‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 87 sur 123 · TENTATIVE SUPRÊME AUPRÈS DE LA DROITE · texte numérisé non relu

TENTATIVE SUPRÊME AUPRÈS DE LA DROITE

lement chez son hôte. On se sépara aux cris de Vive la République/ Périssent les traîtres/ Mais c'étaient là des cris impuissants. Il eût fallu, malgré Robespierre, se déclarer résolument en permanence. Les Jacobins avaient sur la Convention, divisée comme elle Tétait, l'avantage d une majorité compacte et bien unie. Sans même avoir besoin de recourir à la force, ils eussent, en demeurant en

L^aéance, exercé la plus favorable influence sur une foule de

P, membres de TAssemblée indécis jusqu'au dernier moment;

Pries événements auraient, pris une tout autre tournure, et la

T: République eût été sauvée.

Tandis que Robespierre allait dormir son dernier sommeil, les conjurés, peu rassurés, se répandirent de tous côtés et déployèrent Ténergie du désespoir pour tourner contre Maximilien les esprits incertains, hésitants, ceux à qui leur conscience troublée semblait défendre de sacrifier l'intègre et austère tribun. De l'attitude de la droite dépendait le sort de la journée du lendemain, et dans la séance du 8 elle avait paru d'abord toute disposée en faveur de Robespierre.

On vit alors, spectacle étrange ! les Tallien,le8 Fouché, les Rovère, les Bourdon (de TOise), les André Dumont, tous ces hommes dégouttants de sang et de rapines, se jeter comme des suppliants aux genoux des membres de cette partie de la Convention dont ils étaient haïs et méprisés. Ils promirent de fermer l'ère de la Terreur, eux qui dans leurs missions avaient commis mille excès, multiplié d'une si horrible manière les actes d'oppression, et demandé mainte et mainte Ifois l'arrestation de ceux dont ils sollicitaient aujourd'hui le concours. A ces républicains équivoques, à ces royalistes déguisés, ils s'efforcèrent de persuader que la protection qui leur avait été

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jusqu'alors accordée par Maximilien n^était que passagère, que leur tour arriverait; et naturellement îlsmirenl sur le compte de Robespierre les exécutions qui s'étaient multipliées précisément depuis le jour où il avait cess« d'exercer aucune influence sur les affaires du gouvernement.

A deux reprises différentes, les gens de la droite repoussèrent dédaigneusement les avances intéressées de ces bravi de TAssemblée ; la troisième fois ils cédèrent (*). La raison de ce brusque changement s'explique à merveille. Avec Robespierre triomphant, la Terreur pour la Terreur, cette Terreur dont il venait de signaler et de flétrir si éloquemment les excès, prenait fin; mais les patriotes étaient protégés, mais la justice sévère continuait d'avoir Tœil sur les ennemis du dedans et sur ceux du dehors, mais la Révolution n'était pas détournée de son cours, mais la République s'affermissait sur d'inébranlables bases. Au contraire, avec Robespierre vaincu, la Terreur pouvait également cesser, se retourner même contre les patriotes, comme cela arriva; mais la République était frappée au cœur, et la contre-révolution certaine d avance de sa prochaine victoire. Voilà ce qu'à la dernière heure comprirent très-bien les Boissy-d'Anglas, les Palasne-Ghampeaux, les Durand-Maillane,et tous ceux qu'efTarouchaient la rigueur et l'austérité des principes républicains (^) ; et voilà comment fut conclue l'alliance monstrueuse des réactionnaires et des révolutionnaires dans le sens du crime.

Sur les exagérés de la Montagne la bande des conjurés

(^) Voyez ï Histoire de la Convention^ par Durand-Maillane, p. 499.

(2) Buonaroti a prétendu, d'après les révélations de quelques-uns deis proscripteurs de Robespierre, que les idées sociales exprimées en diverses occasions par ce dernier n'avaient pas peu contribué à grossir le nombre de ses ennemis. Voyez sa Notice sur Maximilien Robespierre.

