‹ Thérèse DunoyerChapitre 51 sur 71 · L.\ M.WSAUDE. i>r · texte numérisé non relu

L.\ M.WSAUDE. i>r

bien ([u'il faut que la falourde nous fasse la semaine, c( nous ne sonunes qu'à mercredi.

— Mais les enfants...

— Je vais les coucher, les autres vont se réveiller.

— Mais toi, Au^jusfine?

— Oli ! moi, cinq ou six tours de chambre, et je serai dégelée.

— Bonne femme, va!

— Et toi, est-ce que tu n'es pas bon homme.

— Le fait est qu'il y en a de plus malheureux que nous.

— Et cela sans aller les chercher bien loin , — dit Augustine en levant la tète vers le plafond.

* — Est-ce que cette dame t'a parlé depuis l'autre jour où elle t'a demandé un peu de braise allumée ?

— Xon, elle m'a remerciée bien poliment, et elle a remonté tout de suite vite dans sa mansarde, parce qu'elle entendait crier son enfant.

— Il fallait lui demander si elle n'avait pas besoin d'autre chose.

— Dame ! je n'ai pas osé ; à son parler on voit bien que c'est une bourgeoise.

— Qu'est-ce que ça fait qu'elle soit bourgeoise, si elle est dans la peine ?

— Pour heureuse, elle ne l'est pas. La femme du chiffonnier, qui est toujours à espionner, dit qu'un pain de deux livres cl un litron de pommes de terre lui font ses trois jours, avec deux sous de lait tous

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les matins. Pauvre chère dame, et être nourrice... par là-dcssus.

— Elle n'a peut-être pas de bois î

— C'est bien possible. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions ? Si nous en avions seulement un peu plus (|u'il ne nous en faut! mais, dame ! c'est juste! il faut liarder. Xous avons encore à retirer ta redingote du Mont-de-Piétc.

— C'est vrai ! bien heureux sont les riches ! ils peuvent n'y pas regarder de si près. Et tu es sûre que c'est une bourgeoise ?

— Rien qu'à ses belles petites mains blanches, à sa manière de parler, ça se voit de reste.

— Et son mari ?

— Il faut qu'il voyage ou qu'il soit un fameux sans-cœur de laisser ainsi sa femme dans la misère.

— Après cela, elle n'est peut-être pas mariée. C'est peut-être une pauvre jeunesse abandonnée par un homme, comme ça arrive si souvent.

— Ça est vrai, — dit Augustine ; — voilà comme ils sont , ces hommes : deux ou trois mois de plaisir, et puis, un beau jour, bonsoir! Malheureuse, tire-toi de là comme tu pourras, va à la Bourbe, noie-toi, ou meurs de faim avec ton enfant ! T'as de quoi choisir.

— C'est pourtant vrai que ça arrive quelquefois comme ça, Augustine ! Xom de nom ! abandonner son enfant ! Je n'ai jamais , Dieu merci ! fait de cet ouvrage-là. Et celte pauvre dame, est-ce qu'elle travaille ?

LA MAXSAIIDE. li'

— La Ipinmc d'en bas dit que, depuis un mois qu'elle est ici , elle a vu deux fois venir comme une maîtresse ouvrière qui lui a demandé si madame Thérèse, brodeuse, demeurait ici.

— Brodeuse? c'est ça, va! Augustine; c'est une jeunesse bourgeoise ; autrefois elle aura brodé pour son plaisir, aujourd'hui elle brode pour manger du pain.

— T'as raison, tiens, Pierre ; ça me met tout sens dessus dessous. Si elle n'avait pas déchois, pourtant!

— Justement voilà qu'il commence à neiger, et, dans ces mansai-dcs, on a le froid du toit , comme les morts ont le froid de la terre.

— Ce n'est pas pour mépriser personne , mais j'aimerais mieux je ne sais quoi que de loger dans une mansarde , à cause de mes enfants ; j'aimerais mieux me priver sur autre chose.

— Pauvre femme ! et si elle n'a pas de quoi se priver sur autre chose ! Dis donc, Augustine, pas de bois et dans une mansarde?

— Tais-toi donc, tu me fends le cœur.

— Est-ce que tu tiens beaucoup à retirer ma redingote cet hiver, Augustine ?

— Moi, Pierre? C'est pour toi que je veux la retirer, a(în que tu aies un vêtement propre à mettre le dimanche si tu vas faire un tour après ton travail.

— Bah! l'hiver, c'est pas bien amusant de se promener. Combien as-tu de côté pour la retirer?

— Mais il y a déjà onze francs sept sous. Dame, c'est pas beaucoup, mais nous pourrons toujours

Ï2><. THEllKSE IJLXOVEU.

partager notre bois avec la dame d'en haut , si clic en manque. \ous en rachèterons avec les onze francs sept sous.

— Ma foi, tant pis ; tu as raison, le bon Dieu nous l'cndra ça.

— V iens que je t'embrasse, Augustine.

— Oui, mais, un instant, comment faire pour proposer ça à la dame? Moi, je n'oserai jamais. Ce n'est pas qu'elle ait l'air fier; au contraire, elle est bien polie , bien douce , bien honnête ; mais , c'est égal, elle a quelque chose de... enfin je n'oserais pas.

— Augustine , une idée ! elle est venue l'autre jour t'emprunter de la braise ; va lui en emprunter à ton tour : tu verras bien si elle a du feu ; si elle n'en a pas...

— Eh bien !

— Eh bien ! tu lui diras ce que tu voudras , comme ça te viendra. Bah ! bah ! tu trouveras.

— T'as raison , Pierre , je prends ma pelle et je monte. C'est drôle , comme le cœur me bat ! — dit Augustine.

— Es-tu poule mouillée, va! Xe dirait-on pas que tu vas faire un mauvais coup?

— Allons, allons , je me rassure ; garde les mioches, car ils vont vouloir venir avec moi.

— Ici, mes enfants, — dit le ferblantier, — le jour est fini, en attendant la chandelle, je vas vous faire faire une course à cheval pour vous réchauffer et moi aussi. Allons, houp, ici les blondinettes!

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