‹ Thèse de pharmacie chimiqueChapitre 5 sur 7 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Phénomènes qui se produisent lorsqu’un sirop de sucre quelconque sert de véhicule à une substance chimique bien définie.

Action de Veau. — Comme nous l’avons vu, l’eau seule suffit pour intervertir le sucre, mais il est bon de connaître comment.se fait cette interversion et si son action est lente ou rapide.

Pour cela, je fis un sirop à froid avec eau distillée et

sucre cristallisé dans le rapport de i à 2. Le produit fut filtré ; le sirop obtenu était limpide et neutre, après l’avoir laissé quatre mois à une température qui n’a jamais dépassé 18°, je le retrouvai limpide, neutre au papier de tournesol, mais brunissant fortement parla potasse, titré à l’aide de la liqueur de Fehling, j’y constatai 1 gr. 346 de sucre interverti pour 100 gr. sirop. Deux mois après, la température moyenne étant 18°, j’y trouvai 4 gr. 46 de sucre interverti pour lOO gr. sirop. On voit donc que, dans les meilleures conditions et malgré une température relativement basse, le sucre s’intervertit en présence de l’eau seule.

Sirops acides, — Suivant les doses du Codex, je préparai des sirops de vinaigre, d’acide citrique et lartrique; le sucre employé était cristallisé, et les sirops faits à froid puis conservés dans un endroit obscur à une température de 18". Après quatre mois, je retrouvai ces sirops limpides, mais ils avaient subi un grand changement quant au sucre qu’ils contenaient primitivement.

En effet, le sirop de vinaigre titré par la liqueur de Fehling contenait 28 gr. de sucre interverti pour 100 gr. sirop, c’est-à-dire que presque la moitié du sucre du sirop était modifié. Deux mois après, j’essayai de nouveau le sirop, qui avait été conservé à une température de 14°, la proportion de sucre interverti n’avait pas augmenté.

Le sirop tartrique essayé par la liqueur de Fehling,

après quatre mois, contenait 65 gr, 40 de sucre interverti pour 100 gr. de sirop ; tout le sucre était interverti.

Ces sirops acides ne doivent donc pas être préparés à l’avance, mais plutôt au moment du besoin.

Sirops basiques, —* Les sirops basiques se conservent très-bien et le sucre ne s’intervertit pas, cependant si la base n'est pas en quantité suffisante pour se combiner avec tout le sucre, la partie libre peut se transformer partiellement en sucre interverti. Prenons pour exemple le sirop de codéine :

Sirop de sucre k froid 30

Codéine 0,06

Le Codex prescrit de dissoudre la codéine dans l’eau à chaud, quelques pharraacologistes proposent de la triturer avec une goutte ou deux d’acide acétique; je pense qu’il vaudrait mieux ajouter la codéine en poudre dans le sirop de sucre et faire bouillir ainsi une ou deux minutes, parce moyen il se forme du sucrate de codéine; le sirop est basique et ne s’interVertil pas facilement. En effet je conservai ce sirop pendant quatre mois à une température moyenne de 23% je constatai qu’il était resté limpide et basique, cependant un peu de sucre est altéré, car il prend une teinte jaune-paille par la potasse, et la liqueur cupropotassique y décèle 0,48 de sucre interverti pour 100 gr do sirop. Celui-ci, conservé huit mois daus une bouteille en vidange, contenaitalors 8gr. sucre interverti pour 100 gr. sirop.

Sirop de perchlorure de fer- — Le sirop de perchlorurede fer, comme ou Je sait, est un médicaroeot trèsaltérable; il s’agit donc d’étudier les différents phénomènes chimiques qu’il subit, et de chercher à y remédier,

MM. Duroy et Comar et surtout M, Cailletet, dans un mémoire couronné à Bruxelles, ont déjà signalé les principaux phénomènes qui causent rintervertissement du sucre et la transforinalion du perse! de fer en protoseh Suivons ce dernier anteur dans ses expériences :

