SUR LA NATURE ET LES AGENTS DU TRAVAIL DIGESTIF
de longues années; ainsi que je l’ai fait voir, notamment pour la bile, c’est-à-dire pour celui de ces fluides auquel les physiologistes avaient jusqu’ici attribué le plus d’importance.
Le tube gastro-intestinal n’estdoncpas seulement destiné à l’élaboration et à l’absorption des matériaux propres à réparer les perles que l’économie a subies ; c’est aussi le réceptacle d’un grand nombre de produits excrémentiliels, véritable égout qui reçoit, de distance en distance, les immondices de l’économie, pour les transmettre au dehors ; en un mot, c’est le rendez-vous commun des matières, en quelque sorte usées que l’organisme rejette , et des matières non velles qui viennent prendre leur place; ce qui explique ces mots de l’oracle de Gos : Venter omnibus dat et ab omnibus accipit.
Le suc gastrique étant 1e seul et unique agent chimique de la digestion, comment opère-t-il, et comment se fait-il (pi’étant toujours identique, il puisse étendre son action aux substances à la fois si nombreuses et si variées qui constituent l’alimentation des différentes espèces zoologiques ? Telle est la double question qu’il s’agit de résoudre.
Il n’est pas encore bien éloigné de nous le temps où la plupart des physiologistes attribuaient à l’intervention du fluide gastrique une prétendue transsubstantiation des principes les plus hétérogènes les uns dans les autres ; il est même à remarquer que les idées émises récemment sur la décomposition des graisses et des fécules dans le travail digestif peuvent être considérées comme le dernier vestige de cette ancienne doctrine ; circonstance qui, yieutétre, n’a pas été étrangère an succès qu’elles ont obtenu ; tant nous avons d’attrait pour les légendes qui ont bercé notre enfance !
Or, j’ai fait voir que ces décompositions chimiques n’ont jamais lieu ; de sorte que, selon moi, la transmutation des aliments dans le tube digestif ne doit plus figurer désormais que dans les archives de la science, à côté de la transmutation des métaux dans le laboratoire des alchimistes (1).
(1) Sans doute, par cela même que le suc gastrique produit le ramollissement des substances albuminoïdes , il exerce sur elles une action chimique ; mais cette action se borne à une simple modification, qui ne va pas jusqu’à un changement de nature. On dirait qu’alors l’affinité de cohésion est diminuée, tandis que
BI.OINDLOT.
D’autre part, j’ai démontré aussi, contrairement à l’opinion émise par quelques auteurs modernes , que l’action spécifique exercée par le suc gastrif|ue sur les aliments ne consiste pas davantage dans une dissolution , en prenant ce mot dans son acception technologique. La vérité est, à mon avis, entre ces deux opinions extrêmes ; car l’action déployée par le fluide chymificateur n’est pas, à beaucoup près, aussi complitpiée que l’avaient imaginé les premiers, ni pourtant aussi simple que se l’étaient figuré les seconds. C’est une action sut generis^ en vertu de lacpiellc certaines substances , tout en conservant intégralement leur composition chimique, perdent une partie de leur cohésion, ou, autrement dit, se ramollissent iLiquor diluens)^ de manière à pouvoir se réduire en molécules plus ou moins ténues, sous rinfluence des agents mécaniques les moins énergiques. Du reste, l’intervention du suc gastrique, qui doit être rapportée à la catégorie des catalyses, tient, comme je l’ai fait voir, à une sorte de ferment éminemment altérable , qui ne déploie sa vertu qu’en ])résence d’un acide (1).
Le suc gastrique n’agit directement que sur certaines substances azotées d’origine organique, qui, tant par leurs propriétés générales que par leur composition élémentaire, semblent appartenir à une même famille chimique, ayant la protéine pour radical. Toutefois, le même agent étend aussi son action, mais indirectement, sur les deux autres classes de matières alimentaires, c’est-à-dire sur les matières amylacées et sur les matières grasses.
Les premières, en effet, se présentent, comme on sait, à l’état de grains plus ou moins volumineux, formés de membranes concentriques, qui elles-mêmes sont constituées par des granules élémentaires d’une extrême ténuité. Or, comme ces granules adhèrent les uns aux autres par l’interposition d’un enduit azoté
l'affinité de composition semble, au contraire, être devenue plus énergique : aussi, les matières chymifiées résistent-elles à la putréfaction beaucoup plus longtemps qu’auparavant.
(1 ) J’ai démontré que le principe acide qui domine dans le suc gastrique n’est point un acide absolument libre, mais bien du biphosphale calcaire. — Voir mon Mémoire sur la nature et l’origine de ce principe.