VU
On peut juger de quelle immense influence jouissait Robespierre : il suffit de son nom dans cette soirée du Thermidor pour contrebalancer lautorité de la Convention tout entière ; et Ton comprend maintenant les inquiétudes auxquelles fut en proie l'Assemblée quand elle rentra en séance. Le peuple se portait autour d*elle menaçant(*j ; les conjurés durent se croire perdus.
Le conseil général de la Commune siégeait sans désemparer, et continuait de prendre les mesures les plus énergiques. A la nouvelle de l'arrestation d'Hanriot, il nomma, pour le remplacer, le citoyen Giot, de la section du Théâtre-Français, lequel, présent à la séance; prêta sur le champ serment de sauver la patrie, et sortit aussitôt pour se mettre à la tète de la force armée ('). Après avoir également reçu le serment d'une foule de commissaires de sections, le conseil arrêta, sur la proposition d'un de ses membres, la nomination d'un comité exécutif provisoire
ce qui s'est passé liier à la Commune de Paris, et que lorsque j'ai vu ce que Ton proposait (Uoit contraire aux principes, je me suis retiré. Ce 10 thermidor, ïalbot. » Pièce aiuiexéeau procès-verbal de la section du Tomple (Archives de la préfecture de police.) Le malheureux Talbot n'en lui pas moins livré à l'exécuteur.
(*) Déclaration de l'officier municipal Bernard au conseil général de la Commune. (Pièce de la collection Beuchot).
(2) Voy. le procès-verbal de la séance du conseil général dans VEistoire parlementaire, t. XXXTV, p. 50.
CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE 32i
composé de neuf membres, qui furent : Payan, Coffinhal, Louvet, Lerebours , Legrand , Desboîsseau , Ghatelet Arthur et Grenard. Douze citoyens, .pris dans le sein du ^conseil général, furent aussitôt chargés de veiller à Texé- . cntiondes arrêtés du comité provisoire (*). Il fut ordonné à toute personne de ne reconnaître d'autre autorité, que celle de la Commune et d'arrêter tous ceux qui, abusant de la qualité de représentant du peuple, feraient des proclamations perfides, et mettraient hors la loi ses défenseurs (^).
Cependant il avait été décidé qu'on délivrerait, à main armée, s'il en était besoin, Robespierre, Couthon et tous les patriotes détenus. Ame intrépide, Coffinhal s'était chargé de cette expédition. Il partit à la tête de quelques canonniers et se porta rapidement vers les Tuileries. Mais quand il pénétra dans les salles du comité de Sûreté générale, Hanriot seul s'y trouvait. Les gendarmes, chargés de la garde du général et de ses aides de camp n'opposèrent aucune résistance. Libre de ses liens, Hanriot monta à cheval dans la cour, et fut reçu avec les plus vives démonstrations de fidélité et de dévouement par les troupes dont elle se trouvait gamie('). La Convention était rentrée en séance depuis une heure environ, et successivement elle avait entendu Bourdon (deTOise), Merlin (de Thionville), Legendre, Rovère et
(*) Furent désignés : les citoyens Lacour. de Brutus ; Mercier, du Finistère ; Leleu, des Invalides; Miche, des Quinze-Vingts ; d'Azard, des Garde-Françaises ; Ck>chois, de Bonne-Nouvelle ; Aubert, de Poissonnière; Barel, du Fauhourg-du-Nord; Gtilhevi, de la même section ; Jault, de Bonne-Nouvelle ; Simon, de Marat ; et Gency, du Finistère ; arrêté signé : Fleuriot-Lescot, et Blin, cité par Courtois à la suite de son rapport sur les événements du 9 thermidor, p. 414.
(1) Pièce de la collection Beuchot, citée par Courtois dans son rapport sur les événements du 9 thermidor, p. 459.
(2) Voy., au sujet de la délivrance d'Hanriot, une déclaration du citoyen Vilton, du 25 thermidor, en tenant compte nécessairement des circonstances dans lesquelles elle a été faite. (Pièce XXXI à la suite du rapport de Courtois, p. 486.)
3iâ TnERMIDOR
plusieurs autres conjurés ; chacun racontant à sa maniéR les divers incidents de la soirée. Billaud-Yarenne déclamait à la tribune, quand GoUot-d'Herbois monta toat effaré au fauteuil, en s*écriant : c Voici Finstant de monir à notre poste». Et il annonça renvahissement du comité de Sûreté générale par une force armée. Nul doute, je le répète, qu'en cet instant les conjurés et toute la partie gangrenée de la Convention ne se crurent perdus. L'Assemblée était fort perplexe; elle était à peine gardée, et autour d* elle s'agitait une foule hostile. Ce fut là que Hanriot manqua de cet esprit d'initiative^ de cette précision de coup d'œil qu'il eût fallu en ces graves circonstances an général de la Commune. Si, ne pren€uit conseil que de soi inspiration personnelle, il eût résolument marché sur k Convention, c'en était fait de la conspiration thermidorienne. Mais un arrêté du comité d'exécution lui enjoignait de se rendre sur le champ au sein du conseil général (*); il ne crut pas devoir se dispenser d'y obéir, et courut à toute bride vers l'Hôtel de Ville.
Quand il parut à la Commune, où sa présence fut saluée des plus vives acclamations (*), Robespierre jeune y était déjà. Conduit d'abord à la maison de Saint-Lazare, où il n'avait pas été reçu parce qu'il n'y avait point de secr^ dans cette prison, Augustin avait été mené à la Force î mais là s'étaient trouvés deux officiers municipaux qui l'avaient réclamé au nom du peuple et étaient accourus avec lui à la Commune. Chaleureusement accueilli par le conseil général, il dépeignit, dans un discours énergique et vivement applaudi, les machinations odieuses dont ses amis et lui étaient victimes. 11 eut soin, du reste, de mettre la Convention hors de cause, et il se contenta d'imputer le
(*) Arrêté signé : Louvet, Payan, Legrand et Lereboors. (Pièce de la collection Beuchot.)
(2) Procès-verbal de la séance du conseil général, dans V Histoire parlementaire,^ t. XXXIV, p. 53.