LES DIFFÉRENTS APPAREILS EMPLOYÉS EN THERMOMÉTRIE CUTANÉE
Les thermomètres à mercure.
Pendant de nombreuses années, le thermomètre à réservoir liquide, généralement du mercure, a été l'unique moyen de mesurer le température cutanée. On s’est servi d’abord du thermomètre ordinaire appliqué à plat sur la peau. C’est ainsi que Davy (1814), Ziemsen, Peter, Couty, Broca, Wegscheider, Schulein, Senator, etc. ont poursuivi leurs recherches. Pour étendre la surface de contact, certains, comme Vincent ou Euler, font rouler sur quelques centimètres le réservoir et pensent obtenir ainsi des chiffres plus exacts.
On a essayé, par ailleurs, de construire de thermomètres à mercure spécialement destinés à mesurer la température de la peau ; le type en est le dispositif en spirale de Winternitz ; d’autres auteurs préfèrent un réservoir plat (Boye, Kuchenmeister, Melcop), une boule (Albers et Rohmer), ou un réservoir cylindrique adopté par Adae. Le
Mais dans tous ces dispositifs, le contact du thermomètre avec la surface cutanée n'empêche pas la déperdition de la chaleur par l’autre côté du réservoir resté au contact de l'air; les chiffres mesurés risquent d'être trop bas. Aussi a-t-on pensé à protéger en quelque sorte l'appareil par une coupe en verre (V. Baerensprung) ou en ébonite (Melchior et Wolff). Les chiffres sont ainsi plus élevés, mais ils dépendent du vase clos qui s'établit entre la surface cutanée et l’intérieur de la coupe en verre, car celleci réfléchit en partie le rayonnement de la peau.
Les modalités de fixation des thermomètres cutanés ont été : l'objet de certaines discussions : il faudrait appuyer assez longtemps (un quart d'heure selon certains auteurs) le réservoir au contact de la peau; on a préféré le fixer avec des adhésifs, tels
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que le leucoplaste (Wurster, Schulein, Wegscheider). Senator voulant éviter qu’un côté du réservoir se refroidisse à l’air libre préfère insinuer le thermomètre dans un pli de la peau, afin que la masse du mercure se trouve partout en contact avec la surface étudiée ; le pli est maintenu par une bande de leucoplaste.
Mais la température de la peau varie d'un point à l’autre ; consacrer un certain nombre de minutes à chaque point, prolongerait excessivement les examens ; aussi est-on amené à faire simultanément plusieurs mesures en des points voisins. Broca place plusieurs thermomètres au niveau du crâne, du front ou de l’occiput, sous un pansement qui les applique au niveau des téguments ; c'est ce qu'il appelle une « couronne thermique ». La même technique est adoptée par Melchior et Wolff pour l'étude des maladies nerveuses.
Pour maintenir les thermomètres en contact avec la peau, Schmitt et Weiss construisent un support métallique et règlent la hauteur des réservoirs avec des tiges appropriées. .
De nos jours, Ipsen reste encoxe fidèle aux thermomètres à méreure, dont il place plusieurs sous des bandes feutrées de 5X5 cm. Il reconnaît que la température ainsi mesurée serait de 1°8 plus élevée que la temffrature véritable, telle qu’on la trouve avec des procédés électriques. L’utilité du feutre consiste à éviter la déperdition de la chaleur, tout en maintenant le réservoir en place ; il semble toutefois que son épaisseur intervienne dans les chiffres trouvés (H. Mollier).
Citons encore, comme moyen automatique de fixation, un dispositif curieux construit par Rosin et utilisé par Boye pour sa thèse ; c’est un thermomètre coudé, dont le réservoir à mercure est plat ; il est fixé à la peau grâce à une petite pompe à air formant ventouse ; la pression esl réglée au moyen d’une tige métallique allant de la ventouse au thermomètre.
Pour essayer de réduire le temps d'application du thermomètre ou pour combattre le refroidissement de la peau par le réservoir à mercure, certains auteurs ont soin de le réchauffer préalablément vers 30°. Reichenbach et Heymann vont même plus loin : ils chauffent le thermomètre au-dessus de la température présumée, sous prétexte que le refroidissement demande moins de temps que le réchauffement.
Enfin, on a pensé utiliser simultanément deux thermomètres différemment gradués (l’un de 20° à 30° et l’autre de 30° à 40°)
sur deux points immédiatement voisins oadnek et Liebermeister).
