‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 44 sur 123 · VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOUCHÉ · texte numérisé non relu

VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOUCHÉ

terroriste. Victime lui-même de longues vexations de la part de Taristocratie, il s'était tué le jour où, en présence de persécutions dirigées contre certains patriotes, il avait désespéré de la République, comme Caton de la liberté. Son suicide avait eu lieu dans les derniers jours de frimaire an II (décembre 1793). Or, trois mois après environ, le 21 ventôse (11 mars 1794), Fouché écrivait de Lyon à la Convention ces lignes déjà citées en partie : « La justice aura bientôt achevé son cours terrible dans cette cité rebelle; il existe encore quelques complices de la révolte lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre; il faut que tout ce qui fit la guerre à la liberté, tout ce qui fut opposé à la République, ne présente aux yeux des républicains que des cendres et

des décombres (*). » N'est-il pas souverainement ridicule, pour ne pas dire plus, de venir opposer le prétendu terrorisme de Gaillard à la modération de Fouché I

Ce dont Robespierre fit positivement un crime à Fouché, ce furent les persécutions indistinctement dirigées contre les ennemis de la Révolution et contre les patriotes, contre les citoyens qui n'étaient qu'égarés et contre les coupables. Tout concourt à la démonstration de cette vérité. Son frère ne lui avait-il pas, tout récemment, dénoncé la conduite « extraordinairement extravagante » de quelques hommes envoyés à Commune- Affranchie (*) *? Les plaintes des victimes n'étaient-elles pas montées vers lui Q) Que dis-je, à l'heure même où il prenait si vivement à partie l'impitoyable mitrailleur de Lyon, ne recevait-il pas une lettre dans laquelle on lui dépeignait le massacre d'une' grande quantité de pères de famille, dont la plupart n'avaient point pris les ar-

(*) Voyez cette lettre à la suite du rapport de Courtois, sons le numéro XXV.

(^) Lettre d'Augustin Robespierre à Maximiliën, de Nice, en date du 46 germinal. Vide suprà.

(3) Voyez les lettres de Cadillot, sous le numàro CVI, à la suite du rapport de Courtois, et de Jérôme Gillet, dans les Papiers inédits,, 1. 1, p. 217.

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mes (')? Ce que voulait Robespierre, c'était le retour à la justice, à la modération, sinon à une indulgence aveugle; il n'y a point d'autre signification à attribuer à ces quelques mots dont se sont contentés les rédacteurs du Journal de la Montagne et du Moniteur pour indiquer Tordre d'idées développé par lui dans cette séance du 23 messidor, mais qui nous paraissent assez significatifs : a Les principes de l'orateur sont d'arrêter l'effusion du sang humain versé

PAR le grimé » (').

Et il ne s'agissait pas ici seulement des horreurs commises à Lyon par Fouché, Robespierre entendait aussi flétrir les actes d'oppression multipliés sur tous les points de la République; il revendiquait pour lui, et même pour ses collègues du comité, dont il ne séparait point sa cause, l'honneur d'avoir distingué l'erreur du crime et défendu les patriotes égarés. Or, l'homme qui, au dire de Maximilien, avait persécuté les patriotes de Commune-Affranchie € avec une astuce, une perfidie aussi lâche que cruelle ]», c'està-dire Fouché, n'était-il pas le même qui, à cette heure, se trouvait être Tâme d'un complot ourdi contre les meilleurs patriotes de la Convention? Mais le comité de Salut public ne serait point sa dupe, Robespierre le croyait du moins. Hélas ! dans quelle erreur il était ! « Nous demandons enfin », dit-il, « que la justice et la vertu triomphent, que l'innocence soit paisible, le peuple victorieux de tous ses ennemis, et que la Convention mette sous ses pieds toutes les petites intrigues ))(^). On convint, sur la proposition de Robes-

(*) Lettre en date du 20 messidor, déjà citée, d'une chaumière au midi de Ville-Affranchie, numéro CV, à la suite du rapport de Courtois.

(2) M. Michelet trouve que le rédacteur du journal a étendu complaisamment la pensée de Robespierre. (T. VU, p. 402.) En vérité, c'est par trop naïf !

(3) Comment s'étonner que, dès 1794, Fouché ait été le fléau des plus purs patriotes ! Ne fut-ce pas lui qui, sous le Consulat, lors de l'explosion de la machine infernale, œuvre toute royaliste, comme on sait, proscrivit tant de républicains innocents ? Ne fut-ce pas lui qui, en 1815, fournit

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