PRÉFACE. VII
Le principe des forces vives ne rend l'assertion évidente qu'à la condition de fermer les yeux à des difficultés très sérieuses.
Les actions mutuelles des molécules doivent s'exercer suivant la droite qui les joint et dépendre de la seule distance. Aprioriy l'évidence est douteuse. La chaleur, dit-on, est un mouvement des molécules matérielles. L'idée est ancienne. Partout où se trouve une suffisante vitesse, disait Descartes, dans les parties des corps terrestres, il y a du feu. Sans disconvenir de l'assertion, est-il permis de voir dans ses conséquences une théorie de la chaleur ?
Un corps chaud, par sa présence, échauffe les corps voisins. Il accroît donc la force vive de leurs molécules. Mais jamais on n'a vu un mouvement, par son seul voisinage, en influencer un autre; il faut que des forces interviennent. D'où viennent ces forces? La réponse n'est pas douteuse : les parties de l'éther, violemment agitées, comme dirait Descartes, sont la cause de l'action.
Les molécules matérielles agissent donc sur l'éther et l'éther sur elles. Ces actions, dont on ignore la grandeur et la loi, interviennent dans tous les phénomènes; elles semblent s'imposer dans les raisonnements. On ne les mentionne même pas. Le principe des forces vives suffit à tout.
Ces forces remplissent-elles au moins les conditions sans lesquelles on ne peut l'appliquer?
Rien a priori ne le rend vraisemblable.
Une bille d'ivoire tombe sur un sol de marbre, elle rebondit sans pouvoir remonter au-dessus du niveau primitif : le principe des forces vives l'interdit. La bille, en dépassant le point de départ, rendrait possible le mouvement perpétuel. L'argument semble sans réplique. Une pincée de dynamite étendue sur le lieu du choc démentirait, cependant, la théo-
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rie. Comment un théorème évident peut-il être en défaut? C'est qu'après le choc, différence essentielle, le marbre demeure et la dynamite disparaît. Il est permis d'insister. De quel droit assimiler au marbre Féther invisible et inconnu? Pourquoi n'interviendrait-il pas, comme la dynamite dans le choc, pour porter ailleurs son énergie diminuée? La quantité d'éther est infinie; il n'est pas à craindre qu'il s'épuise.
Les physiciens, depuis le commencement de ce siècle, pour reculer le terme des vérités acquises, ont rapproché leur horizon. Ils n'osent plus, prenant la Mécanique céleste pour modèle, exiger la démonstration de toutes les lois et en rattacher les perturbations à des forces dont il faut trouver le détail. On peut, sans amoindrir la Science, abandonner, pour un temps je l'espère, les régions périlleuses où la théorie restait éloignée des applications. Si de nouvelles formes de raisonnement ont excité tant d'admiration, c'est qu'elles se plient à la réalité et que les faits leur servent de contrôle et d'appui.
A ce grand avantage s'associe une imperfection. Le nombre des conditions ne doit être, en Géométrie, ni plus grand ni plus petit que celui des inconnues. Une équation de trop rend la solution incorrecte; une équation de moins la laisse indéterminée.
Les physiciens sont moins sévères. Toute vérité certaine peut devenir principe. Toute expérience bien faite peut résoudre un problème, et ils cessent de traiter une grandeur d'inconnue, dès que, par une voie quelconque, on est parvenu à la bien connaître.
C'est confondre dans une même étude l'édifice et ses fondements.
Celui qui, se plaçant au quatrième étage, se bornerait à