Cette énumération, même incomplète, des nombreux dispositifs d'adaptation des thermomètres à mercure à la mesure de la température cutanée, ne nous retiendra pas longtemps; en effet, deux grands inconvénients rendent leur ‘emploi indésirable ; d’abord l’inertie de ces dispositifs, ensuite HRRSPUE des rceu tats. « La peau chauffe une partie du verre du réservoir à mercure; ce verre échauffe la partie voisine du liquide, puis toute la masse, mais la partie opposée est refroidie par le contact avec - de l'air à la température de la chambre. Même si l’on a soin de la protéger avec une coupe de verre ou avec un feutre, on n’est pas certain que le vase clos ainsi produit ait la même température que les téguments. On met‘ donc un quart d'heure à mesurer quelque chose qui n’est probablement pas la température vraie de la surface cutanée.
Aussi, passerons-nouùus à la description des procédés thermoélectriques, qui sont beaucoup plus rapides et précis ; nous mentionnerons toutefois un dispositif de thermométrie différentielle qui ne se rattache à aucune des principales méthodes connues. Benzcour et Jonas ont essayé de faire de la thermopalpation avec l’idée que la température de la peau était en rapport avec les organes profonds sous-jacents. L'appareil qu’ils ont utilisé comprend deux coupes en verre appliquées au niveau des zones examinées ; ces Coupes communiquent entre elles au moyen d'une tubulure en verre contenant une gouttélette de mercure en son milieu. Si la température n'est pas identique au niveau des téguments recouverts par les coupes, il y a dilatation inégale de l'air dans les récipients qui refoule la gouttelette de mercure du tube communiquant vers la zone la plus froide. Malheureusement on n'obtient qu'une notion relative d’inégalité thermique, sans connaître la valeur absolue de la température.
Une amélioration de cette balance thermique est due à Herz, qui remplace la tubulure de communication par un tuyau en caoutchouc facilitant la comparaison de deux points éloignés : l'inégalité de pression est précisée par un manomètre différentiel
à alcool.
x Thermomètres à couples thermo-électriques.
L'application de la thermo-électricité à la construction des
thermomètres est une invention essentiellement française, et date de plus d'un siècle : c’est en 1835, que Becquerel et Breschet Ônt publié les premiers résultats de la thermométrie cutanée avec des thermo-couples. Le même principe est adopté par : Gassot pour les mesures destinées à sa thèse sur les « températures locales de l’économie et leurs variations à l'état pathologique » (1873). Les premières publications allemandes datent seulement de 1889 (Kunkel) et ne prennent d'intérêt qu'avec les recherches de Rubner (à partir de 1895).
Le principe des thermomèires à couple thermo-électrique repose sur la production d’une force électro-motrice, lorsqu'on chauffe une soudure entre deux métaux différents. On ferme le circuit sur un appareil de mesure de ce courant, qui est généralement proportionnel à la différence de température entre la soudure chauffée et une autre soudure dite froide, On distingue par conséquent, dans tout thermomètre à couple thermo-électrique une ou plusieurs soudures à chauffer que lon applique sur la peau, grâce à un dispositif variable selon l'inventeur, une ou plusieurs soudures dites froides, dont on connaît la température, grâce à un thermomètre à mercure ordinaire et un appareil de mesure qui est un galvanomètre.
Après avoir envisagé les principales règles applicables en thermométrie cutanée, nous allons décrire les principaux appareils utilisés jusqu’à présent.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur la nature des métaux utilisés pour les thermo-couples; on trouvera dans les ouvrages de physique des données sur la force électro-motrice engendrée par des couples de divers métaux ou alliages ; théoriquement, on a intérêt à adopter ceux qui donnent le maximum de tension ; en fait, le rendement dépend de la résistance des métaux employés, de leur solidité, qui déterminent l'épaisseur el la forme du couple, si bien que chaque constructeur est amené à tenir compte de ces facteurs pour aboutir à un dispositif pralique. Ainsi Benedict emploie le cuivre et le constantan, Saidman le constantan et un alliage de ferro-nickel, Bohr-Hansen le fer-constantan, Buttner le constantan et le manganin.
Une des particularités des thermomètres cutanés consiste dans la présentation et l'application de cette soudure de la peau :. la plupart des auteurs utilisent dés fils qui sont amenés au contact des téguments; Saidman a adopté des rubans afin d'assurer un contact plus large, tout en diminuant la résistance du circuit. Le support de la soudure varie également selon les consiructeurs. | | |
Quant à la soudure froide, elle se irouve dans certains appareils assez éloignée de la soudure chaude et plongée dans un milieu liquide contenu dans une bouteille thermos ou dans un thermostat. Dans d’autres dispositifs, elle est accolée à une masse métallique amortissant la chaleur provenant de la soudure chaude ét se trouvant à peu près à la température ambiante. :
Enfin, le galvanomètre, qui permet de mesurer exactement le courant qui est proportionnel à l’écart thermique entre les deux groupes de soudures, est presque toujours conçu sur le type créé par d'Arsonval et Desprez. Sa sensibilité ne doit pas être trop grande, sous peine d’aboutir à des installations de laboratoire, difficilement conciliables avec les nécessités de la pratique médicale. Aussi, les galvanomètres à miroir, où le faisceau d’une ampe témoin est renvoyé sur une échelle graduée, n’est plus utilisé pour les appareils de série ; on tend à adopter des galvanomètres à pivot et à lecture’ directe, .que l’on s'efforce de graduer directement en degrés, pour éviter l’étalonnage incommode des appareils primitifs.
