‹ Thérèse DunoyerChapitre 59 sur 71 · I.E HKCIT. ir · texte numérisé non relu

I.E HKCIT. ir

— Il VOUS rassura?

— Oui. Matlonioisplle Julie le persécufait depuis qu'il l'avait ((uitlée pour être tout à notre amour. Il lui avait autrefois donné une clef de son appartement, il n'avait pas songé à la lui retirer : tel était le mystère de son apparition chez lui. Je le crus ; j'avais tant besoin de le croire ! II me dit qu'il venait de trouver, rue de l'Ouest, près du Luxembourg, deux chambres dans une maison tranquille et retirée ; qu'on .s'occupait d'y transporter les meubles nécessaires ; le soir même je pourrais m'y établir. Pour rien au monde , je n'aurais voulu retourner chez M. de Montai.

Rien de plus modeste que le petit logement que je devais occuper en attendant notre mariage ; la maison était tranquille , les fenêtres s'ouvraient sur de grands jardins , la rue était presque déserte ; le silence de celte retraite me plaisait. iVous étions trop pauvres pour que je prisse une femme de chambre. La portière de la maison se chargea de mon ménag;\

Je fus un peu effrayée pendant les premières nuits de me trouver seule dans cet appartement; mais peu à peu je m'y habituai. Xotre mariage devait avoir lieu dès que les formalités nécessaires seraient accomplies. M. de Montai attendait, disait-il, avec autant d'impatience que moi la fin de cette séparation.

Alors commença pour moi une vie paisible et heureuse, oh ! bien heureuse î trop heureuse ! car

ce sonvmir me poursuivra toujours. Je ne voyais persouuf. J'avais à cœur de ne pas être à charge à M. de Montai ; je m'étais mise à broder , la femme qui me servait me procura quelque clientèle, je pus suffire à mes besoins journaliers. ^î. de Cloutai venait me voir presque chaque jour, il était triste ou gai, selon qu'il espérait ou qu'il désespérait des promesses qu'on lui faisait au sujet du consulat. Ce n'était pas tout : l'illégitimité de ma naissance, me disait-il, compliquait beaucoup les formalités de notre mariage , et en reculait malheureusement le terme. Je le croyais , je le consolais , car, pour certaines choses, j'avais plus de courage que lui. Sans doute, il m'était cruel de vivre ainsi séparée de l'homme qui était tout pour moi , mais je me résignais en songeant à l'avenir et en jouissant de la félicité présente.

^Ics jours mauvais étaient ceux où je ne voyais pas M. de Montai. Loin de l'accuser je le plaignais : il devait souffrir autant que moi. Ces jours-là, je travaillais avec moins d'énergie , j'éprouvais de vagues tristesses; mais aussi, le lendemain, quelle joie! comme je guettais de loin son arrivée!

Un mois se passa ainsi, pendant lequel il manqua rarement de venir; le mois suivant, il fut quelquefois deux ou trois jours sans paraître. Mais je ne pouvais lui faire des reproches : ses démarches pour son consulat, les préparatifs de notre union, absorbaient tout son temps. Et puis , ce qui m'ôtait la force de me plaindre , c'est que je le trouvais moins

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soucioux et pins <i[ai quo par \o passe. Il atlrihiiait CCS heureux changements dans son caractère à ses espérances presque réalisées, ù notre réunion prochaine, i\ l'espoir de me voir enfin dans une position brillante et digne de moi. Xéanmoins, en attendant celte fortune inespérée , je redoublais de zèle , de travail, ne voulant pas abandonner notre avenir à la merci d'une incertaine protection.

In libraire retiré occupait avec sa femme un des appartements où je logeais ; c'étaient d'excellentes gens. Sachant que je ne sortais jamais , ils mirent leur bibliothèque à ma disposition. Voyant, parle choix de quelques ouvrages , que je savais l'anglais, le libraire me demanda si je pourrais me charger de quelques traductions. \"ous jugez de ma joie, et avec quelle reconnaissance j'acceptai.