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agit par des arguments tout opposés. On peignit Robespierre sous les couleurs d'un modéré, on lui reprochai d'avoir protégé des royalistes, on rappela avec quelle persistance il avait défendu les signataires de la protestation contre le 31 mai, et cela eut un plein isuccès. Il n'y eut pas, a-ton dit avec raison, une conjuration unique contre Robespierre ; la contre-révolution y entra en se couvrant , de tous les masques. C'était son rôle; et, suivant une - appréciation consciencieuse et bien vraie, les ennemis • personnels de Maximilien se rendirent les auxiliaires ou plutôt les jouets de l'aristocratie et ne crurent pas payer trop cher la défaite d'un seul homme par le deuil de leur pays (').

Pour cette nuit du 8 au 9 thermidor, comme pour la journée du 8, nous sommes bien obligé de nous en tenir presque entièrement aux renseignements fournis par les vainqueurs, la bouche ayant été à jamais fermée aux vaincus. Rien de dramatique, du reste, comme la séance du comité de Salut public dans cette nuit suprême.

Les membres présents, Garnot, Robert Lindet, Prieur (de laCôte-d'Or),Barère, Saint-Just, travaillaient silencieusement. Saint-Just rédigeait à la hâte son rapport pour le lendemain, « et ne témoignait ni inquiétude, ni repos (*) », quand arrivèrent Billaud-Varenne, GoUot-d'Herbois et certains membres du comité de Sûreté générale. A la vue de Gollot d'Herbois, dont les traits bouleversés accusaient le trouble intérieur, Saint-Just lui demanda froidement ce qu'il y avait de nouveau aux Jacobins. Sur quoi Gollot d'Herbois, hors de lui, l'aurait traité de traître, de lâche, etc. Puis Elie Lacoste, se levant furieux, se serait écrié que Robespierre, Gouthon et Saint-Just étaient un triumvirat ^

(*) Choix de rapports, opinions et discours, t. XIV, p. 26i. Paris,

(^) Réponse des membres des deux anciens comités aux imputations de Laurent Lecointre, note 7, p. 105.

fie fripons machinant contre la patrie. Que venait faire m te sauvage rapporteur de l'affaire des Chemises rouges ? Et Barère, l'héroïque Barère, d'apostropher à son tour Robespierre, Couthon et Saint-Just. A Ten croire, il les aurait appelés des pygmées insolents. Maximilien, qui la veille encore jouissait, disait-il, d'une réputation patriotique méritée par cinq années de travaux et par ses principes imperturbables d'indépendance et de liberté, est devenu tout à coup, du jour au lendemain, un scélérat; le secoïKi n'est qu'un éclopé; le troisième un enfant. Robespierre et llouthon n'étaient pas là, notez bien. Oh! le beau courage, la noble conduite, en admettant comme vraies les assertions des membres des anciens comités, — que de se mettre h trois, à quatre contre un enfant^ à qui ils ont été obligés de rendre cette justice qu'au milieu de leurs vocifératioas il était resté calme et n'avait témoigné aucune inquiéludel

Cet enfant^ dont l'assurance et le sang froid annonçaient «ne conscience pure, les glaçait d'épouvante. — « Tu prépares notre acte d'accusation »? lui dit brusquement Collot-d'Herbois. — Saint-Just pâlit-il à cette interrogation, comme l'ont prétendu ses meurtriers ? C'est assez peu probable, puisqu'il leur offrit de leur donner, séance tenante, communication du discours qu'il préparait. Personne ne voulut y jeter les yeux (*).

Saint-Just se remit à l'œuvre en promettant à ses collègues, s'il faut s'en rapporter à eux, de leur lire son discours le lendemain avant de le prononcer devant la Convention. Quand il eut achevé son travail, il prit part à la conversation, comme si de rien n'était, jouant, paraît-il, l'étonnement de n'être pas dans la confidence des daugers dont il entendait parler,' et se plaignant de] ce que tous les coeurs étaient fermés. Ce fut alors qu'il ajouta qu'il ne concevait pas cette manière prompte d'improviser la foudre à chaque instant, et que, au nom de la République, il conjura

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