‹ Thérèse DunoyerChapitre 61 sur 71 · LE RECIT · texte numérisé non relu

LE RECIT

Après Ips grands chagrins , l'espcrancr sr rctii-o ù jamais de certaines âmes , auxquelles l'expérience de la douleur donne d'inexorables certitudes.

Ce n'est pas la volonté , c'est le pouvoir d'aimer qui leur manque.

Elles ont senti , on oserait presque dire elles se sont ru arracher la corde la plus sensible de leur être.

Seulement , ainsi qu'un mutilé croit quelquefois , par une étrange illusion, sentir le bras qu'il a perdu, de même ces âmes mutilées éprouvent quelquefois des velléités d'affection, fantômes trompeurs qui s'évanouissent dès que la raison s'éveille.

Thérèse était donc véritablement désespérée, tandis qu'Ewen nourrissait encore les plus douces illusions, se disant avec la résignation d'une belle âme :

tt Au pis-aller , j'aurai toujours donné mon nom et un avenir à Thérèse et à son enfant. »

Eiven possédait toutes les nobles ruses de la générosité. Il savait bien la portée de ces paroles , qu'il répétait sans cesse à Thérèse :

« Et votre fille? Et si elle vous perd, que deviendra-t-elle? Songez à tout ce que vous avez souffert. Irez-vous l'exposer aux mêmes douleurs ? Avezvous le droit de refuser la fortune qui s'offre à elle? Et une fille encore ! une fille ! un être plus faible , plus exposé qu'un autre ; un être qui a de doubles chances de honte , de dégradation et de malheur ; un être qui peut, comme vous, trouver sa perte dans un sentiment d'abord chaste et pur , tandis

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qiriin homme, on aimant , no risque rien rien

que le bonheur, que l'Iionneur, que le repos de celle qu'il veut séduire!... Et xous vous exposerez à abandonner votre enfant à tous les orages do la vie, lorsqu'un homme loyal lui offre, ainsi qu'à vous , un abri sur et paisible ? »

Thérèse pouvait difficilement répondre à ces objections.

t La loyauté chevaleresque d'Euen rayonnait dans toutes ses paroles , il inspirait une sécurité profonde à mademoiselle Dunoyer; elle ne doutait pas un seul moment (et elle avait raison) de la réalité des promesses et des offres de M. de Ker-Ellio.

S'il lui disait : a Soyez ma sœur » c'est qu'il était résolu d'être un frère pour elle, et de ne jamais lui faire sentir qu'il regrettait l'absence d'un sentiment plus vif.

Pourtant , par délicatesse, elle hésitait à consentir à ce mariage. Il lui semblait faire une bassesse en acceptant une proposition dont elle seule retirerait de grands avantages.

En vain M. de Ker-Ellio lui prouvait qu'il serait mille fois plus malheureux encore sans elle , tandis qu'il serait le plus heureux des hommes de lui consacrer sa vie. Il fit plus : il lui proposa d'assurer à sa fille une existence indépendante , et de lui prêter à elle , Thérèse , une somme assez considérable pour vivre ; mais Thérèse ne pourrait jamais s'acquitter, elle refusa donc.

Que dire de plus? Après les insistances les plus

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prpssantps , 1rs plus opiniafrrs , Tlu'rèsr coda.

AI. de Kor-KUio, la considérant comme .sa femme, la retira de sa mansarde et l'établit dans un hôtel garni.

Les formalités nécessaires accomplies, il l'épousa, reconnut sa fille et, plein d'espoir, partit pour Treff-Hartlog avec sa femme et son enfant.

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