Je m’assurai d’abord de la pureté de mon perchlorure de fer en cherchant s’il necontenait pas de l’oxychlorure de fer dissous par l’acide chlorhydrique. Dans ce dessein, je pris un perchlorure de fer liquide préparé par le procédé de M* Adrian, il était de couleur brune et ne laissait pas déposer d’oxychlorure, je mis un peu de ce liquide dans un .petit tube d’essai : 10 gouttes avec l5 ,gr. d’eau distillée, j’ajoutai à ia liqueur quelques gouttes d’une solution dedextrine et soumis le tout pendant une heure à la température d’un bain-marie chauffé à 100°. La teinte du liquide se fonça l^èrement, et celui-ci ne laissa déposer que peu d’oxychlorare, le cyaniferrure y donnait un précipité bleu à peine sensible; taudis que si le perchlorure de fer avait coutenuidel acide chlorhydrique libre,, la dextrine aurait été transformée eu glucose et cette dernière réduisant uu peu de sel de fer,, le précipité hloiu eût été très-abondant, il se serait .préalablement formé un précipité très-notable d’oxycblor.ure de fer. Le perchlorure essayé, j’en pris 0,h0 que je mêlai

avec 30 gr. de sirop de sucre neutre ; la coloration du mélange devint jaune d’or, se fonçant bien plus que ne le fait un mélange de 30 gr, eau distillée, et de 0,50 perchlorure de fer.

Cependant si dans ce dernier cas on ajoute un peu de potasse en quantité assez faible pour ne pas précipiter le fer, la coloration se fonce. Le perchlorure de fer a donc perdu une partie de son chlore qui s’est combiné avec la potasse et le sel de fer qui en résulte contenant moins de chlore et plus de base brunit. Le phénomène qui se passe dans le premier cas s’explique donc par cette dernière expérience. Le perchlorure de fer en contact avec le sirop se fonce immédiatement parce qu’il perd du chlore, bientôt la coloration diminue et disparaît peu k peu le chlorure ferrique est alors devenu chlorure ferreux. Le sirop laissé à lui-môme pendant deux mois, on voit se déposerait fond du tube des cristaux mamelonnés de glucose. Je vais chercher k expliquer ce phénomène ; le perchlorure de fer agit vivement sur le sucre de canne en solution k froid, si bien qu’en y mettant un peu de potasse et chauffant k 100°, la couleur devient plus intense et plus brune; il y a là sans doute une transformation du sucre de canne en sucre interverti, puis la modification allant toujours son train, ce sucre se dédouble, la lévulose reste en solution et la glucose cristallise au fond du vase. Comme nous venons de voir, la potasse chauffée avec ce sirop le brunit, il se fait des acides glucique et glucosique qui se combinent avec la base;

l’oxyde de fer ne se précipite pas, conlrairemenl à ce qu’on pourrait attendre, parce qu’il se combine avec le sucre interverti. Si le sirop est décoloré, cela tient à ce que le persel de fer est passé à l’état de protosel ; en effet, le cyanoferrure y donne un faible précipité bleu, tandis que le ferricyanure en produit un très-considérable.

Le chlore devenu libre s’est transformé en acide chlorhydrique, qui a réagi sur le sucre en l’intervertissant ; où a-t-il pris son hydrogène? est-ce l’eau ou le sucre qui le lui a fourni? La question a été résolue par MM. Chenevix, Shoonbroud etCailletet, il se forme de l’acide malique aux dépens du sucre. Je contrôlai le fait en répétant les expériences de M. Cailletet; dans un tube d’essai je mis en présence du sel de fer un sirop de sucre cristallisable fait à froid et dans un second tube le sel de fer et de l’eau distillée, les deux surfaces libres des mélanges étant recouvertes par une légère couche d’huile blanche, le tout fut porté dans un bain-marie chauffé à 100“ : après quelque temps, je vis des bulles de gaz s’élever dans la couche d’huile du premier tube et venir crever à la surface, une baguette humectée d’une solution de nitrate d’argent, enfoncée dans l’espace libre fut ramenée couverte de chlorure d’argent; le liquide se décolora peu à peu, et donna avec le cyaniferrure, un précipité abondant. Dans le second tube au contraire à peine quelques bulles se sontelles élevées du liquide, le nitrate d’argent n’est pas précipité sur la baguette de verre, le liquide devient trouble, laisse déposer de l’oxychlorure mais ne se décolore pas.

