‹ Thèse de pharmacie chimiqueChapitre 6 sur 7 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Phénomènes qui se produisent lorsqu’un sirop de sucre

quelconque sert de véhicule à des produits pharmaceutiques plus ou moins définis.

Sirops acides .— Sirops de groseilles, de cerises, d’oranges, de limons, de mûres, de berberis, de grenades, etc.

Tous ces sirops sont rafraîchissants, ils doivent cette propriété aux acides tartrique, citrique, malique, qui s’y trouvent seuls ou naturellement mêlés.

L’expérience journalière corroborée par les résultats que donnent ces mômes acides mêlés au sirop de sucre, nous montre que le sucre cristallisé passe vile à l’étal de sucre interverti, puis avec le temps la glucose se dépose partiellement en cristaux mamelonnés.

Sirop de Tolu. — L’action du sucre dans la préparation du sirop de baume de tolu est remarquable et mérite d’être étudiée.

Examinons d’abord la composition du baume de Tolu lui-même, nous pourrons en tirer quelques renseignements.

Le baume de Tolu contient ;

De l’huile volatile ;

Une résine a, une résine b.

(La première s’hydratant devient résine b.)

De l’acide cinnamique,

Et de ta ciiinanéine qui par l’oxygénation ou l’acliou d’un alcali peut se transformer en acide cinnamique.

L’huile essentielle est acide, car les premières vapeurs odorantes qui s’élèvent du haume de Tolu chauffé dans de l’eau à 80“ rougissent le toarnesol.

L’acide cinnamique est plus soluble dans le sirop de sucre que dans l’eau comme nous l’allons voir, il bout â 300" et est volatil à 90", à l’aide de la vapeur d’eau.

En effet je recueillis l’acide qui se précipite par le refroidissement d’une digestion de loin, je lui fis subir la fusion ignée et le soumis à une température de 90" prolongée quatre jours; j’ajoutai alors de l’eau dans la capsule et maintins la température à 90» ; les vapeurs qui s’élevèrent fininmt par colorer en rouge le papier de tournesol.

Ces propriétés connues, examinons les principes qui entrent dans le sirop de Tolu. L’huile volatile et l’acide cinnamique constituent les matériaux actifs du baume de Tolu. Nous allons donc étudier si la digestion simple de l’eau sur le baume de Tolu est plus efficace qu’une digestion faite avec la môme quantité d’eau et le sucre nécessaire pour former le sirop. Afin d’apprécier la valeur d’un sirop de Tolu, j’eus recours aux deux moyens sui-

vants : 1’’ le goût, qui en fait juger la qualité plus ou moins aromatique-, 2° une solution titrée de potasse qui permet d’apprécier la quantité proportionnelle d’huile volatile et d’acide cinnamique dissous dans un volume de différents sirops.

Ceci posé, je préparai un sirop de ïolu à la manière du Codex:

Baume de Tolu. 25

Eau distillée.. 250

Fractionnant le liquide, je fis deux digestions successives de deux heures chacune, ayant soin de condenser les vapeurs à l’aide d’un vase rempli d’eau froide qui fermait assez hermétiquement le premier.

Les liqueurs réunies pesaient 200 gr. Je laissai refroidir comme le prescrit le Codex, une partie de l'acide cinnamique se précipita; la liqueur devenue trouble fut filtrée et saturée par 2 centim. cubes de la solution titrée de potasse.

L’acide cinnamique précipité fut recueilli sur un filtre, redissous dans l’eau et saturé par la solution titrée de potasse; il en usa 1,28 cent. cub. Ainsi donc, par le procédé du Codex, 600 gr. de sirops préparés avec le plus grand soin, contiennent assez d’huile essentielle et d’acide cinnamique pour saturer 2 centim. cubes d’une solution titrée de potas.se, tandis qu’une partie des substances actives reste sur le filtre; le baume de Tolu n’est pas

encore épuisé, car traité par trois autres digestions suc-* cessives, il abandetthe de l’huile essentielle et de racide en quantité telle qu’il faut eiwployer 6 cent. éub. de la solution de potasse pour les saturer. L’acide cînnatnique et l’buile essentielle de 25 gr. deTolu^ solubles fair digestion sont donc saturés par 9® ® ,26 de solution de potasse, le sirop n’en usant que 2 c. c., le baume de Tolü est employé en ejicés.

