‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 43 sur 123 · APPEL A LA JUSTICE ET A LA PROBITÉ · texte numérisé non relu

APPEL A LA JUSTICE ET A LA PROBITÉ

hypocrites », comme il les appelait, le droit de se montrer sévère et rigide, car personne autant que lui ne prêcha d'exemple Taustérité des mœurs. Après avoir parlé des obligations imposées aux fonctionnaires publics dont il flétrit le faux zèle, il ajoutait : <c Mais ces obligations ne les forcent point à s'appesantir avec une inquisition sévère sur les actions des bons citoyens pour détourner les yeux de dessus les fripons ; ces fripons qui ont cessé d'attirer leur attention sont ceux-là même qui oppriment l'humanité, et sont de vrais tyrans. Si les fonctionnaires publics avaient fait ces réflexions, ils auraient trouvé peu DE coupables a PUNIR, Car le peuple est bon, et la classe des méchants est la plus petite. » Elle est la plus petite, il est vrai^ mais elle est aussi la plus forte, aurait-il pu ajouter, parce qu'elle est la plus audacieuse.

En recommandant au gouvernement beaucoup d'unité, de sagesse et d'action, Robespierre s'attacha à défendre les institutions révolutionnaires devenues le point de mire des attaques de tous les intrigants et de tous les fripons, devant tes convoitises desquels elles se dressaient comme un obstacle infranchissable. Il ne venait point réclamer des mesures sévères contre les coupables, mais seulement prémunir les citoyens contre les pièges qui leur étaient tendus, et tâcher d'éteindre la nouvelle torche de discorde allumée au milieu de la Convention nationale, qu'on s'efforçait d'avilir par un système de terreur. A la franchise on avait substitué la défiance, et le sentiment généreux des fondateurs de la République avait fait place au calcul des âmes faibles. « Comparez », disait Robespierre, « comparez avec la justice tout ce qui n'en a que l'apparence ». Tout ce qui tendait à un résultat dangereux lui semblait dicté jiâr la .perfidie. « Qu'importaient, ajoutait-il, des lieux communs contre Pitt et les ennemis du genre humain, si les mêmes hommes qui les débitaient attaquaient sourdement le gouvernement révolutionnaire, tantôt modérés et tantôt

hors de toute mesure, déclamant toujours, et sans cesse s'oppoeant aux moyens utiles qu'on proposait. Ces hommes, il était tempe de se mettre en garde contre leurs complots.

Les hommes auxquels Robespierre faisait allusion, c'étaient les Bourdon (de l'Oise), les Tallien, les Fouché, les Fréron, les Rovère ; c'était à ces hommes de sang et de rapine qu'il jetait ce défi hautain : « Il faut que ces lâches conspirateurs ou renoncent à leurs complots infâmes, ou nous arrachent la vie. » Car il ne s'illusionnait pas sur leurs desseins; il savait bien qu'cm en voulait à ses jours. »

Cependant il avait confiance encore dans le génie de la patrie, et, en terminant, il engageait vivement les membres de la Convention à se mettre en garde contre les insinuations perfides de certains personnages qui, en craignant pour eux-mêmes, cherchaient à faire partager leurs craintes. « Tant que la terreur durera parmi les représentants, ils seront incapables de remplir leur mission glorieuse. Qu'ils se rallient à la justice éternelle, qu'ils déjouent les complots par leur surveillance ; que le fruit de nos victoires soit la liberté, la paix, le bonheur et la vertu, et que nos frères, après avoir versé leur sang pour nous assurer tant d'avantages, soient eux-mêmes assurés que leurs familles jouiront du fruit immortel que doit leur garantir leur généreux dévouement (*). » Comment de telles paroles n'auraient-elles pas produit une impression profonde sur une société dont la plupart des membres étaient animés du plus pur patriotisme. Ah ! si tous les hommes de cette époque avaient été également amis de la patrie et des lois, la Révolution se serait terminée d'une manière bien simple, sans être inquiétée par les factieux comme venait de le déclarer Robespierre. Mais, tandis que de sa bouche sortait cet élo-

(*) Voyez ce discours dans \e Moniteur du 30 messidor (48 juillet 4794). Il est textuellement emprunté au Journal de la Montagne,

VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOUCHÉ i2l

quent appel à la justice, à la probité, à Tamour de la patrie, la calomnie continuait son œuvre souterraine, et tous les vices coalisés se préparaient dans l'ombre à abattre la plus robuste vertu de ces temps héroïques.