Or, devant ces deux expériences qui nedifférenl que par la présence du sucre dans l’une d’elles, on remarque que l’acide chlorhydrique ne s’est formé qu’au contact de la matière sucrée et sans doute à ses dépens. Or cherchons si le sucre interverti ainsi altéré n’a pas fourni d’acide malique. La liqueur sucrée du premier tube fut mise à digérer avec de la limaille de fer, puis filtrée et évaporée doucement ; le résidu obtenu étant épuisé par un mélange d’alcool et d’éther fait dans le rapport de 1 à 2,, le prolochlorure de fer fut dissous, la liqueur laissa sur le filtre un résidu noirâtre,que je lavai avecJ’éther alcoolisé, jusqu’à ceque la solution de nitrate d’argent ne produisit plus aucun précipité dans les liqueurs de lavage. Le résidu noirâtre dissous dans l’eau fut traité par un courant d’hydrogène sulfuré; la liqueur chauffée pour chasser l’acide sulfhydrique et mieux séparer le sulfure formé, laissa après filtration et évaporation, un corps incristallisable, d’une acidité agréable qui avec le fer produisit un sel brun déliquescent et avec l’acéJate de plomb, un précipité blanc caillebotté passant de l’état amorphe k l’état cristallin, caractère inhérent au malate de plomb. Par l’équation suivante, on formule les réactions que nous vouons de signaler :

IfO* H-12 Fd* Cl* = 12 H Cl 4-24 Fe C14-3 /C*H*0*1

Suer» de c nne \A. Ualliii./

Mais, si au lieu de sucre de canne on eiOiploie la glucose obtenue pai’ l’action de la diaslase sur,l’amidon,, ou bien un sirop de sucre interverti k l’aide de l’iode, 0,05 pour

100 gr. de sirop (aûn d’arriver à ce résultat, on fait bouillir l’iode pulvérisé à l’aide d’un peu de sucre avec le sirop; le sirop s’inler\ertit et l’iode est chassé). Si, dis-je, on emploie ces sirops comme véhicule, on obtiant une préparation do perchlorure de fer qui ne s’altère qu’à une température de 100°, longtemps continuée, mais qui, dans les circonstances ordinaires peut se conserver plus de six mois sans altération. Lorsque après un long temps, la décoloration est complète, il contient les mêmes produits que le sirop fait avec le sucre cristallisé.

Ainsi, d’après cet exposé, il est notoire que le sirop de sucre est un mauvais véhicule pour le perchlorure de fer, car sous son influence le produit médicamenteux est changé en un corps dont les propriétés thérapeutiques sont moins énergiques. Mélangé à un sirop de glucose on de sucre préalablement interverti, le persel se conserve longtenjps, sans rien perdre de ses propriétés- Le sesquiiodure de fer dans un sirop se comporte comme le perchlorure de fer et donne comme produits ultimes : de l’acide iodhydrique, de l’acide malique et du protoiodure de fer, le sucre est iaterverti. Ceci a lieu vivement à 100®, et lentement à 15°.

Sirops au bichlorure de mercure. — Ces sirops connus sous les noms de sirops de Larey, de Bellet réformé, de Saint'Ildefond, ne doivent être préparés qu’au moment du besoin car ils sont éminemment altérables.

