixK. — C'est que c'est bien inconvenant.

BAinRicoLRT, viaut. — Raison de plus.

i,K :\iARQUis. — Et surtout ne gaze point ; ça serait bien pis.

LABiRi.VTR , ti'ouhlè. — Je sais ce que mademoiselle va dire... C'est une histoire de pauvre invention ; n'est-ce pas , capitaine Des Roches?

DES ROCHES, vinut. — Mais non, il y a un fond de vérité. . . Voyons , Serpentine ?

SERPEXTixK. — Vous sauiTz douc , ct c'cst là ce qui cause ma vénération pour M. Labirinte , (d'vn ton tragif/ne) vous saurez donc que si la patrie en deuil avait, il y a deux mois, jeté quelques fleurs sur la tombe de cet intéressant doctrinaire... fE/k montre M. Labirinte.)

MnxTAï,. — Ah ! mon Dieu ! quel lugubre exorde î

212 THKRKSE niNOVER.

SERPENTINE. — ... Cet iiitéressanl doctrinaire aurait eu moralement le droit d'avoir , ô chaste symbole, son cercueil recouvert de draperies aussi blanches que celles qui flottent sur le char funèbre d'une jeune fille.

SAiXTE-LUCE. — Mais, c'est tout simple, M. Labirinte est garçon.

SERPENTiNK. — Je ne voulais certes pas dire autre chose. Toujours est-il que la candeur qui rayonnait au front de notre doctrinaire intéressa vivement une mystérieuse inconnue ; cette inconnue devint bientôt si naïvement passionnée , que , dans sa primitive ignorance , le cœur immaculé de M. Labirinte se trouva fort embarrassé. Ce jeune député n'avait pas la plus légère notion de l'art... d'aimer ; il alla trouver Des Roches, expert-juré en ces matières, et Des Roches lui donna, dit-on, d'excellents conseils. (Tous les convives rient , excepté J/. Labirinte.)

LE MARQiis, éclatant de rire en regardant Des Roches. — Comment ! vraiment. Des Roches ? C'est vous... qui... (Il rit.) Ah! ah! ah! c'est ravissant.

.SERPENTINE. — C'cst le nom de l'inconnue que je voudi'ais bien savoir.

DES ROCHES. — M. Labirinte est la discrétion même. A moi, son professeur, il me l'a toujom's caché... (A part.) Pourtant, s'il n'avait pas été si niais, j'aurais eu un soupçon... Depuis quelques jours...

LE 1)1 XER. 213

SAIXTE-LUCE. — Il faut cspérei* que M. Labirinle a profité de la leçon... et qu'il est maintenant aussi t^rand séducteur que fin politique.

MoxTAL. — Oh! en politique M. Labirinte... n'est.

pas novice Il est le bras droit de mon ami

AI. Roupi-Gobillon.

CLARISSE HARLOUE. — Aï. Roupi-Gobillon, un gros ministre laid comme une chenille ?

MOXTAL , riant. — Le fait est qu'on ne peut refuser à mon ami le ministre une physionomie aussi patibulaire que celle de tous les coquins qu'il a défendus quand il était mauvais avocat.

LE MARQUIS. — OÙ diable as-tu connu AI. Roupi- Gobilloo , Clarisse ?

CLARISSE. — Ici. Il avait demandé à Dorville , un do ses amis , de lui donner à dîner avec quelques lilles d'esprit; il voulait faire une petite débauche régence. Ah ! le pauvre cher homme ! Il disait sans cesse à Dorville : a Tu es bien sûr que ma femme ignore ? Tu crois que ma femme ne saura pas? Dieu ! si ma femme savait !

LE MAJOR. — Sa femme est donc bien imposante ?

LE MARQUIS. — Pardieu! je le crois bien... un cordon bleu !

LE PRixcK CASTELLi. — Lu cordon bleu ! Est-ce ({u'cllc appartient à quelque noble chapitre étranger?

iU THE H ES K DL .\ U V K li.

.MO.\T.\i, , r/V////. — Cher prince, avant son mariage , il fallait chercher la minisiiesse au chapitre de la Cuisinière bourgeoise.

LK l'RixcE. — Comment cela?

