‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 63 sur 123 · RARES EXEMPLES DE FIDÉLITÉ · texte numérisé non relu

RARES EXEMPLES DE FIDÉLITÉ

lois votées de son temps par la Convention nationale, effronterie devenue commune à tant de prétendus historiens ; tantôt c'est Tépicurien Dupin, l'auteur du rapport à la suite duquel les fermiers généraux furent traduits devant le tribunal révolutionnaire, et leurs biens, de source assez impure du reste, mis sous le séquestre, qui accuse Maximilien d'avoir voulu spolier ces mêmes fermiers généraux (")• A peine si, de temps à autre, une voix faible et isolfe s'élevait pour protester contre tant d'infamies et de mensonges.

Tardivement, Babœuf, dans le Tribua du peuple, présenta Robespierre comme le martyr de la liberté, et qualifia d'exécrable la journée du 9 thermidor ; mais, à l'origine, il avait, lui aussi, calomnié, à l'instar des Thermidoriens, oe véritable martyr de la liberté. Plus tard encore, dans te procès de Babœuf, un des accusés, nommé Fossar, s'enèeodit reprocher comme un crime d'avoir dit devant témoins que le peuple était plus heureux du temps de Robespierre. Cet accusé maintint fièreiiieht son assertion devant la hante cour de Vendôme, a Si ce propos est un crime », ajouta-t-ij, (( j'en suis coupable, et le tribunal peut me condamner ■. Mais ces exemples étaient rares.

La justice thermidorienne avait d'ailleurs l'œil toujours ouvert sur toutes les personnes suspectes d'attachement à la mémoire de Maximilien. Malheur à qui osait prendre ouvertement sa défense. Un ancien commensal de Dupla;, le citoyen Taschereau, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, craignant qu'on ne lui demandât compte de son amitié et de ses admirations pour Robespierre, avait, peu après Thermidor, lancé contre le vaincu un long pamphlet en vers. Plus tard, en Tan Vil, pris de remords, croyant peut-être les passions apaisées, et que Theure était venue «ù

(*) Séance de la Convention du 16 lloréal an III (5 mai 1795). V«y. le Moniteur ôjx 20 lloréal. . . >

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il était permis d'ouvrir la bouche pour dire la vérité, il publia un écrit dans lequel il préconisait celui qu'un jour, le couteau sur la gorge, il avait renié publiquement (');il fut impitoyablement jeté en prison (').

Tel était le sort réservé aux citoyens auxquels Tamourde la justice, ou quelquefois un reste de pudeur, arrachait un cri de protestation. Les honnêtes gens, ceux en qui le sentiment de rintérêt personnel n avait pas étouffé toute conscience, les innombrables admirateurs de Maxinodlien Robespierre, durent courber la tête ; ils gémirent indignés, et gardèrent le silence. Qu'eussent-ils fait d'ailleurs? Ce n'étaient pour la plupart ni des écrivains ni des orateurs; c'était le peuple tout entier, et, au 9 thermidor, la parole fut pour bien longtemps ôtée au peuple. Puis l'âge arriva, l'oubli se fit ; et la génération qui succéda aux rudes jouteurs des grandes années de la Révolution fut bercée uniquement au bruit des déclamations thermido-girondines. Dans son œuvre de calomnie et de diffamation, la réaction se trouva merveilleusement aidée par les apostasies d'une multitude de fonctionnaires, désireux de faire oublier leurs anciennes sympathies pour Robespierre ('), et surtout par l'empressement avec lequel nombre de membres de la Convention s'associèrent à l'idée machiavélique d'attribuer à Maximilien tous les torts, toutes les erreurs, toutes les sévérités de la Révolution, croyant dans un moment d'impardonnable faiblesse se dégager, par ce lâche et honteux

(^) Taschereau avait été mis hors la loi dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Voy. le Moniteur du 11 thermidor (29 juillet 17^).

(2) Voy. le Moniteur du 13 germinal an Vil (2 avril 1799).

(3) Beaucoup de personnes avaient donné à leurs enfants le nom de Robespierre, tant ce grand citoyen était en effet un monstre horrible et sanguinaire. En Tan VI il se trouva, au conseil des Anciens, un compatriote de Maximilien, nommé Dauchet, qui poussa le dédain de la vérité jusqu'à prétendre que c'étaient les officiers de l'état civil qui avaient contraint les parents de donner à leurs enfants ce noni odieux. Ingénieuse manière d'excuser les admirateurs du vaincu. (Séance des Anciens du 15 prairial an VI [3 juin 1797].)

MOYENS d'action DE LA CALOMNIE 183'

moyen, de toute responsabilité dans les actes du gouvernement révolutionnaire (* ).