En effet, si l’on met 0,1S centigr. sublimé corrosif dans

une solution sucrt'e contenant 15 gr. de sucre pour 7,50 d’eau, on remarque qu’après avoir abandonné le sirop quatre mois à lui-même à une température de 18”, il a laissé déposer un corps blanc qui n’est autre chose que du calomel ; en effet, si ce précipité est lavé à l’eau distillée et traité ensuite par l’ammoniaque, il est décomposé et noirci. Il s’est formé de l’acide chlorhydrique aux dépens du sucre, et ta partie non attaquée s’est intervertie en partie. Épuise-t-on par l’éther un peu de ce sirop ; après évaporation on remarque que le résidu est soluble dans l’eau, de plus il précipite en gris par la potasse, en blanc par l’ammoniaque et en rouge pâle par l'iodure de potassium, on a affaire à un chlorosel de mercure, D’un autre côté, si l’on fait digérer de la limaille de fer dans le sirop, il se colore fortement en brun après plusieurs jours; le sirop est filtré et concentré, puis lavé â l'alcool élhéré, qui laisse comme résidu insoluble du malate de fer. Dans le sirop de Larey se trouve un élément de plus, capable d’altérer le sirop, je veux parler du sel ammoniac qui comme tous les chlorures alcalins jouit de la propriété d’intervertir le sucre et déformer avec lui une combinaison cristallisable.

Sirop de perchlorure d’or. — Le perchlorure d’or Au ^Cl* modifie rapidement le sucre cristallisé, mais celuici une fois interverti réduit le perchlorure d’or à l’état métallique.

En effet, si l’on fait un sirop avec ;

Chlorure d’or. 0,10

Eau distillée. 17

Sucre cristallisé. ... 34

Au moment où l’on ajoute le chlorure d'or la liqueur se fonce et cela en moins d’un quart d’heure; le sucre s’intervertit, peu à peu de l’or métallique se dépose au fond du flacon, et la coloration diminue, après huit mois tout l’or est précipité.

Le sirop ci-dessus fut abandonné quatre mois à une températuri' de 18°, la liqueur n’était pas entièrement décolorée, mais sa teinte était fort affaiblie, une couche de poussière d’or tapissait le fond delà bouteille. Le sirop lavé à l'éther lui abandonnait le sel d’or indécomposé, celui-ci repris par l’eau avait une réaction acide, l'ammoniaque le précipitait en Jaune, l’iodure de potassium y formait un iodure d’or insoluble et de l’iode était mis en liberté, ce que le chloroforme ajouté à la liqueur rendait incontestable en se colorant en rose.

Au’ Cl» -I- 3Ki — 3EC1 + 2Au I-f I.

Ceci prouve que le sel d’or resté dissous contenait encore du perchlorure d’or.

Le sirop ainsi dépouillé du sel d’or était incolore, sa réaction acide; additionné de limaille de fer, il se fonçait et contenait alors du protochlorure de fer et du malate de fer. En effet, en le traitant comme le sirop de perchlorure

ri

de fer, pur un mélange d’Ôlher e't d’alcool, il resta comme résidu du inalate de fer insoluble ;

/iAu2(:i»+2rH"0“Ho)=,(;J^^j +12HC1+8AU.

Le chlore libre s’acidifie fi'Oinc aux dépens du sucre qui devient acide maliqun; «es 'deux acides réagissent sur le sucre et l’intervertissent rapidement. A l’aide d’utre autre série d’expériences nous allons voir que si le sel acide intervertit le sucre, ce dernier joue à son louruu rôle réducteur et transforme le persel en chlore et en prolochlorure qui reste dissous à la faveur du perchlwure, mais le protochlorure se dédouble bientôt en perohlorutHj et en or métallique qui se précipite ; oe phénomène se couitinnant ainsi, il arrive un moment où te sirop ne oontient plus de persel d’or, mais de t’acido chlorhydrique et de l’or réduit.

Je vais prouver que l’or se précipite surtout lorsque le isuore est interverti ; en effet, je mis 0,05 chlorure d’or dans 25 gr. sirop interverti. Aprèstrois mois,aune température de 15% le sirop était complètement décoloré et la glucose cristallisait, tout l’or était précipité, et la liqueur n’en contenait plus en dissolution, car lavée ii l’éther, celui-ci évaporé laissa un résidu qui, repris par l’eau, ne donnait pas de précipité par l’ammoniaque ni par Vioduro de potassium.