LK MARQUIS, 7-iant. — Elle était la cuisinière de M. Roupi-Gobillon , qui l'a épousée étant avocat. Or , maintenant la plus embarrassée de ces deux personnes n'est pas celle qui tenait la queue de la poêle.

MOMAi- , riaut. — Du reste, ce mmistre'a cela de bon que, n'ayant aucune spécialité, on peut le mettre à toute sauce.

SAiME-LicK. — Et lors des discussions, comme ses reparties sont salées , on le réserve pour la bonne bouche.

SERPEXTLVE. — Ça n'cnipèche pas que, s'il fait des brioches, on dira qu'il subit l'influence de sa femme.

RUSA , d'un ton sentencieux. — C'est tout simple ; dis-moi qui tu (jantes, je te dirai qui tu hais, ou bien encore : Comme on connaît les singes , on les adore... (Rire général.)

LE MARQUIS à Eweu , lui montrant Rosa. — Eh bien ! baron , avouez que Rosa est une fille d'esprit.

EUEX , souriant. — Elle fait rire , du moins.

LE MARQUIS. — Allons , mcssicurs , vous êtes de méchantes langues. L'alliance de M. Roupi-Gobillon avec sa cuisinière est un symbole : cela veut dij-e ,

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que sous son ministère chaque citoyen aura la poule au pot , comme le voulait le bon Henri.

i,K ULC UK SKRD.A. — El cc M. Roupi-GoLillou a-t-il quelque valeur?

LK MAUQLis. — Aucune. Bel esprit de palais, encolure de cuistre de collège, c'est un de ces austères intrigants fanatiques du courage cicil, courage qui consiste, selon ces tas de poltrons hargneux, à dire et à endurer superbement les injures les plus grossières , ce qui n'est pardieu ni courageux ni civil.

LE MAJOR BROU.M. — Gomment cet homme-là est-il devenu ministre ?

LE JîARQLis. — Demandez cela à ]\I. Labirinte , major; en sa qualité de député, il fait et défait des ministres ; il doit savoir comment ça se machine.

AI. i.ABiRixTE , rougissant et d'un air empesé. — La majorité représentant l'opinion du pays, les chefs de cette majorité... [il tousse) de cette majorité... (Il boit un verre d'eau. )

SAiXTE-LUCE. — Allous douc , mon cher monsieur Labirinte, vous savez bien qu'il a été rarement question de majorité à propos de M. Houpi-Gobillon... au contraire.

AI. LABiRixi'K. — Je ferai observer à l'honorable pair. . .

.SAixTE-LicE. Ici, nous sommes tous pairs, monsieur Labirinte, pairs devant ces bonnes filles, n'estce pas , (Clarisse?

aïO THEKKSE DLXOVEH.

CLARissK. — Comment! pairs de France?

SAiXTE-LLCK. — \on , pairs en joie et en bonne humeur. ^lais , pour en revenir à M. Roupi-Gobillon, il a été ministre par un procédé très-ingénieux ; lui et une douzaine d'autres élus du peuple ont fait un jour cette judicieuse réflexion : • Les partis sont tellement subdivisés, que l'appoint qui constitue une majorité se compose au plus d'une douzaine de voix. Or, devenons... »

MOXTAL. — Appoint?

SAixTE-LiCE. — Comme vous le dites , Montai ; t devenons appoint, et l'on sera bien forcé de compter avec nous, i

BAUDRicouRT. — Ou plutôt l'on ne pourra compter sans nous.

LE MARQUIS. — Xous serons , comme on dit , une valeur de zéro bien placée.

SAiXTE-LLCE. — « Alors nous, fraction imperceptible, nous constituerons la majorité ; décidant de toutes les questions, nous aurons large curée de victuailles administratives ; car , pour s'assurer notre appui, on sera obligé de prendre au moins un ministre parmi nous. Moi, je suppose, — a dit M. Roupi-Gobillon à ses confrères, ou plutôt à ses compères, — je serai votre fondé de pouvoir, le commanditaire de l'association politique Roupi-Gobillon et compagnie. » — Ce qui fut dit fut fait ; les dix élus sen-èrent leurs rangs, et voilà commentM. Roupi-Gobillon fut ministre...

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