LOIS NUMÉRIQUES
Les corps simples, en s'iiiiissant, donnent naissance aux corps composés et la transformation est accompagnée par une certaine variation d'énergie, résultant de deux ordres de travaux moléculaires essentiellement distincts : les travaux chimiques proprement dits, dus à la combinaison envisagée en soi, et les travaux physiques, attribuables aux cbangements d'états; sans préjudice des travaux extérieurs qui peuvent en être la conséquence. C'est ce qu'il est facile de concevoir, si l'on examine un cas particulier : la formation de l'eau, à la température de zéro, par exemple. L'union de l'hydrogène et de l'oxygène, rapportée à cette température, produit un composé qui peut affecter soit l'état gazeux, soit l'état liquide, soit l'état solide. Dans les deux derniers étals, interviennent les travaux physiques de liquéfaction et de solidification, qui s'ajoutent aux travaux chimiques, accomplis lors de la formation de l'eau gazeuse. L'eau gazeuse, d'ailleurs, ne saurait exister à zéro que sous une pression très faible. Si l'hydrogène et l'oxygène ont été mis en rapport à l'avance sous cette pression, demeurée constante, leur combinaison déterminera une diminution de volume du tiers du mélange; elle deviendra ainsi l'origine d'un certain travail mécanique, représenlable par le déplacement d'un poids déterminé.
Les différents travaux qui viennent d'être énumérés peuvent être produits : soit par les énergies intérieures du système qui se trans-
forme; soitparles énergies élrangères à ce système, telles que les énergies caloriliques, ou les énergies électriques, parfois môme, les énergies mécaniques proprement dites, empruntées au choc par exemple. Leur étude constitue Tobjet de la ïhermochimie.
Le présent Ouvrage est consacré à l'exposition des données expérimentales et lois numériques de cette Science. Dans le premier Volume, on exposera les lois, dans le second les données : on s'attachera surtout aux lois et données numériques positives, déduites de l'expérience, sans entrer dans la discussion complète des théories mathématiques ou thermodynamiques, qui répondent à un ordre d'idées différent et plus conjectural.
Le premier Volume, destiné à l'exposition des lois numériques, comprend deux Parties : l'une relative à la Chimie minérale, l'autre à la Chimie organique.
Dans la première Partie, on examinera d'abord certains problèmes communs à la Chimie tout entière, puis les problèmes qui concernent plus particulièrement les composés non carbonés et les sels, c'est-à-dire la Chimie dite minérale.
Un premier Chapitre est destiné à définir les relations qui existent entre l'affinité chimique et le dégagement de chaleur, qui en est l'effet le plus ordinaire. On montrera ainsi le lien étroit qui existe entre la notion thermodynamique de l'entropie et le principe du travail maximum, développé précédemment dans mon Essai de Mécanique chimique. On verra par là la nécessité de définir la chaleur de formation des corps composés, en la rapportant à un état physique correspondant, défini par l'expérience, le même pour tous les corps mis en jeu, tel que l'état solide, ou l'état gazeux ; et plus généralement la nécessité de connaître la chaleur de form'ation de chaque corps, comparée dans ses différents états, afin de pouvoir établir des comparaisons rigoureuses soit entre les éléments, soit entre les composés similaires. De là résultent les règles suivies dans l'établissement de nos Tableaux.
La mesure de la chaleur de formation d'un corps composé, à une température déterminée, ne suffit pas pour les comparaisons; car cette quantité varie avec la température et les changements d'état que la température détermine. Nous avons démontré en i865 et nous reproduirons plus loin (p. 28) la formule chimique générale
Qt=Q.4-U-V,
qui définit ces variations en fonction des chaleurs de fusion, de vaporisation et des chaleurs spécifiques.