Dans une autre expérience j’ajoutai deux gouttes d’acide chlorliydrique au sirop, après trois mois la tempô-

rature moyenue étant 14°, je remarquai que le sirep avait encore laissé déposer de l’or, mais la teinte de la liqueur était encore jaune paille; elle contenait 60 gr. 70 de sucre interverU pour 100 gr. de sirop. Un sirop qui contenait 1 gr. 340 de glucose pour 100 gr. fut additionné de chlorure d,'oi‘, il laissa aussi déposer de l’or métallique, mais après trois mois le dépôt était moins abondant que chez le précédent, et il. ne, contenait que 40 gr. 50 de sucre interverti pour 100 gr. de sirop.

Enfin, je crus remarquer que lesirop de chlorure d’or moins altérable était celui préparé avec addition de 4 gr. de sucre interverti par 100 de sirop,

Sirop de prolo-iodure de fer. — Le sirop de proto-iodure de fer a lui aussi, attiré l’attention de praticiens distingués, MM. Duroy et Comar, M. Cailletet ont étudié les phénomènes que le temps lui fait subir. Il est remarquable en effet que le sirop d’iodure de fer préparé à l'aide du sirop de sucre fait à froid, et ne contenant que du sucre cristallisable, jaunisse sous l’influence de la lumière diffuse; cette altération prend d’abord naissance à la surface du sirop, bien que conservé dans un vase fermé hermétiquement, le cercle s’étend de haut en bas et gagne le fond du vase; la couleur est alors jaune-paille, puisjaunerouillq, elle, semble rester stationnaire un instant, puis aller en diminuant. Ce phénomène se passe à la température moyenne de 22°; dans l’espace d un an^^i on soumet le sirop à la radiation solaire, en moins de deux

jours celui-ci passe du jaune-paille au blanc limpide; pendant sa coloration, il précipitait d’une manière intense par le cyanoferrure de potassium, ce qui montre la présence d’un sesqui-iodure de fer dans la liqueur; quand celle-ci a été insolée elle donne une coloration bleue cendrée, ce qui prouve qu’il n’y a plus que du protü-iodurede fer; mais il ne faut pas croire, comme le dit M. Cailletet, que le sirop décoloré ainsi au soleil est stable, si on le met à l’ombre, il prend de nouveau une teinte jaune-paille et se redécolore au soleil. Comme nous allons le voir cela tient à ce que le sirop continue à se glucoser et que pour prévenir ce phénomène, le sucre interverti n’est pas en proportion assez notable pour empêcher la formation momentanée de sesqui-iodure de fer. En effet, le sirop ci-dessus mentionné, après quatre mois passés à l’ombre à une température moyenne de 18», contenait 5 gr. 80 de sucre interverti pour 10 gr. sirop, lorsqu’il fut essayé il venait d’étre insolé et était parfaitement incolore; remis à l’ombre pendant deax mois à une température de l/i", il devint jaune-paille; insolé pendant quelques heures, il redevint incolore et contenait alors 7 gr. 20 de sucre interverti.

Dans la première expérience je soumis une autre partie de ce sirop à la température de 25° pendant quatre mois, il ne contenait pas, comme le premier, 5 gr. 80 de sucre interverti mais 8gr. 75 pour tOOgr. sirop ; insolé il se décolorait, remis à l’ombre il se colorait encore un peu.

Tâchons d’expliquer ces phénomènes : Nous avons vu précédemment que le perchlorure et le periodure de fer modifient le sirop de sucre à leurs dépens; mais il est aussi démontré qu’à la longue et même à une température de 18% l’eau réagit sur le sucre cristallisé du sirop simple et en transforme une petite partie en sucre interverti, ce dernier phénomène est le point de départ de ceux que nous avons signalés plus haut; le sel de fer est rendu instable, il active même l’inversion en se transformant en sesqui-iodure et sous-iodure de fer

«FcI=Fe2P-f-FeM2.

Le sesqui-iodure de fer, comme tous les sels de fer au maximum colore le sirop et réagit sur lui par contact, ou plutôt comme le font certaines bases indifférentes répondant à la formule M'^0®, telle que l’alumine, etc.

