‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 68 sur 123 · DE CARNOT ET DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DE CARNOT ET DE ROBESPIERRE

ils ont été partagés par tous les vrais républicains coupables d'avoir, dans une heure d'égarement et de folie, coopéré par leurs actes ou par leur silence à la chute de Robespierre.

Un des hommes qui contribuèrent le plus à amener les membres du comité de Salut public à l'abandon de Maximilien fut certainement Carnot. Esprit laborieux, honnête, mais caractère sans consistance et sans fermeté, ainsi qu'il le prouva de reste quand, après Thermidor, il lui fallut rendre compte de sa conduite comme membre du comité de Salut public, Carnot avait beaucoup plus de penchant pour CoUot-d'Herbois et Billaud-Varenne, qui jusqu'au dernier moment soutinrent le système de la Terreur quand même, que pour Robespierre et Saint-Just qui voulurent en arrêter les excès et s'efforcèrent d'y substituer la justice (*). Les premiers, il est vrai, s'inclinaient respectueusement et sans mot dire devant les aptitudes militaires de Carnot, dont les seconds s'étaient permis quelquefois de critiquer les actes. Ainsi, Maximilien lui reprochait de per-

droits; mais le droit de faire grâce que s'arrogent les consuls français . n'ayant pas été puisé à la même source, je ne puis accepter l'amnistix' ({u'ils prétendent m'accorder. » Un jour, ajoute le général Bernard, « il m'échappa de lui dire sans aucune précaution : Quel malheur pour la Convention nationale que la loi du 22 prairial ait taché de sang les belles pages qui éternisent son énergie contré les ennemis de la République française, c'est-à-dire contre toute l'Europe armée I — « Jeune homme, me répondit-il avec un air sévère, quand les os des deux générations qui succéderont à la vôtre seront blanchis, alors et seulement alors, l'histoire s'emparera de cette grande question. » Puis, se radoucissant, il me prit la main en me disant : «Venez donc voir les quatre palmiers de la Guadeloupe, que Martin, le directeur des épiceries, est venu lui-même planter dans mon jardin. »

{Billaud-Varenne à Cayenne, par le général Bernard, dans la Nouvelle Minerve^ t. II, p. 288.)

(*) Voy., au sujet de la préférence de Carnot pour Billaud-Varenne . et Collot-d'Herbois , les Mémoires sur Carnot par son fils, t, !«', p. Ml.

sécuter les généraux patriotes, et Saint-Just de ne pas assez tenir compte des observations que lui adressaient les représentants en mission aux armées, lesquels, placés au centre des opérations militaires, étaient mieux à même de juger des besoins de nos troupes et de l'opportunité de certaines mesures : « 11 n'y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent, et il n'y a que ceux qui sont puissants qui en profitent... (') », disait Saint-Just. Paroles trop vraies, qoe Gamot ne sut point pardonner à la mémoire de son jeune collègue.

Nous avons déjà parlé d'une altercation qui avait eu lieu au mois de floréal entre ces deux membres du comité de Salut public, altercation à laquelle on n'a pas manqué, après coup, de mêler Robespierre, qui y avait été complètement étranger. A son retour de Farmée, vers le milieu de messidor, Saint-Just avait eu avec Garnot de nouvelles discussions au sujet d'un ordre malheureux donné par son collègue. Gamot, ayant dans son bureau des Tuileries imaginé une expédition militaire, avait prescrit à Jourdan de détacher dix-huit mille hommes de son armée pour cette expédition. Si cet ordre avait étéexécuté, l'armée de Sambreet-Meuse aurait été forcée de quitter Gharleroi, de se replier même sous Philippeville et Givet, en abandonnant Avesnes et Maubeuge (^). Heureusement les représentants du peuple présents à l'armée de Sambre-et-Meuse avaient pris sur eux de suspendre le malencontreux ordre. Gette grave imprudence de Garnot avait été signalée dès l'époque, et n'avait pas peu contribué à lui nuire dans l'opinion publique (^).

(*) Discours de Saint-Just dans la séance du 9 Thermidor.

(2) Ibid.

(3) Nous lisons dans un rapport de l'agent national de Boulogne au comité de Salut public, en date du 25 messidor (13 juillet 1794), que ce fonctionnaire avait appris par des connaissances que Camot avait failli faire manquer l'affaire de Gharleroi (Pièce de la collection Beuchot). Les membres des anciens comités, dans la note 6 où il est question des discussions entre Saint-Just et Garnot, n'ont donné aucune expli-

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