On y perd peut-être un peu de précision, étant donné que divers facteurs peuvent influencer les soudures et le galvanomètre, notamment la température ambiante ; mais cela n’a pas grande importance étant donné que les températures à mesurer varient elles-mêmes dans des proportions autrement considérables. En effet, à quoi bon s’efforcer à une précision d’une cinquantaine de degré en ce qui concerne les appareils de mesure, alors que la température cutanée peut varier d’un cinquième de degré en très peu de temps sous des influences réflexes diverses ? Aussi faut-il distinguer l'appareillage du médecin praticien qui doit être transportable et robuste, de l’appareillage de. précision nécessaire à un laboratoire de physiologie. e
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Appareil de Benedict.
La soudure d'application a la forme d’une «épingle à cheveux » où la jonction des deux métaux se trouve au milieu de la boucle. En raison de sa fragilité, elle est protégée par un support en bakélite, muni d’une ouverture de II X 9 millimètres, et contenant du coton cardé; celui-ci à pour but d'éviter l’action immédiate de la température ambiante.
Des fils de jonction intermédiaire sont protégés par un tube de caoutchouc durci et aboutissent à la soudure froide qui plonge dans un thermostat. Cette soudure est au contact d’un thermomètre à mercure et à l’intérieur d’un tube à essai rempli de coton cardé ; ce tube est plongé dans un bain d'alcool contenu ‘dans une bouteille thermos ayant une capacité de 400 ce. Cette bouteïlle plonSe à son tour dans un bain d'alcool! de 3 à 4 litres de contenance dont le récipient est entouré d’une matière isolante (coton cardé ou liège), remplissant une caisse en bois. Pour obtenir la constance de la température, le grand bain d'alcool est muni d'un réchauffeur à résistance électrique en série, avec une lampe de 60 watts, actionné par un interrupteur bimétallique.
Grâce à ces multiples ee on obtient une précision d'un centième de degré, pendant plusieurs heures.
Le galvanomètre utilisé à l'hôpital est du tÿpe mural: une déviation d’un millimètre du pot lumineux correspond à 1/200e de degré. L'auteur a adapté un dispositif enregistreur, qui lui a permis d'obtenir des courbes de température, en déplaçant d'un mouvement régulier la soudure chaude dans certaines. directions, comme par exemple du menton à la cheville.
Les indications ne sont pas obtenues en degrés ; aussi faut-il étalonner avant chaque mesure l’ensemble de l'appareil, en plongeant la soudure chaude dans l'alcool contenu dans une bouteille thermos dont on mesure par ailleurs la température avec un thermomètre à mercure habituel. On note la déviation du galvanomètre, et, connaissant la différence de température des deux soudures grâce à leurs thermomètres respectifs, on calcule à quelle fraction de degré correspond un millimètre de l'échelle; en général, c’est un vingt-cinquième de degré.
En résumé, l'appareil de Benedict est un appareil de haute précision, remarquablement bien conçu par ses détails, mais son maniement nécessite une certaine habitude que tous les médecins n’ont pas eu le temps d'acquérir.
Thermomètre électrique d'Ipsen-Bohr-Hansen.
Cet appareil est décrit dans le livre d'Ipsen (1935) et a été construit selon les données des physiciens Niels, Boht et Hansen. Il comporte quatre éléments de constantan-fer, dont la soudure chaude soutient une plaque d'argent, épaisse de 0,3 mm. ; les quatre plaques forment ensemble un disque ayant 8 mm. de diamètre, et sont rendues solitaires par une croix en ébonite.
Les soudures froides aboutissent à un bloc de cuivre cylindrique, long de 50 mm., ayant un diamètre de 15 mm., dont le centre contient, comme dans le thermomètre de Saïdman un thermomètre à mercure.
Appareils Buttner.
