HÉSITATION DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple même? Ce sont les monstres que nous avons acéosés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions anciennes, fruit de l'obsession des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale, demandions dans les sociétés populaires les têtes de six cents représentants du peuple? Ce sont les monstres que nous avons accusés... {*) » Billaud-Varenne ne put pardonner à Robespierre de vouloir supprimer la Terreur en tant que Terreur, et la réduire à ne s'exercer, sous forme de justice sévère, que contre les seuls ennemis actifs de la Révolution. Aussi fut-ce sur Billaud que, dans une séance du conseil des Anciens, Garât rejeta toute la responsabilité des exécutions sanglantes faites pendant la durée du comité de Salut public (^).
Cependant, comme averti par sa conscience, Billaud hésita longtemps avant de se rendre aux invitations pressantes de ses collègues du comité de Sûreté générale, acquis presque tous à la conjuration. Saint-Just, dans son dernier discours, a très bien dépeint les anxiétés et les doutes de ce patriote aveuglé. « Il devenait hardi dans les moments où, ayant excité les passions, on paraissait écouter ses conseils, mais son dernier mot expbait toujours sur ses lèvres, il appelait tel homme absent Pisistrate; aujourd'hui présent, il était son ami; il était silencieux, pâle, l'œil fixe, arrangeant ses traits altérés. La vérité n'a point ce caractère ni cette politique (^) ». Un montagnard austère et dévoué. Ingrand, député de la Vienne à la Convention, alors en mission, étant venu à Paris vers cette époque, alla voir Billaud-Varenne. (( Il se passe ici des choses fort importantes », lui dit ce dernier, « va trouver Ruamps, il t'informera de tout » .
(*) Discours du 8 thermidor, p. 10, 7 et 8.
(«) Séance du 14 thermidor an VIII (1»^ août 1799). Moniteur du (3) Discours du 9 thermidor.
Billaud eut comme une sorte de honte de faire lui-même la confidence du noir complot.
Ingrand courut chez Ruamps^ qui le mit au courant des machinations ourdies contre Robespierre en l'engageant vivement à se joindre aux conjurés. Saisi d'un sombre pressentiment, Ingrand refusa non seulement d'entrer dans la <^onjuration, mais il s'efforça de persuader à Ruamps d'en sortir^ lui en décrivant d'avance les conséquences funestes, et l'assurant qu'une attaque contre Robespierre, si elle était suivie de succès, entraînerait infailliblement la perte de la République (*). Puis il repartit, le cœur serré et plein d'inquiétudes. Égaré par d'injustifiables préventions, Ruamps demeura sourd à ces sages conseils ; mais que de fois, plus lard, pris de remords, il dut se rappeler la sinistre prédiction d'Ingrand I
La vérité est que Billaud-Varenne agit de dépit et sous Tirf itation profonde de voir Robespierre ne rien comprendre à son système « d'improviser la foudre à chaque instant ». Ce fut du reste le remords cuisant des dernières années de sa vie. Il appelait le 9 thermidor sa véritable faute. « Je le répète », disait-il, « la Révolution puritaine a été perdue le 9 thermidor. Depuis, combien de fois j'ai déploré d'y avoir agi de colère (^). » Ah I ces remords de Billaud-Varenne,
(*) Ces détails ont été fournis aux auteure de Y Histoire parlementaire par Buonaroti, qui les tenait d'Ingrand lui-même. Membre du i^-onseil des Anciens jusqu'en 1797, Ingrand entra vers cette époque ■dans l'administration forestière et cessa de s'occuper de politique. Proscrit en 1816, comme régicide, il se retira à Bruxelles, y vécut pauvre, souffrant stoïquement comme un vieux républicain, et revint mourir en France, après la Révolution de 1830, fidèle aux convictions «Xe sa jeunesse.
\^) Dernières années de Billaud-Varenne, dans la Nouvelle Minerve, t. I«r, p. 351 à 358. La regrettable part prise par Billaud au 9 Thermidor ne doit pas nous empêcher de rendre justice à la fermeté et au patriotisme de ce républicain sincère. Au général Bernard, qui, jeune officier alors, s'était rendu auprès de lui à Cayenne pour lui porter sa grâce de la part de Bonaparte et de ses collègues, il répondit : « .Je «ais par l'histoire que des consuls romains tenaient du peuple certains