‹ Thérèse DunoyerChapitre 65 sur 71 · L- E X T R E T I E N. Hv · texte numérisé non relu

L- E X T R E T I E N. Hv

(lussi'-je vive importun, je np te qultfo pas que tu ne m'aies dit...

— Mais quoi , mon bon et vieil ami ? Je vous Je répète , je n'ai rien, ni Thérèse non plus ; son chagrin semble au contraire perdre de sa violence. Elle m'aime tendrement , je partage cette affection , la perte de son enfant a encore resserré nos liens en nous donnant une douleur commune. Xous sommes tristes parce que tel est notre caractère ; je n'ai jamais été bien gai, vous le savez. La santé de Thérèse est vacillante ; la mienne s'est altérée. Eh bien ! nous sommes jeunes , peu à peu nous surmonterons cette mélancolie à laquelle nous nous abandonnons peutêtre un peu trop , j'en conviens ; mais c'est le propre des caractères rêveurs... Croyez-moi , mon ami, je ne vous cache rien : vous êtes un second père pour moi. Quant à la funeste influence du ?nois noir , — ajouta Eu en en souriant , — il n'est pas prudent à vous , esprit fort, d'avoir l'air de craindre cette fatalité. \'oyez , il faut que ce soit moi, pauvre superstitieux , qui vous rappelle vos paroles d'autrefois : Pourquoi novembre serait-il plus fatal que mai ? si les feuilles tombent à l'automne , ne poussent-elles pas au printemps ? Soyez tranquille , mon bon abbé, nous passerons ensemble bien des mois noirs encore ; mais je vous l'avoue , peut-être bien souvent encore nousreprocherez-vous, à ma femme et à moi, d'être (le pauvres rêvasseurs ; que voulez-vous, notre goût (le solitude contemplative n'a pas été une de nos ?iioindres sympathies, -o

2()« THERESE DUXOVEK.

L'abbé de Kérouc'llan regarda M. de Ker-Ellio d'un air de doute , et lui dit en essuyant ses yeux humides :

a J'ai tant besoin de te croire , mon cher enfant ! oui , je ne demande qu'à te croire ; tu as peut-être i-aison , je m'effraie à tort ; pourtant je ne sais quel vague pressentiment. . . la présence de ce Mor-Xader. . . ^lais , Dieu merci , j'ai mon projet ; dès demain ce vieux drole ne m'inquiétera plus... Mais, que je suis oublieux ! tout à l'heure , en rentrant chez moi au presbytère , j'ai reçu une lettre d'un de mes amis de Rennes ; il m'apprend que les affaires de ton beau-père , M. Dunoyer, s'embarrassent de plus en plus; il a, dit-on, suspendu ses payements. Je ne sais pas où tu en es a\ ec lui , mais cette nouvelle peut t'intéresser.

— Je vous remercie, mon ami ; heureusement j'ai retiré mes fonds à temps; d'ailleurs il n'importe... — dit involontairement Eu en.

— Comment , il n'importe î — s'écria l'abbé ; — plus de deux cent mille francs, plus d'un tiers de votre fortune !

— Je voulais dire , mou ami , que , ces fonds étant en sûreté , il importait peu que M. Dunoyer fit banqueroute... par tradition de famille sans doute.

— Allons, mon enfant, vous avez eu le talent de me rasséréner un peu ; je m'en vais plus content. J'irai demain à Pont-Croix pour l'affaire de ce vieux

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