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quant aux papiers, plus importants encore, que ren* ferme la ceinture de vos culottes... n
On entendait assez distinctement déjà les cris de .: Au voleur ! au voleur ! arrêtez-le, le scélérat !
ce Ahl le gueux, le scélérat 1 cria tout-à-coup le Boulanger. Il s'échappe î A lui ! à lui! »
Lozembrune avait sauté à bas de la voiture, puis il avait traversé un groupe qui se tenait devant Tauberge, et, se précipitant dans la pente roide du chemin, il avait disparu dans Fombre des hai^s et du talus.
Le cheval arrivait comme la foudre. Le cavalier sauta à bas.
« L'Union Gosse I s'écria-t-il haletant. A moi, camarades ! Il faut que ce gueux soit éeorché vif. Allons à sa poursuite, les uns en bas, les autres en haut. Il est dans le bois du Loup^Pendu. Avertissez qu'on arrête dans la vallée tout homme inconnu. Le scélérat! Me traiter, premier officier municipal, comme un ivrogne qui se laisse voler son cheval entre ses jambes. Allons, alerte pour le meunier du peuple! »
Chacun se précipita, la plupart par le bas, où le fuyard venait de disparaître ; le Boulanger et Gosse suivaient la grande route.
Au bout d'une heure, la nuit était complètement venue. Les étoiles scintillaient entre de gros nuages qui passaient et disparaissaient lourdement, annonçant Forage du lendemain. Ils couvraient, en jetant sur la terre de larges plaques d'ombres, la lune, qui reprenait parfois le dessus et remplissait de lumière les plaines et les vastes clairières.
On n'avait rien trouvé, chacun revenait vers le cabaret. Gosse et le Boulanger se disputaient vivement. Gosse affirmait qu'il avait vu une ombre bondir hors du bois, à quelques pas de ce Boulanger. Comment celui-ci avait-il pu ne rien voir?
Et puis, qu'est-ce qu'il avait ramassé à la lisière du bois? Lui, Gosse, l'avait vu baisser et relever quelque chose. Le Boulanger jurait que le citoyen officier municipal avait pris un tronc d'arbre pour un citoyen. Quant à s'être baissé, il ne le niait pas. Mais il invoquait l'opinion des citoyens présents et il leur demandait s'ils ne s'étaient jamais baissés dans un bois. Quant à avoir relevé quelque chose, il était évident que s'il avait abaissé quelque chose, il l'avait relevé...
De grands éclats de rire avaient salué cette explication bien faite pour plaire au populaire. Gosse, battu inais non convaincu, et voyant que les rieurs n'étaient pas de son côté, était rentré dans le cabaret de fort mauvaise humeur.
Une assemblée d^honnôtes gens.
Le cabaret du Petit-Bicétre comprenait alors trois pièces : une première où l'on buvait, et deux autres à. la suite l'une de l'autre qui étaient, pour ce soir, interdites au public.
Il y avait réunion, disait-on, de tous les plus riches propriétaires, marchands ou fermiers du pays, qui
avaient été convoqués par des membres de la Convention pour faire un rapport sur l'état de Tagriculture, de la moisson et des approvisionnements dans la contrée.
On entrait avec un mot de passe. La première des deux pièces livrées à l'assemblée était obscure. Elle communiquait avec une autre salie plus grande, mô* diocrement éclairée par une grosse chandelle placée sur une petite table.
Une vingtaine d'hommes, debout, remplissaient cette chambre. Ceux-ci, tête nue, revêtus de blouses, de vestes à manches ou de vieux habits à la française et de culottes trouées aux genoux sur' des bas de coton, constituaient, si je puis dire, l'aristocratie du labeur champêtre. Leur visage rouge, intelligent et rude, laissait voir derrière lîi placidité expectante qui est le fond de la physionomie du paysan, ce je ne sais quoi d'effaré qui, avec l'insolence, caractérisait alors le visage d'un Français.
Il n'y avait plus, en effet, une société ni une patrie, il y avait une conquête, et, d'une part, l'insolence du vainqueur, d'autre part l'inquiétude du vaincu. La France n'était qu'un grand lieu de chasse où un gibier innombrable était rabattu par une masse considérable de chiens, sous le coup de quelques chasseurs, nom-, mes Jacobins, qui versaient des larmes sur le gibier qu'ils dévoraient en le nommant « mon frère. »
Les quelques paysans ici rassemblés représentaient presque toute l'influence, la fortune acquise, l'intelligence moyenne de la grande banlieue à l'occident de
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Paris. Us étaient- de ceux qui avaient volontiers applaudi aux chasseurs, mais sans vouloir être les chiens, ils sentaient que la chasse se rapprochait d'eux, et ils voulaient encore moins être le gibier. Ils comprenaient qu'il était temps d'aviser à l'avenir; mais ils tremblaient, comme cela est le propre de la race française quand elle n'a pas une formule précise pdur se -guider.
Ce fut le premier sentiment exprimé par un vieux paysan à cheveux blancs qui était fort sage, qui voulait faire part de sa sagesse à ses voisins, mais qui, avec la prudence propre à la longue pratique de l'humanité, se cachait derrière eux pour les éclairer.
« Qu'est-ce qu'on nous veut? disait-il. On nous a dit de venir pour parler de grains. Je ne veux nommer personne, mais je vois ici tout le pays, tous braves gens et ayant de quoi. Qu'est-ce qu'on nous veut?
— Père Nicolas Contesenne...
— Ne nomme personne, dit vivement l'homme sage.
