XVI PRÉFACE
Le cadre entier de la Chimie se trouve ainsi parcouru, de façon à mettre sous les yeux du lecteur les connaissances acquises en Tliermochimie, tant au point de vue des classes générales de composés qu'à celui des corps individuels.
En présentant de cette façon la science acquise actuellement, j'ai pris soin d'en faire ressortir, soit dans le détail, soit par le caractère même des exposés, les lacunes spéciales ou générales; c'est-à-dire les recherches à faire et les découvertes certaines qui attendent les inventeurs de l'avenir.
Je me suis attaché dans le présent Ouvrage à mettre en évidence les lois et relations numériques qui ressortent de Tensemble des résultats acquis. Dans la partie relative à la Chimie générale, on verra quel jour la ïhermochimie jette sur la constitution des corps simples et des corps composés, ainsi que sur la caractéristique des fonctions et des réactions fondamentales. Elle manifeste ainsi l'extrême fécondité de cette science dans les diverses études de la Chimie pure et appliquée. Selon mon habitude, je me suis abstenu de développer des conceptions purement hypothétiques; me bornant à déduire, des chiffres observés, leurs conséquences les plus directes et les plus manifestes.
Je crois essentiel de prévenir le lecteur qu'il ne s'agit pas ici des lois fondamentales de Statique, sujet que j'ai développé dans le second Volume de mon Essai de Mécanique. Certes, l'étude méthodique des équilibres chimiques, inaugurée par mes recherches sur les éthers et sur l'état des sels dans les dissolutions, et ainsi que l'étude de la dissociation, découverte par H. Sainte-Claire Deville, ont pris une importance de plus en plus considérable dans la Science, et elles sont devenues depuis lors le point de départ de théories et de calculs thermodynamiques fort étendus, dont il serait intéressant de montrer les origines et la connexion avec les données expérimentales qui les ont suscitées et qui n'ont pas cessé d'en former le support le plus solide. Mais cette
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partie de la Science ne rentrait pas dans le cadre essentiellement numérique du présent Ouvrage. J'aurai sans doute occasion d'y revenir plus tard.
En terminant la présente Préface, il ne me reste plus qu'à réclamer l'indulgence des lecteurs, pour les omissions et erreurs, inévitables dans un si vaste travail, et à prier les personnes qui voudraient bien me les signaler, d'agréer l'expression de ma reconnaissance.
Je serai d'autant plus sensible à leur attention que c'est ici sans doute le dernier Ouvrage considérable que je serai appelé à publier. Je touche au terme d'une carrière scientitique déjà bien longue, soutenue depuis un demi-siècle par un travail continu et attesté par des publications incessantes. J'ai tâché de remplir de mon mieux mes devoirs de savant, de citoyen et de philosophe de la nature, et je poursuivrai, tant que mes forces ne seront pas épuisées : toujours poussé à marcher en avant par le désir passionné d'être utile à mes contemporains et à l'humanité!
M. Berthelot.
Mai 1897.