‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 45 sur 123 · VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOUCHÉ · texte numérisé non relu

VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOUCHÉ

pierre, d'inviter Fouché à se disculper des reproches dont il avait été l'objet.

Les fourbes ont partout des partisans, et Fouché n'en manquait pas au milieu même de la société des Jacobins, dont quelques jours auparavant on l'avait vu occuper le fauteuil. Robespierre jeune, revenu depuis peu de temps de rarmée du Midi, ne trouvant pas suffisante l'indignation de la société contre les persécuteurs des patriotes, s'élança à la tribune, et, d'une voix émue, raconta qu'on avait usé à son égard des plus basses flatteries pour l'éloigner de son frère. Mais, s'écria-t-il, on chercherait en vain à nous séparer. « Je n'ambitionne que la gloire d'avoir le même tombeau que lui ». Vœu touchant qui n*allait pas tarder à être exaucé. Couthon vint aussi réclamer le privilège de mourir avec son ami : « Je veux partager les poignards de Robespierre». — «Et moi aussi 1 et moi aussi » ! s*écria-t-on tous les coins de la salle (*). Hélas 1 combien, au jour de de répreuve suprême, se souviendront de leur parole !

Le jour fixé pour entendre Fouché (26 messidor) était un jour solennel dans la Révolution, c'était le 14 juillet ; ce jour-là, tous les cœurs devaient être à la patrie, aux sentiments généreux. On s'attendait, aux Jacobins, à voir arriver Fouché; mais celui-ci n'était pas homme à accepter une discussion publique, à mettre sa vie à découvert, à ouvrir son âme à ses concitoyens. La dissimulation et l'intrigue étaient ses armes ; il lui fallait les ténèbres et les voies tortueuses.

Au lieu de venir, il adressa à la sodété une lettre par laquelle il la priait de suspendre son jugement jusqu'à ce que les comités de Salut public et de Sûreté générale eussent fait leur rapport sur sa conduite politique et privée. Cette méfiance à l'égard d'une société dont tout récemment il

à la monarchie une liste de cent citoyens voués d'avance par lui à l'exil, à la ruine, à la mort ?

(*) Voyez cette séance des Jacobins reproduite d'après le Journal de la Montagne, dans le Moniteur du 26 messidor (14 juillet 1794)

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avait été le président était loin d'annoncer une conscience tranquille. Aussitôt après la lecture de cette lettre, Robes* pierre prit la parole : il avait pu être lié jadis avec l'individu Fouché, dit-il, parce qu'il Favait cru patriote ; et s'il le dénonçait, c'était moins encore à cause (|e ses crimes passés que parce qu'il le soupçonnait de se cacher pour en commettre d'autres.

Nous savons aujourd'hui si Robespierre se trompait dans ses prévisions. N'était-il pas dans le vrai quand il présentait Fouché |comme le chef, l'âme de la conspiration à déjouer ? Et pourquoi donc cet homme, après avoir brigué le fauteuil où il avait été élevé grâce aux démarches de quelques membres qui s'étaient trouvés avec lui à Commune- Affranchie, refusait-il de soumettre sa conduite à l'appréciation de ceux dont il avait sollicité les suffrages? « Craint-il », s'écria Robespierre, cédant à l'indignation qui l'oppressait, « craint-il les yeux et les oreilles du peuple? Craint-il que sa triste figure ne présente visiblement le crime ? que six mille regards fixés sur lui ne découvrent dans ses yeux son âme tout entière, et qu'en dépit de la nature qui les a cachées on n'y lise ses pensées (*)? Craint-il que son langage ne décèle l'embarras et les contradictions d'un coupable ? »

Puis, établissant entre Fouché et les véritables républicains un parallèle écrasant, Robespierre le rangea au nombre de ces hommes qui n'avaient servi la Révolution que pour la déshonorer, et qui avaient employé la terreur pour forcer les patriotes au silence. « Ils plongeaient dans les cachots ceux qui avaient le courage de le rompre, et voilà le crime que je reproche à Fouché ». Étaient-ce là les principes de la Convention nationale ? Son intention avait-elle jamais été de jeter la terreur dans l'âme des bons citoyens? Et quelle ressource resterait-il aux amis de la liberté s'il

(*) Dans le tome XX de VHistoire du Consulat et de l'Empire, M. Thiers, parlant de ce môme Fouché, dit : « En portant à la tribune sa face pâle, louche, fausse ».

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