‹ ThermidorChapitre 4 sur 17 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

se communiquait ses impressions. A défaut de connaissance, on avait le pressentiment, Tinstinct, un instinct nouveau.

En effet, Tusage de la politique avait tout remplacé dans Tordre intellectuel, comme l'usage de la liberté tl'abord, de la tyrannie ensuite, avait pris la place de tout dans Tordre moral : il n'y avait plus d'artistes, ■plus de philosophes, plus de penseurs, plus même de créatures huitaines qui eussent le droit de ne pas penser; il n'y avait que des politiques, des êtres forcés de parler ou de penser politique; il n'y avait plus d'homi^es, il y avait des citoyens; plus de France, il y avait la république. Ainsi s'étîdt créé Tinstinct nouveau, Tinstinct politique, très-sensible même chez les plus brutaux, Tinstinct républicain, très-susceptible, surtout chez les plus grossiers.

C'est ce double instinct, rendu très-délicat par une pratique constante, qui avertissait le peuple parisien qu'il y avait quelque mystère dans Tordre politique» et que la république courait un dangen ' De là naissait Tinquiétude.

'* Mais ce sentiment variait singulièrement seloti que Ton observait les trois classes, la populace^ la bourgeoisie ou Taristocratie républicaines,

La populace s'agitait plus vivement, elle redoublait dé menaces, de désirs tyranniques, et se préparait à de nouvelles horreurs. C'était soh seul principe de gouvernement, son plan de bataillé et d'organisation : exterminer tout. Elle était protégée, dans ses tendres inquiétudes pour le bien-être de la mère-république,

par son ignorance, son ivresse, par sa foi. Pour el la république était bien divine : une, iDdivisible, il périssable.

La bourgeoisie de la république, cette masse d't ploiteurs de ta Révolution, celte nuée de gens c* rompus qui commerçaient la Liberté, qui négociait l'Égalité et se nourrissaient, se vêtaient, s'enricli saient de la Fraternité; les chefs en sous-ordre", ambitieux de seconde classe, les capitaines de la { pulace, ceux-là s'inquiétaient davantage. Ils ignorai) nn peu moins. Us. étaient les clients dé chacun c chefe du peuple, de cbacun dijs Montagnards, chacun des membres des deux grands comités de Sa public ou de Sui'vei|lançe générale, et chacun de lei patrons, dans un sens ou dans un autre, leur a\ montré son angoisse.

C'était bien ïi\, en effet, le sentiment que lesarisi crates de la Révolution, ces chefs de la foule, Mom gnards de toutes nuances, éprouvaient. Mais ei mêmes ne savaient pas tout. Us voyaient que le cen républicain s'émiettait, que la Montagne se divisa On leur afTirmait que Robespierre, rêvant la dictatu: .voulait supprimer les plus énergiques d'entre eux. n'ignoi'^ent pas qu'il y avait division dans les hau s|^ëres gouvernementales. Mms quels dangers cour chacun d'eux? quel danger menaçait la République!

Nul ne le savait.

Robespierre était-il bien décidé à monopoliser tyrannie démocratique, noms sans vouloir enrayer Révolution? Fallaitr-il s'entendre avec lui pour le sa

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