Quand une certaine quantité de glucose est formée, si l’on vient à insoler le sirop, la glucose tend à réduire le sel de fer au maximum et comme dans le mélange, le sesqui-iodure et le sous-iodure de fer sont en proportions telles qu’ils peuvent constituer le proto-iodure ferreux, ce dernier se reconstitue. Si alors on remet la liqueur a l’ombre, la glucose qui est d’ailleurs en faible proportion, semble perdre une partie de son énergie, le sirop se colore encore du sesqui-iodure de fer se reforme et le sucre continue de s’intervertir. Cette coloration jaune n est pas due à de l’iode libre comme l’ont pensé quelques pharmacologisles ; en effet que deviendrait cet iode dans ces dé-

coloratians sirccessives, s'il* passait à rétat d’acide iodhydrique on powiTail le conslal'er par distillation, mais il ifen est rien ; de plus on ne peut constater la production d’acide malique dans le sirop, et enfln comme preuve que cette coloration est due â un sesqui-iodure, c’est la formation de bleu de Prusse qtr'y détermine le cyanoferrure de potassium. Nous aurons encore nne corroboration de ce fait si en prenant comme véhicule un sirop interverti par les acides, l’iode, etc., ou fabriqué avec la glucose, on obtient un produit stable ne se colorant plus à la lumière diffuse.. Dans ce but je préparai du sirop interverti à l’aide de l’iode, 0,05 : 100 de la manière suivante :

Je pulvérisai le métalloïde avec un peu de sucre et lefis bouillir avec le sirop jusqu’à ce que ce dernier redevînt limpide et incolore; j’y môlai alors de la solution de proto-iodure de fer en proportion telle qu’elle représentait 0,.50 d'iDduro de fer sec pour 40 gr. de sirop.

Le mélange ainsi préparé est limpide et incolore, conservé sir mois à la température de 22", il ne s’est pas démenti un instant et toujours le cyanoferrure de potassium n’y a décelé qu’un protosel de fer, mais le huitième mois de la glucose cristallisée tapissait le fond du vase.

Je crois pouvoir déduire de mes expériences qu’on aurait un sirop d’une conservation plus longue encore, si l’on mélangeait moitié siropdesuore cristallisableetmoitié sirop de sucre interverti. Jusqu’à présent, nous n’avons considéré que le sirop d’iodure de fer préparé avec le

simp simple, ^loais Je Codex prescrit le sirop de gemme gui conserve mieux le protosel de fer. Latprésewoe de là igomme est en effet un obstacle momentané à k modifimtion de l’iodure ferreux en présence du sucre de canae; car elle agit comme les acides faifeles et intervertit le sucre sans Je secours du sel de fer, mais h la longue c’est-àdire a,prés trois semaines le sirop jaunit eacore, car la gomme elle-même se combine avec un peu de fer, et l’iode ainsi chassé de sa combinaison se reporte sur le protoscl itidécoraposé et forme un sesquiiodure de fer qui jaunit légèrement la liqueur. L’action de la gomme sur l’iodure ferreux est facile à prouver; car, si l’on mélange du protoiodure de fer avec une solution de gomme, en quelques jours la ligueur est jaunie par le sesquiiodure de fer qui s'est forn»é.

Sirop de sulfate de fer. —Le sulfate de fer jonit de la propriété d’intervertir le sirop de sucre en se décomposant partiellement pour former du sous-sulfate de sesquionydede fer qui se précipite et de l’acide sulfurique qui glucose le sucre.

Sulfate de fer. ... 3

Eau distillée. l'fi

Sucre cristallisé ... 32

lEii effet si l’on prépare un sirop de suw'e à froid à l’aide de l’eau distillée, il est neutre aux réactifs et ne contient que du sucre cristallisé; mais si l’on y ajoute