Le même poids de baume de ’l^olu dissous dans l’alcool et saturé par la solution titrée de potasse en nécessite H C. c. pour être neutralisé, cet eséès d’acidité peut être attribué en partie à l’action des alcalis sur la cinna* méine qui se transformerait en acide oinnamique.

Je cherchai alors si le sucre n’avait aucune action sur les principes solubles du ïolu. Dans ce but, je mis 400 gr. de sucre dans 2B0 gr. d’eau distillée et j’y ajoutai 2S gr. de Tolu couvrant la capsule comme dans l’expérience précédente afin de condenser la plus grande partie des vapeurs, je fis digérer le tout pendant trois heures à une température de 100", je laissai refroidir la liqueur et la filtrai : 600 gr, de ce sirop nécessitaient 3®‘®-,25 de la solution tilréo de potasse; le sirop était plus aromatique, d’une acidité plus prononcée au palais^' mais moins sucré, il contient plus de principes actifs que le précédent, puisqu'à quantité égale, il nécessite 1°°,25 en plus de la dissolution titrée de potasse.

Le sucre sert donc là à mainleoir dissous ce qui se précipite par refroidissement dans le premier cas; en etfet.

1'=°,28 de la solution titrée de potasse nécessaire k saturer l’acide précipité, ajoutés k 2'='= nécessaires k saturer la partie restée soluble éfçalent les 3®“,25 employés pour neutraliser le sirop fait par digestion.

M. Soubeiranet plusieurs autres pharmacologistes préfèrent le sirop du Codex à celui préparé ainsi, or celte préférence est motivée par deux causes : la première est que ce sirop jouit d’une saveur plus irritante due à l’excès d’acide cinnamique et d’huile essentielle qui se trouvent dissous, ce reproche peut facilement être atténué; le deuxième grief est que le sirop préparé ainsi est moins sucré que celui du Codex. Eu effet, après trois heures de digestion à 100" avec le baume de Tolu, le sucre est complètement interverti par l’acide cinnamique ; l’expérience suivante me fait croire que ces deux objections peuvent être annihilées. Je fis un nouveau sirop avec :

Baume de Tolu.... 10 au lieu de 25;

Eau distillée.250

Sucre cristallisé. . . 400

et pour éviter la transformation du sucre tout en conservant son action, j’opérai comme il suit :

Le baume de Tolu et l’eau furent maintenus trois heures k une température voisine de 100°, c’est alors que j’ajoutai mon sucre et laissai digérer le tout k 93° pendant un quart d’heure, le sucre fondit, je pris la moitié de ce sirop chaud et le laissai refroidir, il ue contenait que 0,80 de sucre interverti pour 100 gr. sirop. Deux mois

après, sucre interverti pour 100 gr. sirop, et il requérait 2^‘^20 de liqueur titrée de potasse pour être neutralisé, son goût était très-ragréable et je ne distinguai ce sirop de celui du Codex qu’à cause de son acidité un peu plus grande. L’autre moitié fut laissée une heure en plus à digérer sur le Tolu à la température de 100°, les vapeurs étant condensées avec soin, voici ce que je constatai : ce second sirop essayé par la liqueur de Fehling, contenait 36 gr. de sucre interverti pour 100 gr. de sirop, et il requérait 2“()0 solution titrée de potasse pour être neutralisé.

D’après ces expériences je donne la préférence au sirop fait par digestion de l’eau sur le Tolu, dont je diminue la quantité de 60 Y»; après une digestion de 3 h., j’ajoute le sucre et le laisse ainsi un quart d’heure digérer avec l’eau aromatique et le baume de Tolu, à la température de 100°. Le sucre fondu, je laisse refroidir et je filtre.

Les sirops de Benjoin, de styrax, le baume du Pérou donnent lieu aux mômes observations.

Résumé. — 25 gr. de baume de Tolu, traités par les véhicules suivants, et dans les conditions notées en marge, ont cédé de leurs principes actifs dans un rapport qui est établi à l’aide d’une môme solution de potasse.

( Voir le lablem d’autre part. )

Page 1