Cet auteur utilise deux appareils, l’un destiné à la prise de la température de points isolés et l’autre pour déterminer la température d’une région. Dans les deux, le couple thermo-électrique a la forme d'une spirale ; un fil d'acier fait un tour et demi, sous un diamètre de 2 à 3 cm. ; il est ensuite aplati et soudé à un fil de constantan, dont la direction est perpendiculaire à la peau ; la soudure appliquée sur les téguments aurait une surface de 0.1 mm. carré seulement. Un support en ébonite, avec trois points d'appui, entoure le couple. Un autre dispositif est employé en glissant sur la peau ; il contient aussi une spirale; | la soudure entre constantan et manganine est protégée par un anneau d’ébonite.
Appareil de Strauss.
Caractérisé par le mode d'application du couple, dont les fils protégés par un tube en verre coudé, aboutissent à la soudure
— 49 — : rs chaude, formant lice avec un contrepoids réglé de façon à exercer une pression, de 1à 2 gr. sur la peau.
Thermomètre électrique de Saidman.
Cet appareil est le résultat de diverses simplifications apportées par notre Maître à des thermomètres à couples, dont l’un était placé sur la peau et l’autre dans une bouteille thermos. Saïdman a élé frappé par la gêne que représente cet élément témoin; si on veut le plonger dans de la glace, on s'expose parfois à des difficultés de ravitaillement; si l’on se contente d’eau ‘chaude, on se heurte à certains ennuis pour obtenir une température homogène du milieu liquide. Aussi son nouveau thermomètre a été simplifié de façon à réduire au minimum les difficultés de la mesure, si gênanties avec les dispositifs antérieurement connus.
Cet appareil permet de mesurer presque instantanément (20 secondes) la température des téguments et des muqueuses.
-Saidman a simplifié le procédé et créé un dispositif réunissant en un seul appareil les deux soudures et un porte-électrode maniable.
La soudure chaude est faite entre deux lamelles très minces d’alliages doués d'un pouvoir thermo-électrique élevé ; ces lamelles assurent un contact assez large avec la surface de la peau, contrairement aux fils utilisés jusqu'à présent pour les soudures thermo-électriques. De ce fait, elles sont mieux -échauffées par les tissus et prennent plus-exactement leur température. Par ailleurs, la faible épaisseur de ces lamelles, qui ne dépasse guère 1/20° de mm., leur donne une faible capacité calorique et les empêche de refroidir la peau, contrairement à ce qui se passe pour les thermomètres cutanés à réservoir en spirale, dont les températures sont toujours inférieures à celles de la surface cutanée.
Tout thermomètre électrique comporte des soudures froides, dans le dispositif réalisé par notre Maître ; celles-ci sont soudées à des masses métalliques volumineuses, qui servent de volant thermique, et dont on connaît la température, grâce à un thermomètre à mercure. Le thermomètre possède un gros réservoir occupant tout l’espace compris entre les deux soudures.
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Mode d’emploi. — Pour connaître la température d'un point de la peau ou d’une muqueuse accessible à l'appareil, on applique: celui-ci, tenu par une poignée, sur la région à explorer. Le milieu de la lamelle doit se trouver sur le point choisi.
On lit, au bout d’une dizaine de’secondes, la déviation de l'aiguille du millivoltmètre, qui est gradué aux cinquièmes de degré. On connaît ainsi la différence de température entre la peau et les soudures froides. Comme on connaît la température de ces dernières en lisant le thermomètre à mercure, il suffit d'additionner les deux nombres pour obtenir la température cherchée.
Exemple. — La soudure est placée sur le dos du poignet, au nivéau de l’interligne radio-carpien. L’aiguille dévie jusqu'à 1206. La température indiquée par le thermomètre à mercure est de 19°2. On obtient donc : 12°6+19°2—3198, qui est la température du point cherché, :
Lorsqu'il s’agit de comparer simplement la température d’une articulation ou sur le territoire d’une névralgie, on peut se dispenser de lire la température témoin. On examine toujours deux points symétriques et on en note la différence entre la déviation du côté malade et du côté sain.
Exemple. — Arthrite du genou gauche :
Le thermo-couple étant placé sur l'empâtement du cul-de-sac inféro-interne, la déviation au niveau de ce point est de 1004, alors que du côté droit elle est de 86 ; il y a donc un excédent de 108, lié à la congestion locale.
Cette facilité d'emploi de l'appareil permettra d'explorer commodément les températures superficielles qui, à notre avis, présentent un gros intérêt au point de vue séméiologique. Ainsi, la pathologie des articulations, celle de la circulation sanguine dans les membres, celle de l'innervation, s'accompagneront d’une thermométrie précise.
Des différences de température ebtte deux points sy Hire ont une valeur diagnostique. Des arthrites rhumatismales évoluives pourront être différehciées des formes torpides, grâce à des écarts thermiques, qui s’atténuent lorsque la poussée rétrocède.
Une remarque qui semble s'imposer, c’est que l’on doit se contenter de prendre une seule fois la température à un point