‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 62 sur 123 · LACHETES ET APOSTASIES · texte numérisé non relu

LACHETES ET APOSTASIES

comme TOrphée de la France^ enseignant aux peuples^ les principes de la morale et de la justice , n'était plus, en ventôse de l'an III (mars 1795), de par le môme Boissy, qu'un hypocrite à la tyrannie duquel le 9 Thermidor avait heureusement mis tin (*).

. Toutes les lâchetés^ toutes les-turpitudes, toutes les apostasies débordèrent des cœurs comme d'un terrain fangeux. Barère, malgré l'appui prêté par lui aux assassins de Robespierre, n'en fut pas moins obligé de venir un jour faire amende honorable pour avoir, à diverses reprises, parlé de lui avec éloge (^). On entendit, sans que personne osât protester, les diffamations les plus ineptes, les plus saugrenues, se produire en pleine Convention. Ici^ Maximilien est , désigné par le montagnard Bentabole comme le chef de la faction d'Hébert (*). Là, deux républicains, Laignelot et Lequinio, qui toute leur vie durent regretter, j'en suis sûr, d'avoir un moment subi l'influence des passions thermidorteines, en parlent comme ayant été d'intelligence avec la Vendée (*) Tandis que Thuriot de Larozière^ le futur magis* trat imp&'ial, demande que le tribunal révolutionnaire continue d'informer contre les nombreux partisans de Robespierre, Merlin (de Douai), le législateur par excellence de la Terreur, annonce que les rois coalisés, et spécialement le pape, sont désespérés de la catastrophe qui a fait tomber la tête de Maximilien (^). Catastrophe, le mot y est«r Merlin l'a-t-il prononcé intentionnellement? Je n'en serais pas étonné. Quel ami des rois et du pape, en effet, que ce

{}) Séance de la Convention du 30 ventôse an ni (20 mars 1795)) Moniteur du 3 germinal (23 mars).

(*) Ihid du 7 germinal an III (27 mars), Moniteur du 11 germinal (31 mars 1795).

(3) Séance des Jacobins du 26 thermidor an II (8 août 1794), Moni" teur du 30 thermidor.

{*) Séance de la Convention du 8 vendémiaire an lU (29 septembre 1794), Moniteur des 11 et 12 vendémiaire.

(*) Séance de la Convention du 12 vendémiaire an III (3 octo^ bre 1794), Moniteur du 13 vendémiaire.

fDO THERMIDOR

Maximilien Robespierre ! et comme les partisans de la monarchie et du catholicisme ont pris soin de défendre sa mémoire I

On frémit d'indignation en lisant dans le Moniteur, où tant de fois le nom de Robespierre avait été cité avec éloge, les injures crachées sur ce même nom par un tas de misérables sans conscience et sans aveu. Un jour, ce sont des vers d'un bailli suisse, où nous voyons « qu'il fallait sans tarder faire son épitaphe ou bien celle du genre humain (*) ». Une autre fois, ce sont des articles d'un des rédacteurs ordinaires du journal, où sont délayées en un style emphatique et diffus toutes les calomnies ayant cours alors contre Robespierre (^). Ce rédacteur, déjà nommé, s'appelait Trouvé. Auteur d'un hymne à l'Être suprême, qui apparemment n'était pas fait pour déplaire à Robespierre, et qui, par une singulière ironie du sort, parut au Moniteur, le jour même où tombait la tête de Maximilien, Trouvé composa une ode sur le 9 Thermidor, et chanta ensuite tous les pouvoirs qui s'élevèrent successivement sur les ruines de la République. Après avoir été baron et préfet de l'Empire, cet individu était devenu l'un des plus serviles fonctionnaires de la Restauration. Les injures d'un tel homme ne pouvaient qu'honorer la mémoire de Robespierre (^).

Aucun genre de diffamation ou de calomnie n'a été épargné au martyr dans sa tombe. Tantôt c'est un député du nom de Lecongne qui, rompant le silence auquel il s'était à peu près condamné jusque-là, a l'effronterie de présenter comme l'œuvre personnelle de Robespierre les

(*) Voyez ces vers dans le Moniteur du 3 frimaire an III (29 novembre 4794).

•^ P) "Voyez notamment le Moniteur des 3 et 27 germinal an 111 (23 mars et 16 avril 1795), des 12 et 28 floréal an III (1" et 7 mai 1795), des 2 et 11 thermidor an III (20 et 29 juillet 17î^), etc.

(3) Il faut lire dans YHistoire de la Restauration, par M. de Vaulabdle, les infamies dont, sous la Restauration, le baron Trouvé s'est rendu complice (!omme préfet.

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