PROLOGUE
de la République, en consentant à subir un peu plus la domination de Maximilien ? Ou bien n'y avait-il [ïlus de ménagement à garder, et fallait-illutter contre lui, à tout prix, et malgré toutes chances contraires?
C'était toute la question au commencement de thermidor. Il ne faut pas l'oublier.
lies destinées de la France sont suspendues à hi moindre notion certaine que les Montagnards auront sur lès projets réels de Robespierre,
Une lutte contre lui est un danger grave pour la République, cela est certain ; mais ses projets ne sontils pas plus dangereux encore pour la Ilépublique ?
Pendant que toutes ces pensées s'agitent dans le fond des âme^, la grande ville présente, à peu de différence près, la physionomie qu'elle avait prise depuis le commencement dé la Terreur, ici complètement morne, là follement fiévreuse. 11 n'y avait niil milieu,' nulle trieinsitioh.
Paris était une réunion de rues de cimetiëi*e qui venaient aboutir à des places où avaient lieu des danses échevelées.
lien était de tout ainsi ; la Terreur avait supprimé toutes les nuances, tout ce qui est le fond de l'humanité, le médiocre, le moyen, l'entre-deux. La vie ordinaire pour Fhomnàe comnie pôurles villes, pour l'âme de l'individu comme pour la France, était détruite. On ne pouvait causer, il fallait hurler ou être muet. On ne circulait ^as, on courait ou l'bn se cachait.
Tout était poussé à l'extrême violence ou n'existait pas.
^ PROLOGUC;.
C'est que la Révolution n'était pas un gouvernements, une idée» une philosophie, un problème, une tenta*^ tive ; c'était une religion, une religion de l'ordre le plus primitif, de l'ordre des fétichismçs, religion naïve,, grossière, implacable comme les superstitions des sauvages.
:ï|lle possédait, outre cela, les qualités des cultes plus perfectionnés. Elle était infaillible, impeccable,. Elle apportait le bonheur complet et absolu; elle avait dès lors logiquement le devoir et le droit d'exiger une obéissance sans bornes, et de l'imposer aux ignorant* ou aux méchants qui s'opposeraient au salut du; monde. Comme elle s'adressait» par ses promesses, aux plus malheureux et aux plus ignorants, les instruments grossiers qu'elle employait venaient encore donner un caractère plus âpre,- plus brutal, plus im-. placable à son absolutisme logique. Sa violence était ainsi légitimée d'avance jusque dans ses plus bouffonnes ou ses plus horribles conséquences.
Paris, en ce temps où notre roraap débute, mon-^ trait donc le caractère que la Terreur lui avait imposé,, et que le pressentiment instinctif d'un danger couru par la République contribuait k rendre encore plus^ tranché.
Cette ville était non pas une cité peuplée de con*, citoyens, mais une ville conquise où les uns avaient tout pouvoir, où les autres devaient tout souffrir.
Elle était pleine des espions du Comité de Salut public; et du reste, comme la constitution de l'an II avait érigé la trahison en vertu morale, la dénonciation