I,E RETOUR
clu' sur un des taquets du plat-bord, et,ol... ou loml)anf , il sVst ouvert lo front. Heureusement il a |)erdu plus de sang qu'il ne s'est fait de mal. »
Quoique Kwen eut voulu donner cette explication avec assurance, il avait tellement peu l'habitude du mensonge, qu'il ne put s'empêcher de balbutier.
tt Et vous étiez seul avec ]\Ior-Xader dans sa barque, maître Eu en?
— Avions-nous donc besoin d'aide? depuis quand moi et Alor-Xader ne sommes-nous plus capables de manœuvrer une pareille coque de noix !
— Et Mor-Xader est retourné à l'île de Sein par un temps pareil, maître Eu en?
— Xon, non, — ditEwen avec embarras ; — nous avons aborde à l'anse Kerer; Mor-Xader aura sans doute demandé à coucher à Légal le pécheur.
— Vous êtes bien sur, maître Euen, qu'il passera la nuit chez Légal ?
— Eh ! mon Dieu , je n'en suis pas absolument certain; mais je le suppose, — répondit Euen impatiemment. Puis il ajouta : — Allons , mon vieux compagnon , viens m'aider à retirer ces vêtements qui pèsent cent livres, et que le moine rouge a touchés, comme tu le dis. v
Lès-en-Goch était trop discret, trop respectueux, pour demander à son maître la cause de la terreur que celui-ci avait manifestée en entrant si précipitamment dans Treff-Hartlog.
Après souper Euen regagna sa chambre ; les deiiv serviteurs restèrent seuls dans la cuisine.
30 THERESE Dl'XOYER.
Lès-en-Goch , très-absorbé , fumait silencieusement sa pipe.
Ann-Jaun , sachant combien il était inutile de parler à son mari lorsqu'il était enseveli dans ses réflexions, s'assit tristement dans un coin de la cheminée; un secret pressentiment lui disait que son mab-meibrin avait couru d'autres dangers que ceux de la tempête.
Tout à coup Lès-en-Goch éteignit sa pipe , la mil dans sa poche , se leva , prit le fusil qu'il avait déposé auprès de la cheminée , en visita la batterie, el se dirigea lentement vers la porte.
Au moment de sortir , "il hésita, s'arrêta; puis, après quelques moments de réflexion , il revint sur ses pas , remit le fusil à sa place , et retomba dans une profonde rêverie.
Ann-Jann avait suivi les mouvements de son mai-i d'un regard inquiet et alarmé. Elle devina la pensée qu'il avait eue :
a Lès-en-Goch, vous vouliez aller chez le pécheur Légal... pour y chercher... Alor-Xader? X'en faites lien, je vous en supplie. S'il a tenté quelque chose contre notre maître, le Seigneur le punira. »
Le Breton ne parut pas étonné d'avoir été péiiétré par sa femme ; il répondit :
- Quelquefois l'homme est l'instrument du Seigneur.
— Lès-en-(ioch! — s'écria Anu-.Iann avec effroi, — vous ne tueriez pas Mor-\adcr, si coupable qu'il soit ! non !