‹ Thérèse DunoyerChapitre 53 sur 71 · LA MANSARDE · texte numérisé non relu

LA MANSARDE

PieiTO descendit.

Le poôle commença ù bruire malgré quelques bouffées de fumée.

Augustine avait assis Thérèse sur le lit, et la soutenait dans ses bras. Mademoiselle Dunoyer revint à elle , son premier cri fut :

« Ma fdle ! oîi est ma fille?

— Là, madame, au pied du lit. »

Thérèse se pencha sur son enfant et le couvrit de baisers.

tt Pauvre petit chérubin , faut-il qu'il soit bon ! il ne fait qu'ouvrir ses grands yeux sans pousser un cri. Gomment vous trouvez-vous, madame? Tenez , respirez encore un peu de vinaigre.

— Cela va mieux... Oui, oui, oh! merci de vos soins, madame... Mais comment étes-vous ici.

— Je vas vous dire, madame. J'étais... j'étais montée pour vous demander un peu de braise... à charge de revanche ; j'ai frappé , vous n'avez pas répondu , et heureusement j'ai entré.

— Oh! merci pour ma fille. J'étais si fatiguée!... mais ce feu ? — dit Thérèse en voyant sur le carreau la réverbération du brasier du poêle , car la nuit était presque venue.

— Pardon, madame, — dit Augustine avec embarras ; — mais , ne sachant pas oii vous mettiez votre bois... et craignant que ce pauvre petit enfant n'ait trop froid —

— Excellente femme ! Ah î vous êtes mère , j'en suis sûre... vous avez eu pitié... i>

132 THKRESE DUXOYER.

Puis TIlôn'se, éclatant en sanglots, s'écria': a Je suis exténuée î... je ne puis plus nourrir mon enfant!... Il va mourir !

— Allons donc, madame, mourir!... Est-ce que nous ne sommes pas là?... De pauvres ouvriers, c'est vrai ; mais , dame !... on s'entr'aide comme on peut. Xous connaissons la peine , allez ; j'ai bien élevé mes cinq marmots malgré la misère et une maladie qu'a faite mon homme , qui n'a pas mis le pied à l'hospice, Dieu merci!... Et bien! pourquoi donc n'élèveriez-vous pas ce dauphin-là , qui ne demande qu'à vivre ?

— Que vous êtes bonne! mon Dieu, que vous êtes bonne ! Gomment ai-je mérité ce que vous faites pour moi ?

— C'est tout simple ça , madame. Vous êtes bourgeoise , c'est vrai ; mais on est voisins , c'est pour s'obliger. On voit bien que vous n'êtes pas faite , comme nous , à la pauvreté ; nous vous donnerons un coup de main pour aider ce chérubin à vivre , et voilà tout, n

Tout à coup un bruit bien inaccoutumé dans l'impasse Fournier ébranla les vitres de la maison.

C'était le roulement d'une voiture de poste.

Thérèse écouta avec anxiété , un tremblement nerveux la saisit , un éclair d'espoir illumina son regard.

Des pas bruyants se firent entendre dans l'escalier, ainsi que la voix de Pierre qui semblait guider quelqu'un en disant :

LEXTUEVL'E. 133

« Oui, monsieur, oui, par ici, par ici. •»

Thérèse tremblait si fort, qu'Augustine s'écria :

« Mon Dieu , mon Dieu , madame ! qu'avez-vous donc? T)

La porte s'ouvrit brusquement.

A la clarté de la lumière que portait Pierre , un homme parut au seuil de la porte.

Thérèse le regarda, poussa un cri, et cacha sa tète dans ses mains en disant :

« Ce n'est pas lui ! Que vois-je? monsieur de Ker-Ellio ! «

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