une solutioti de sulfate de fer neutre, toujours à réaction acide, on remarque au bout d’un temps plus ou moins long (je l’ai constaté après deux mois, le sirop étant conservé à une température de 14°), on remarque, dis-je, que de limpide le sirop est devenu trouble; au fond du vase se trouve un dépôt abondant jaune verdâtre qui, lavé et redissous avec précaution dans l’acide chlorhydrique, donne les réactions des sulfates et du sesquionyde de fer. Le sirop filtré est acide, la potasse le^ colore en brun, mais l’oxyde de fer ne se précipite pas et est retenu en combinaison parles acides glucique et glucosique, l’ammoniaque n’y détermine rien, mais si l’on chauffe le mélange, la coloration devient vert-bouteille; le sirop filtré donne avec le cyanoferrure un pi'écipilé blanc bleuâtre, preuve qu’il ne contient que du sulfate de protoxyde de fer. Si dans une partie du sirop ci-dessus on a ajouté préalablement une goutte d’acide sulfurique pour 60 gr. sirop, après quatre mois ce dernier est aussi limpide qu’au premier jour et les l’éactifs n’y dénoncent qu’un protosel de fer. Si enfin le sirop à été préparé à l’aide de la glucose ou du sucre interverti par la levure de bière, on remarque aussi qu’après quatre mois ce sirop est limpide et ne contient qu’un protosel de fer, bien qu’il ait été soumis, comme le précédent, à une température moyenne de 25’. Je vais essayer d’expliquer ces phénomènes : on sait par expérience que le sirop de sucre cristallisé fait et conservé dans les meilleures conditions contient néanmoins,

— di¬

aprés quatre mois, 1 gr. 40 de sucre interverti pour 100 gr. sirop; si dans des conditions aussi défavorables le sucre s’altère, le phénomène aura lieu avec plus d’énergie encore en mélangeant au sirop un produit aussi altérable que le sulfate de fer; le rôle que l’eau jouait difficilement, le protoxyde de fer neutre, mais à réaction acide va l’exécuter avec plus de facilité, une petite quantité se décompose en soussulfate de sesquionyde de fer, sulfate de fer et acide sulfurique libre qui intervertit le sucre. Un tel sirop conservé deux mois à une lempérature inôyènhè de 14° contenait 6.48 de sucre interverti pour 100 gr. sirop. Si on ajoute au mélange une goutte d’acide sulfurique, l’eau n’a que faine d’intervenir, non plus que le sulfate de fer; bien plus le sirop s’intervertissant sous l’influence de l'acide maintient le sulfate de fer au minimum eu raison de son action réductrice, après qualro mois je constatai dans un tel sirop 1)5 gr. 40 de sucre interverti pour 100 gr. de liqueur.

Enfin, si l’on emploie un sucre interverti par un moyen quelconque, le sulfate de fer reste intact au milieu du sirop, qui tend k le maintenir à son minimum d’oxydation.

Il est donc utile dans la pratique de connaître ces diU férenls phénomènes, afin de préparer le sirop de sulfate de fer avec du sucre interverti ou du sirop auquel on ajouterait deux gouttes d’acide sulfurique par demi-bouteille. Une formule de cette préparation de sulfate de fer donnée par M. Guibourt pre.scrit le sirop de gomme

comme véhicule au protosel, l’altération est moins profonde, mais une certaine quantité du sel est encore altérée, la gomme légèrement acide contribue à intervenir le sucre.

Pilules de Vallet. — Les pilules de Vallet, préparées selon la formule du Codéx me semblent remplir tontes les conditions nécessaires à une bonne préparation.

y- Carbonate de soude . 12 Sulfate de fer. ... 10

Miel. 3

Sucre de lait. ... 3

Sucre blanc, .... q. s.

Le Codex recommande de faire dissoudre séparément le sulfate de fer et le carbonate de soude dans q. s. d’eau distillée bouillie et contenant le vingtième de son poids de sucre cristallisé; les deux liqueurs sont filtrées séparément, puis réunies dans le môme flacon, le tout est agité et laissé déposer; on décante la liqueur supérieure, on lave avec de nouvelle eau di.stillée, bouillie et sucrée, l’on continue ainsi jusqu’à ce que les réactifs ne décèlent plus de sulfate de fer dans les eaux de lavage, c’estalors que le carbonate ferreux est recueilli sur une toile imprégnée de sirop de sucre, exprimé fortement et mélangé au miel et au sucre de lait. Cette préparation est supérieure ; en effet, si pour la précipitation, on emploie du sucre cristallisé de préférence au miel, c’est que l’eau bouillante miellée aurait la propriété de dissoudre et d’entraîner dans les