.le me levais avec le jour. D'abord je m'occupais de ma broderie, qui était d'un revenu modique mais assuré ; je préférais m'en occuper le jour parce que, le soir, ma vue se fatiguait. M. de Montai venait généralement à deux heures, quand il venait. Mon luxe et mon plaisir étaient de faire, pour le recevoir, une toilette bien simple , mais d'une élégante simplicité, d'être coiffée comme il l'aimait. Après son départ , je me remettais à ma broderie jusqu'à la nuit. Alors j'allumais ma lampe, et, après un modeste dîner que m'apportait ma femme de ménage, je m'occupais de mes traductions jusqu'à onze heures ou minuit...

Oh ! si vous saviez que de longues soirées d'hiver

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j'ai ainsi passées seule... mais occupée; mélancolique... mais non triste.

— Et il ne venait jamais passer la soirée avec vous ?

— Bien rarement, peut-être une fois ou deux par mois.

— Et c'est à ces gens-là que de tels bonheurs sont réserves î — dit ^I. de Ker-Ellio en soupirant,

— M. de Montai, — reprit Thérèse, — était obligé, et bien malgré lui, me disait-il, d'aller chaque soir dans le monde pour y rencontrer les gens influents dont il avait besoin. On est si vite oublié quand on n'est pas incessant, ajoutait-il ; et, comme toujours, je le croyais et je me résignais. Cette séparation n'aurait d'ailleurs qu'un temps. Quelquefois, lorsque M. de Montai me quittait, je l'accompagnais, nous faisions une longue promenade sur le boulevard du Mont-Parnasse. C'étaient mes jours de (ète. Il me ramenait à ma porte, et je remontais chez moi avec une provision de bonheur.

Les soirées qui suivaient ces promenades faites avec lui étaient bien douces ; alors mon travail me semblait plus facile, quelquefois je restais à écrire jusqu'à deux heures du matin. Mes traductions et ma broderie me rapportaient dix à douze francs chaque journée. De l'une de mes deux pièces j'avais fait un petit cabinet d'étude oîi j'avais toujours quelques fleurs : !M. de Montai les aimait ; j'allais les acheter moi-même chez les jardiniers-fleuristes si nombreux dans ce quartier. C'était à la fois un plaisir et une

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ilisd'iiction ; maljjré ces folies, — du Thérèse en souriant tristeinenî, — au boul de deux mois j'avais amassé plus de deux cents francs. Avec quel triomphe je les donnai à M. de Montai, en lui disant que c'était le commencement de j?ia dot! Il fut émerveillé.

— Ah î si vouliez, lui dis-je, vous occuper aussi , renoncer à votre projet d'ambition , nous serions si heureux ! vous le voyez , la place la plus modeste, avec ce que je puis gagner, nous permettrait de vivre presque dans l'aisance ; nous avons si peu de besoins. Mais, hélas! il ne voulait pas, disait-il, me voir ainsi travailler toujours , cela lui était pénible, il y consentait parce que lui-même vivait avec la plus sévère économie en attendant cette place si désirée. Je n'osais lui répondre que ses dépenses pour l'obtenir nous auraient fait vivre pendant des années peutêtre ; mais enfin , j'étais radieuse de songer que je pourrais, moi seule, suffire à nos besoins. Cette pensée me donnait de nouvelles forces.

— Et vous n'aviez aucune nouvelle de votre famille ?

— Aucune. On m'avait envoyé, chez M. de Mon* tal, mes robes, mon linge, quelques objets qui m'avaient été donnés en cadeaux ; rien de plus.

— Les infâmes!

— AI. de Montai voulait me faire poursuivre M. Dunoyer pour en obtenir une pension alimen^ taire. Jamais je n'y voulus consentir.

— Oui, — dit Kuen après quelques moments de réilexion, — vous (leviez être i)ien heureuse de cette

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