LE DIX EH
LK MARQiis. — Kt voilà comment ce polisson-là, mari d'une cuisinière , a été appelé à enlaidir et à empester les conseils de la couronne. Dans quel temps vivons-nous !
SKRPE\Ti\K. — Ça doit vous faire plaisir, Montai, de voir traiter ainsi votre ami intime , lui qui vous avait offert de si belles places lors de votre ruine!
iioMAL. — J'ai tout refuse pour conserver mon indépendance et pouvoir, comme un autre, me moquer de M. Roupi-Gobillon.
SKRPEXTiXE. — Oui, VOUS en moquer, seulement... en ami intime.
CLARISSE. — Dites donc, mon pauvre Montai, c'est pourtant pour singer le marquis qu'un jour vous serez peut-être réduit à demander une petite place à M. Roupi-Gobillon.
MOXTAL, piqué mais se contenant. — En imitant le marquis, j'ai au moins su choisir mon modèle, et j'ai bien fait les choses, n'est-ce pas, Beauregard?
LE AiARQLis. — Hum ! hum ! comme ça; je n'ai pas toujours été content de vous, mon cher! Quand il fallait galamment jeter cent beaux louis d'or par la fenêtre pour agir en gentilhomme, vous jetiez de mauvaise grâce dix-neuf cent soixante-dix lii-res en gros sous. Aussi grâce à cette avaricieuse prodigalité, vous vous êtes ruiné en bourgeois , au lieu de vous ruiner en grand seigneur.
•il8 THKKKSE DUNOYER.
MOMAL, riant d'un air forcé. — Vous êtes sévère, marquis.
CLARISSE HARLOUK. — C'est vrai ce que tu dis là , marquis. C'est peut-être pour cela que Julie a refusé la main de ce feu dépenseur de gros sous, comme dit la tante Sauvageot. {Elle montre Montai.)
MO\TMy pi (j né. — C'est bien vieux, cette histoirelà , mon enfant.
SERPEM IXE. — Dites donc , est-ce vrai , Aloutal , que cette bonne Julie vous donnait dix louis par mois, pour vos gants?
MOXTAL, se contenant^ mais irrité. — Méchante !
CLARISSE, riant. — C'est une calomnie, une atroce calomnie... Julie était trop avare pour. cela.
MOXTAL, à Serpentine. — Ah ! voyez-vous !
SEKPENTiXK. — Certainement, maintenant les filles de théâtre ont Montai pour rien ! il a baissé , il va se rabattre sur les femmes du monde.
DES ROCHES. — Si elle se met à parler des femmes du monde, marquis, elle va en dire de belles!
SERPEXTiXE. — Tiens, cela me fait penser à l'aventure de la duchesse de Mirepont.
BAUDRicouRT, ria?it d'un air forcé. — Serpentine, prends garde 1 il s'agit de ma cousine.
SERPEXTIXE. — Eh non ! il s'agit de la maîtresse du petit Sainval.
LE IHXKH. iUi
«.Ai-DRicouRT. — Ça lie l'empêcherait pas d'être ma cousine, mauvaise langue.
SERPENTINE. — Ta cousine ? Ah çà! i^oyons.
Comment l'entends-tu?
liAiDRicoiRT. — Parbleu , j'entends que madame la duchesse de ^lirepont est la fille de mou oncle.
SERPENTINE. — Allons donc. Elle est fille du général Alontfort , tout Paris sait cela. (Avec une gi'ftvité ironique. ) Wdixs je connais les égards qu'on doit aux familles. Ce n'est donc pas comme fille de ta tante , et pas du tout fille de ton malheureux oncle , que j'envisagerai la duchesse , mais simplement comme maîtresse du petit Sainval , c'est-à-dire ma rivale.
BALDRicoiRT. — Allous , la voilà partie. (A part.) Méchante vipère !...
SAixTE-LLCE. — Comment! ta rivale , Serpentine? Ah çà! et moi... qui t'aime , qu'est-ce que je suis donc là-dedans?
SERPENTINE. — Tu es Ic rival... de ton rival, voilà tout..
HAiDRicoLRT. — Avouous quc uous somiiics bien complaisants , je ne veux pas dire plus , de laisser calomnier ainsi les femmes de la société.
SERPENTINE. — Complaisants î calomnier ! il est charmant ! qui vient donc nous raconter toutes les médisances, tous les propos qui se tiennent sur les
2£0 THEUKSE DLNOVKK.
femmes du monde , si ce n'est vous? Comment les connaissons-nous? Par vous! Ainsi, par exemple, Baudricourt, comment aurais-je su que Ja baronne de Clairville te donne des rendez-vous, si tu ne me l'avais dit ?
HALDRicouRT , fiivicux , mcùs sc couteiiarU. — Allons donc... je me moquais de toi... ça n'est pas vrai.
SERi'KXTixE. — Cela est si vrai que tu m'as proposé de me prêter un de ses bonnets de nuit, m'enga{]eant à m'en faire faire de semblables parce qu'ils étaient d'un charmant modèle... (On rit.) C'est tout simple. \ ous aimez à faire de nous vos confidentes, moins pour nous éblouir de vos succès que parce que vous comptez sur notre indiscrétion. C'est comme Dumoncel, il m'a offert de me donner des lettres de madame de Senanges pour se venger d'elle ; il dit qu'après l'avoir à moitié ruiné, elle l'a quitté pour le beau Derfeuil.
LE MARQUIS. — Et... CCS lettres, qu'en devais-tu faire ?
SERPENTINE. — Lcs faire lithographicr , et les distribuer à mes amis... Mais je n'ai pas voulu... Pauvre petite madame de Senanges î entre bonnes camarades il ne faut pas se faire de ces traits-là.
SAiNTE-LUCE. — Ce que tu dis là est absurde. La vicomtesse de Senanges n'a ruiné personne , elle a cinquante raille livres de rente sans compter la for-