‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 95 sur 123 · PREMIERE IMPRESSION DANS PARIS · texte numérisé non relu

PREMIERE IMPRESSION DANS PARIS

ce que ce berceau de la Révolution contenait de patriotes sincères, de républicains honnêtes et convaincus, en fut consterné. Qu'elle ait été accueillie avec une vive satisfaction par les royalistes connus ou déguisés, cela se comprend de reste, Maximilien étant avec raison regardé comme la pierre angulaire de Tédifice républicain. Maie fut-elle, suivant l'assertion de certains écrivains, reçue comme un signe précurseur du renversement de Téchafaud {*) ? Rien de plus contraire à la vérité. Quand la chute de Robespierre fut connue dans les prisons, il y eut d'abord^ parmi la plupart des détenus, un sentiment d'anxiété et non pas de contentement, comme on Ta prétendu après coup. Au Luxembourg, le député Baill«ul, un de ceux qu'il avait sauvés de l'échafaud; se répandit en doléances ('), et nous avons déjà parlé de l'inquiétude ressentie dans certains départements quand on y appirit les événements de Thermidor. Parmi les républicains, ûi

(^) C'est ce que ne manque pas d'affirmer M. Michelet avec aoki aplomb ordinaire. Et il ajoute : u Tellement il avait réussi, dans tout cet affreux mois de thermidor, à identifier son nom avec celui de là Terreur ». (t. VII, p. 472.) Est-il possible de se tromper plus grossièrement? Une chose reconnue de tous, au contraire, c'est que dans cet affreux mois de thermidor, Robespierre n'eut aucune action sur le gouvernement révolutionnaire, et l'on n'a pas manqué d'établir une comparaison, toute en sa faveur, entre les exécutions qui précédèrent sa retraite et celles qui la suivirent. (Voir le rapport de Saladin.) Que pour trouver partout des alliés, les Thermidoriens l'aient présenté aux uns comme le promoteur de la Terreur, aux autres comme un antiterroriste, cela est vrai; mais finalement ils le tuèrent pour avoir voulu, suivant leur propre expression, arrêter le cours terrible, majestueux de la Révolution, et il ne put venir à l'esprit de personne au premier moment, que Robespierre mort, morte était la Terreur.

(2) Ceci attesté par un franc royaliste détenu lui-même au Luxembourg, et qui a passé sa vie à calomnier la Révolution et ses défenseurs. Voy. Essais histotnques sur les causes et les effets de laRévohitiorij par C. A. B. Beaulieu, t. V, p. 367. Beaulicu ajoute que, depuis, pour effacer l'idée que ses doléances avaient pu donner de lui, Bailleul se jeta à corps perdu dans le parti thermidorien. Personne n'ignore en effet avec quel cynisme Bailleul, dans ses Esquisses, a diffamé et calomnié celui qu'il avait appelé son sauveur. ■

même dans les rangs opposés, on se disait à mi-voii: u Nos malheurs ne sont pas finis, puisqu^il nous reste encore des amis et des parents, et que MM. Robespiem sont morts (') ! Il fallut quelques jours à la réaction posr être tout à fait certaine de sa victoire et se rendre comi>te de tout le terrain qu*elle avait gagné à la mort (k Robespierre.

On doit, en conséquence, ranger au nombre des mensonges (ie la réaction Thistoire fameuse de la denièn charrette, menée de force à la place du Trône au milifli des imprécations populaires. D^aucuns vont jusqu*à assurer que les gendarmes, Hanriot à leur tôle, du^entdispe^ ser la foule à coups de sabre (*). Outre qu'il est difficile d'imaginer un général en chef escortant de sa personne une voiture de condamnés, Hanriot avait, à cette heure. bien autre chose à faire. Il avait môme expédié Tordre i toute la gendarmerie des tribunaux de se rendre surit place de la Maison commune, et les voitures contenant les condamnés furent abandonnées en route par les gendarmes d^escorte, assure un historien royaliste f');?» donc elles parvinrent à leur funèbre destination, ce fut parce que la foule dont les rues étaient encombrées le voulut bien. 11 était plus de cinq heures quand les sinistres charrettes avaient quitté le Palais de justice (*), or, à celte

(1) Nous avons déjà cité plus haut ces paroles rapportées pa^ Charles Nodier, lequel ajoute : « Et cette crainte n'étoît pas sans motifs, car le parti de Robespierre vonoit d'être immolé par le parti de la Terreur». {Souvenirs de la Révolution, t. I, p. 305^ éd. Charpentier).

(2) M. Michelet ne manque pas de nous montrer Hanriot sabrant !<' foule, et assurant une dernière malédiction à son parti (t. VII, p. 473). M. Michelet n'hésite jamais à marier les fables les plus invraisemblables à l'histoire. C'est un moyen d'être pittoresque.

(3) Toulongeon, t. II, p. 512.

(^) Lettre de Dumesnil, commandant la gendarmerie des tribunaux, à la Convention, en date du i2 thermidor (30 juillet 1794). Voy. cette lettre sous le numéro XXXI, à la suite du rapport de Courtois sur \^ événements du 9 Thermidor, p. 182.

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