K HKCIT
lions, il pourrait obtenir un consulat dans quelque pays éloigne, position à la fois lucrative et honorable. Seulement, pour que sa conduite privée ne nuisît pas à ses sollicitations, il jugeait convenable, disait-il, de ne pas habiter avec moi jusqu'au jour de notre mariage. II me louerait un petit logement dans un quartier retiré ; il y viendrait passer le temps que ses démarches lui laisseraient ; les convenances seraient ainsi ménagées. Cette séparation pénible me parut raisonnable , prudente : je m'y résignai. La première journée que je passai ainsi avec lui fut triste et douce. Xous fîmes beaucoup de projets. J'insistai encore auprès de AI. de Alontal pour qu'il bornât ses prétentions à une place obscure , qu'il obtiendrait certainement. Je lui rappelai nos rêves de médiocrité cachée. Redoutait-il les railleries du monde ? Mais les gens de cœur pourraientils jamais railler un homme qui, après avoir follement dissipé son patrimoine , se vouerait à une existence laborieuse et honorable? Il fut inflexible; il ne voulait pas me réduire à un sort si infime. Telle était toujours la suprême raison derrière laquelle il se retranchait.
Le lendemain matin, il sortit de très bonne-heure pour s'occuper de mon appartement, me recommandant de ne pas répondre si l'on sonnait. Je restai seule. M. de Montai était parti depuis quelque temps, lorsque j'entendis ouvrir la porte du salon qui précédait la cham^^re à coucher. Je crus que c'était lui. . . Ah ! monsieur, cette première trahison aurait du
166 THiiKKSE 1)L'.\0VEU.
m'éclairer; mais non, non, j'étais trop aveuglée
— Eh bien ! qui était-ce ?
— Une femme, jeune, jolie, que je ne connaissais pas , quoique je me rappelasse confusément ses traits.
— Ine femme! et que venait-elle faire? et comment était-elle entrée?
— Avec une clef qu'elle possédait. M. de Montai n'avait pas eu le temps de la prévenir de mon arrivée chez lui.
— Et cette femme?
— Etait mademoiselle Julie , une actrice. Je ne vous dirai rien de ma honte, de ma douleur, de l'insolence de cette Hlle : me prenant pour une de ses pareilles, elle me reprocha grossièrement de chercher à lui enlever son amant ; mais ce serait en vain, disait-elle ; elle était sûre de l'amour de ^I. de Montai, il l'aimait passionnément : il avait voulu l'épouser ; mais elle avait refusé cette offre , sachant son inconduite.
— Mon Dieu ! que vous avez dû souffrir !
— Xon, j'étais indignée, voilà tout. Ce que me disait mademoiselle Juhe me semblait une calomnie par trop absurde, je n'y crus pas. Eulin, cette femme me déclara qu'elle attendrait AI. de Montai, et qu'à son retour je verrais qui , d'elle ou de moi , sortirait de chez lui. Ce sera moi , et à l'instant , lui dis-je ; et j'allai attendre M. de Montai dans la rue. Du plus loin que je l'aperçus, je courus à lui, je lui dis tout : il me rassura.