Scène V
Les mêmes, JACQUELINE, une servante
Jacqueline et la servante entrent par le fond, à droite, avec le lait, trois tasses, des couteaux, du beurre, etc. une miche de pain bis, qu'elles déposent sur la table. Jacqueline a, de plus, un gros bouquet de roses blanches.
Jacqueline. — Voici le Jait !
Fabienne se lève.
LABUSsrèRE, à gauche de la table. — Qu'il soit le bienvenu, n'est-ce pas ?
Martial. — Oui, depuis cinq heures du matin...
Il pousse le fauteuil do Fabienne j^rèB di la table, pu's remonte au-dessus, faisant p^ace à Jacqueline.
Jacqueline. — Comment, depuis cinq heures? Labussiêre et Martial. — Oui ! Oui !
Jacqueline, à Fabienne en lui donnant les roses. — Des
fleurs de Montreuil que je prie la citoyenne d'accepter !
Fabienne. — Ah ! les belles roses ! Grand merci, madame !
La servante donne des serviettes à Jacqueline, puis prend la chaise laissée par Martial et la reporte au secrétaire. LaBUSSIÈRE, prenant le pain et le couteau. — Et Béril-
lon ? Il n'est pas là, Bérillon ?
Jacqueline, mettant le couvert en passant devant la table. Fabienne s'est assise dans le fauteuil, Martial sur la chaise au-dessus de
la table. — Chez lui !... jamais !... Il est à sa section !
LaBUSSIERB, à gauche, debout, coupant des tranchée de pain.
— Enragé, toujours ?
Jacqueline. — Toujours ! le pauvre homme !
Elle tourne pendant ce qui suit autour de la table, mettant le couvert
liABUSSiÈRE. — Et le théâtre ?
Jacqueline, môme jeu. — Ça boulotte !
Labussière. — Qu'est-ce que vous jouez, ce soir ?
Jacqueline, de même. — Le Vous et le Toi, du citoyen Aristide Valcourt !
Labussière. — C'est Michelot qui joue mon rôle de Justin ?
Jacqueline. — Non, c'est Gobin !
LaBUSSTÈRE. — Médiocre !... (II passe devant la table et chantonne en donnant à chacun sa tranche de pain.)
Le cachet de la servitude Est imprimé sur le mot « vous ».
Ce mot à Toreille est si rude Et le mot « toi » paraît si doux !
Jacqueline, servant le lait à Fabienne. — Et l'on VOUS
y regrette assez, au théâtre.
Labussière. — C'est réciproque ! Mais, après mon aventure !
Martial, prenant le pot au lait des mains de Jacqueline pour se
servir. — Laquelle ?
LABUSsrÈRE. — Une querelle, en répétant, avec un misérable nommé Duclos, qui a dénoncé l'un de nos camarades ! Dans ma colère, j'ai brisé à coups de canne le buste de Marat placé à l'avant-scène et, déjà mal noté, j'ai cru prudent d'abandonner pour un temps l'art dramatique. C'est alors que ce brave poltron de Bérillon m'a donné asile dans cette cham-
bre que je regrette... surtout à cause de la propriétaire.
II baise les mains de Jacqueline.
Jacqueline. — Je redescends à la boutique. Si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à sonner.
Labussière. — Bien, chère amie !
Martial. — Merci, madame !
Jacqueline. — Et déjeunez tranquillement, il n'y a pas de figure suspecte dans la me Antoine.
Labussière. — Ni dans la rue Beautreillis... Je m'en suis assuré déjà.
Elle sort Labussière vient entre Martial et Fabienne, prendre le pot au lait.