— Bon! Eh bien, dit le Boulanger, on veut causer avec vous des choses que vous avez sur le cœur ; et comme en ce temps-ci on n'a le droit de parler à cœur ouvert sur rien, on vous a donné une réponse à bailler aux curieux qui voudraient savoir ce que vous venez faire ici. Nous venons causer grains pour obéir à la Convention.
— Oui, dit le Nestor, c'est une bonne idée, et c'est pourquoi je suis venu. Je me suis dit : Voilà des gens sages et qui connaissent les choses, on pourra causer.
avec eux. J'ai vu que tout était bien arrangé. 11 n'y a^ ici que des amis. Les fenêtres qui donnent sur la route de Versailles sont fermées avec des contrevents, les fenêtres qui donnent sur la vallée sont élevées de plus de douze pieds au-dessus de la terre; nous sommes en sûreté, à condition qu'on ira voir de temps en temps> ce qui se passe dehors. Qu'est-ce qu'on nous veut? Moi, quand je ne crains rien, j'aime à dire ce que je pense. Eh! qu'est-ce qu'on nous veut? Veut-on que nous détruisions la République? »
Un murmure d'épouvante parcourut l'assemblée.
« Nous aimerions mieux mourir, répondit énergiquement Descluziers; c'est la tyrannie, non la République, que nous voulons détruire.
— C'est bon, nous n'avons pas de temps à perdre, nous. Dites-nous vite ce que vous voulez faire pour détruire le mal sans détruire la République* Nous som-» mes entre nous. Moi, j'aime bien à dire ce que je pense quand ça se peut. Ça se peut; marchez.
— Êtes-vous contents de la loi du maximum qui vous ruine, demanda le Boulanger, qui vous fait mourir de faim en vous forçant de donner votre bien au prix qu'il plaît aux Parisiens, et qui, toujours pour permettre à ces Parisiens de se goberger^ vous oblige à n'avoir jamais chez vous plus d'une demi-livre de pain cuit ou de fwine; si bien que non-seulement vous ne pouvez pas profiter de votre travail et qu'on vou? force à accepter de méchant papier qui ne vaut pas deux sous, mais encore que ce que vous avez récolté en vous éreintant on ne vous le laisse pas manger. Ainsi il fs^ut.
que voua TOUS rmniea et que vous vous extenmnie? de besogne et que vous creviez de faim pour tous ces criards et fainéants de Paris.
— Boulanger, tu parles bien, dit Gosse aveo uo ton irrité, mais d'abord je t'en veux d'avoir laissé échapper le voleur de ma voiture. D'ailleurs, nous ne voulons pas de la dîme ni de la féodalité.
— Non, non, murmura l'assemblée.
— Tu es aussi imbécile avec ta dîme qu'avec ta voiture, dit le Boulanger en souriant. Est-ce que la dîme ^ jamais été aussi nuisible que lemaximurriy et la féodalité a-t-elle jamais fait autant de mal que la loi des suspects ou le Tribunal révolutionnaire?
— Oui, mais nous avons la liberté, l'égalité et la fraternité, et je suis officier municipal.
— Nonobstant, dit le vieillard, tu feras bien de ne ^bint parler si haut.
— Voilà ta liberté ! Tu ne peux même point parler haut. Et qu'est-ce que ça fait d'être officier municipal si on te ruine, et si on t'emprisonne,. et si on te coupe le cou? La fraternité! continua Batz, sans s'animer. Va voir ce qui se passe tous les jours à trois heures à la sortie du Tribunal révolutionnaire, et. tous les jours, de quatre à cinq heures, sur le Pont-aurChange et sur le chemin qui conduit soit à la guillotine de la place de la Révolution, soit à cell» de la place du Trône-Renversé. Tu as vu d'abord quinze personnes par charrette ; on en mettait hier quatre-vingt-quatre. On a tout préparé pour en mettre cent soixante. Écoute encore, entends tes frères les Parisiens. Autrefois on
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guillotinait un homme par jour; maintenant en en a guillotiné jusqu'à soixante et plus, et ils disent, tes frères, que ce n'est pas assez d'un seul endroit où l'on peut tuer, et qu'il en faut quatre. Voilà la fraternité* Va à la place Antoine, tu verras des fossés qui remplacent ceux de la Bastille; sais- tu pour quoi faire? C'est pour charrier le sang qui coule à grands flots chaque soir. Tu as vu un seul jour quarante-cinq magistrats de ce Parlement que vous aimiez tant monter à l'échafaud. Tu as vu des négociants qui nourrissaient dix mille ouvriei's, des généraux qui avaient remporté dix victoires, tu as vu quatorze jeune» filles assassinées en un coup* Voilà la fraternité. Ah ! tu en sais autant que moi sur tout ça. Et tu sais bien que ce n'est pas seulement des aristocrates, mais des ouvriers, des paysans qu'on guillotine.
— Oui, oui, répondit Gosse qui était, avec le Nestor^ l'avocat de l'opinion générale, on nous déchire l'âme. Mais comment faire? Nous ne voulons pas de l'anden régime. Débarrasse-nous de tous ces coquins de Jacobins sans nous ramener la féodalité, nous somines tes hommes; pas à toi, tu as laissé échapper mon voleur* Mais d'abord, qu'est-ce qu'on nous veut? On nous avait dit qu'il y aurait ici des conventionnels.
• — H a raison, dit le Nestor. Il nous faut des couj. ventiomiels et. qu'on dise ce qu'on nous veut. Nous n'achetons pas chat en poche. Nous sommes entre nous, on peut siouvrir un brin. Tout ne va pas au mieux. Mais il nous faut des représentants du peuple et qu'on dise clairement ce qu'on veutv