lavages une notable quantité de carbonate ferreux; le sucre a bien tendance à former du sous-sulfate de fer et de l’acide sulfurique libre dans la solution du sulfate de 1er, mais l’opération est trop rapide pour qu’on ail à tenir compte de cet inconvénient ; une fois le carbonate ferreux obtenu, c’est une heureuse idée de lui donner comme excipient le miel qui ne contient que bien peu de sucre cristallisable et beaucoup de sucre interverti , ce dernier tend à maintenir le sel de fer au minimum. Enfin dans le rapprochement de la masse pilulaire au bain-marie, une partie de l’oxyde ferreux se combine avec la glucose, la lévulose et la galactose, et il se forme ainsi des com^posés ferreux solubles et plus facilement assimilables.

Pilules de Plancard. — Les pilides d’iodure de fer du Codex se trouvent dans les mêmes conditions que les pilules de Vallet.

^ Iode .

Fer. .

Eau. .

Miel .

Poudres

Le codex prescrit de recevoir la solution d iodure ferreux sur le miel dans une capsule en fer et d’évaporer. Or le sucre interverti du miel ne tend pas, comme nous l’avons vu pour le sirop d'iodure de fer, à dédoubler le protoscl en sesqui-iodure et en sous-iodure de fer pour

se glucoser. Le miel est donc un bon excipient dans la préparation des pilules d’iodure de fer.

Onguent Ægyptiac.

Miel blanc. 28

Vinaigre fort ... 14

Verdet. 10

Ce mellite employé dans l’art vétérinaire présente encore un exemple de la réaction des sucres sur les sels métalliques. Si l’on employait du sucre cristallisable, il arriverait qu’interverti par l’acide acétique il ne ferait que reculer un peu la réaction qui se passe avec l’aide du sucre interverti du miel blanc. L’acétate de cuivre sous l’influence du miel et de chaleur nécessaire à la concentration se réduit vite en acide acétique libre qui contribue à la transformation du sucre interverti en acides bruns, tandis que le bioxyde de cuivre est ramené à l’état d’oxydule de cuivre rouge rosé anhydre et cristallisé ; c’est le môme phénomène qui se passe, mais plus facilement encore, dans les liqueurs basiques deFehling.Bareswill, etc., formées de tartratede potasse et de cuivre et d’un alcali; le sucre interverti sous l’influence de la potasse se combine avec elle, s’altère en réduisant le bioxyde de cuivre à l’état de sous-oxyde Cu’O.

Sirop de Tannm. *— l.e tannin en dissolution dans l’eau absorbe assez rapidement l’oxygètie de l’air pour se

transformer en acide gallique qui noircit en se suroxydanl. Ce phénomène est beaucoup retardé par le sirop de sucre, car après quatre mois un sirop au tannin est peu foncé, mais le sucre a commencé à s’intervertir et la liqueur contient 9 gr. 72 de sucre modifié pour 100 gr. sirop.

Toutes ces expériences tendent â établir : qu’en pharmacie il est juste et opportun de préparer les sirops basiques tels que ceux de carbonate de potasse, d’ammoniaque de codéiné avec le sucre cristallisable; bien loin d’altérer le sucre ces corps en empêchent l’intervertissement. C’est sur cette propriété des bases qu’on se fonde pour fabriquer le sucre de betterave, combiné à la chaux le principe sucré du jus peut être porté à une température de 100” sans que le sucre cristallisable s’altère. Mais il est mauvais de préparer d’avance des sirops contenant les acides nitrique, tartrique, raalique, etc., le sucre s’y glucose rapidement et perd ainsi prés des deux tiers de son pouvoir sucrant.

11 faut surtout éviter de donner le sirop de sucre cristallisable comme véhicule à des persels facilement décomposables, tels que le perchlorurede fer, d’or, le bichlorure de mercure, ou à des sels instables tels que le sulfate de fer.

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