Scène V
Les mêmes, LUPIN, laveuses, au fond. Lupin reparaît par la gauche au moment où Martial remonte.
Labussiêre, à Lupin, à mi-voix. — C'est 'fait ?
Lupin, retournant le panier vide et tapant sur le fond. — Voilà!
Labussiêre. — Sans accident ?
Lupin. — Aucun. Cest Tîle de Robinson ! Pa» un chat !
Labussiêre. — Reporte tout l'attirail chez moi.
Martial, redescendant, à Labussidre, tandis que Lupin gagne la droite et ramasse tout leur attirail de pêche. — Je ne la Vois
pas !...
Labussiêre. — Patience !
Martial, arrêtant Lupin au passage et soulevant le couvercle da
panier vide. — C'est ta pêche, ça ?
liABUSSlÂRE. — Oui.
Martial. — Il n'y a rien.
LaBUSSIÈRE, le lui prend des mains. — Justement !
(Martial le regarde surpris.) Je t'expliquerai ça tout à l'heure. (A Lupin en lui passant le panier.) Va déjeuner ! Tu me retrouveras au bureau.
LuriN. — Convenu ! A tantôt, patron!
Il remonte vivement l'escalier de droite et disparaît
Labussiêre. — A midi.
Un bruit de rires leur fait tourner la tête vers le bateau où FVançoise, debout, retroussant ses bras, conte à toutes les laveuses quelque chose qui les met en Joie.
Martial. — Oh ! Oh ! ce bruit ?
Labussiêre. — C'est Françoise quijî^es harangue.
Les rires continuent en sourdine.
Martial. — Cette fille, en bonnet rouge !
Labussiêre. — La maîtresse d'un marchand de vin de la rue Antoine, une enragée qui va tous les soirs brailler aux Jacobins, après s'être égayée tout le jour au tribunal révolutionnaire. Tous les jupons du quartier frémissent devant cette virago ! De ces femmes qui viennent ici laver leur linge, pas une qui, voyant un suspect jeté à l'eau, ne lui tendît la perche pour le sauver ! Mais que Françoise paraisse et tous les battoirs s'abattraient sur le pauvre diable en cadence ! Et c'est tout Paris, ce bateau-là ! Le fanatisme dit : « Tue ! » la peur crie : « Assomme ! »