Dans les premiers jours de ventôse an III (février 1795), quelques patriotes de Nancy, harcelés, mourant de faim, ayant osé dire que le temps où vivait Robespierre était l'âge d'or de la République, furent aussitôt dénoncés à la Convention par le représentant Mazade, alors en mission dans le département de la Meurthe. a Hâtons-nous », écrivit ce digne émule de Courtois, ce de consigner dans les fastes de rhistoire que les violences de ce monstre exécrable, que le ^ang des Français quil fit couler par torrents, que le pillage auquel il dévoua toutes les propriétés, ont seuls amené ce moment de gène... (*). »

Tel fut en efTet Tinfernal système suivi par les Thermidoriens. La France et l'Europe se trouvèrent littéralement inondées, de libelles, de pamphlets, de prétendues histoires où Todieux le dispute au bouffon. Le rapport de Courtois fiit naturellement le grand arsenal où les écrivains merce-

(^) Le père de Georges Sand, M. Maurice Dupin, écrivait, à la date du 10 thermidor de Fan II : « C'est à la Convention que nous devons notre salut. Sans elle, dit-on, tous les patriotes eussent été victimes de la tyrannie de Robespierre. »

M"»* Georges Sand, qui a cité cette lettre dans sa Correspondance, Ta fait suivre d'une note où il est dit :

«c Voici TefTet des calomnies de la réaction. De tous les terrrorîstes, Robespierre fût le plus humain, le plus ennemi par nature et par conviction des apparentes nécessités de la Terreur et du fatal système de la peine de mort. Cela est assez prouyé, et l'on ne peut pas récuser à cet égard le témoignage de M. de Lamartine. La réaction thermidorienne est une des plus lâches que l'histoire ait produites. Cela est encore suffisamment prouvé. A quelques exceptions près, les Thermidoriens n'obéirent à aucune conviction, à aucun cri de la 'Conscience, en immolant Robespierre. La plupart d'entre eux le trouvaient trop faible et trop miséricordieux la veille de sa mort, et le lendemain ils lui attribuèrent leurs propres forfaits pour se rendre populaires. Soyons justes enfin, et, ne craignons plus de le dire : Robespierre est le plus grand homme de la Révolution, et l'un des plus grands hommes de Thistoire... »

(') Voyez cette lettre de Mazade dans le Moniteur du 12 ventôse de l'an m (3 mars 1795).

naires et les pamphlétaires de la réaction puisèrent à l'envij néanmoins, des imaginations perverties trouvèrent moyen de r^chérir sur ce chef-d'œuvre dlmpudence et de mensonge. D'anciens collègues de Maximilien s'abaissèrent jusqu'à ramasser dans la fange la plume du libelliste. Passe encore pour Fréron qui, dans une note adressée à Courtois, présente la figure de Robespierre comme ressemblant beaucoup à celle du chat (*)! il n'y avait chez Fréron ni conscience ni moralité; mais Merlin (de Thion ville I On s*attriste en songeant qu'un patriote de cette trempe a prêté les mains à l'œuvre basse et ténébreuse entreprise par les héros de Thermidor. Son Portrait de Robespierre et sa brochure intitulée Louis Capet et Jtboespierre ne sont pas d'un honnête homme.

Mais tout cela n'est rien auprès des calomnies enfantées par l'imagination des Harmand (de la Meuse) (^) eX des Guffroy. Des presses de l'ancien propriétaire-rédacteur du Rougyff sortirent des libelles dont les innombrables exemplaires étaient répandus à profusion dans les villes et dans les campagnes. Parmi les impostures de cette impure officine citons, outre les élucubrations de Laurent Lecointre, la Queue de Robespierre, ou les dangers de la liberté de la presse par Méhée fils; les Anneaux de la queue ; Dé fends ta queue; Jugement du peuple souverain qui condamne à mort la queue infernale de Robespierre; Lettre de Robespierre à la Convention nationale; la Tête à la Queue, ou Première Lettre de Robes-

■ {}) Voyez cette note dans les Papiers inédits^ t. I, p. 154)

(2) Préfet sous le gouvernement consulaire, Harmand (de la Meuse) . publia en 1814, sous ce titre : Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la Révolution, un libelle effrontément cynique qu'une main complaisante réédita en 1819, en y ajoutant douze anecdoctcs qui, prétendit-on, avait été supprimées lors de la première édition. C'est là qu'où lit que Saint-Just s'était fait faire une culotte de la peau d'une jeune fille qu'il avait fait guillotiner . De pareilles œuvres ne s'analysent ni ne se discutent ; il suffi t de les signaler, elles jet leurs auteurs, au mépris de tous les honnêtes gens.

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