Parmi les hommes pervers acharnés à la perte de Robespierre, nous avons déjà signalé Fouché, le futur duc d'Otrante, qui, redoutant d^avoir à rendre compte du sang inutilement répandu à Lyon, cherchait dans un nouveau crime l'impunité de ses nombreux méfaits. Une adresse des habitants de Gommune-AjDTranchie, en ramenant aux Jacobins la discussion sur les affaires lyonnaises, fournit à Robespierre Foccasion de démasquer tout à fait ce sanglant maître fourbe.

C'était le 23 messidor (11 juillet 1794). Reprenant les choses de plus haut, Maximilien rappela d abord la situation malheureuse où s'étaient trouvés les patriotes de cette ville à l'époque du supplice de Ghalier, supplice si cruellement prolongé par les aristocrates de Lyon. Par quatre fois le bourreau avait fait tomber la hache sur la tête de l'infortuné maire-, et lui, par quatre fois, soulevant sa tête mutilée, s'était écrié d'une voix mourante : Vive la République! attachez-moi la cocarde. Nous avons dit avec quelle modération Gouthon avait usé de la victoire. Gollot-d'Herbois lui avait reproché de s'être laissé entraîner par une pente naturelle vers l'indulgence; il avaiC même dénoncé à Robespierre ce système d'indulgence inauguré par Gouthon^ en rendant d'ailleurs pleine justice aux intentions de son collègue. La commission temporaire, établie pour juger les conspirateurs, avait commencé par déployer de Ténergie ; mais bientôt, cédant à la séduction de certaines femmes et à de perfides manœuvres, elle s'était relâchée de sa pureté; les patriotes avaient été de nouveau en butte aux persécu-

tions de raristocratie, et, de dése^oir, le républicain Gaillard, un des amis de Ghalier, s*était donné la mort. Cette commission ne fonctionnait pas d^ailleurs à titre de tribunal; il ne s'agissait donc nullement de la terrible commission des sept instituée par Fouché et par GoUotd'Herbois à la place des deux anciens tribunaux révolutionnaires également créés par eux, et qui, astreints à de certaines formes, n'accéléraient pas à leur gré rouvre de vengeance dont ils étaient les sauvages exécuteurs. C'était cette dernière commission à laquelle Robespierre reprochait de s*être montrée impitoyable, et d'avoir proscrit à la fois la faiblesse et la méchanceté. Terreur et le crime.

Eh bien I un historien de nos jours, par une de ces aberrations qui font de son livre un des livres les plus dangereux qui aient été écrits sur la Révolution française, confond la commission temporaire de surveillance républicaine avec la sanglante commission dite des septy tout cela pour le plaisir d'affirmer, en violation de la vérité, que Robespierre soutenait à Lyon les ultra-terroristes contre Texécrable Fouché (*). Et la preuve, il la voit dans ce fait que l'austère tribun invoquait à l'appui de son accusation le souvenir de Gaillard, « le plus violent des ultra-terroristes de Lyon ». On ne saurait vraiment avoir la main plus malheureuse. 11 est faux, d'abord, que Gaillard ait été un violent

(*) Histoire de la Révolution, par M. Michelet, t. VII, p. 402. — M. Michelet reproche à MM. Bûchez et Roux de profiter des moindres équivoques pour faire dire à Robespierre le contraire de ce qu'il veut dire. Et sur^quoi se fonde-il pour avancer cette grave accusation? Sur ce que les auteurs de VHistoire parlementaire ont écrit à la table de leur tome XXXUI : Robespiet^re déclare qu'il veut arrêter l'effusion du sang humain. Mais ik renvoient à la page 341, où ils citent textuellement et in extenso le discours de Robespierre dont la conclusion est, en effet, qu'il faut arrêter l'eflusion du sang humain « vereé par le crime. » Que veut donc de plus M. Michelet ? Est-ce que par hasard ou a l'habitude de ne lire que la table des matières ? Il sied bien, du reste, à cet écrivam de suspecter la franchise historique de MM. Bûchez et Roux, lui dont V histoire est trop souvent bâtie sur des suppositions, dt»s hypothèses et des équivoques !

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