‹ ThèseChapitre 3 sur 9 · ORGANES · texte numérisé non relu

ORGANES

On a vu que les services rendus par l’anatomie dans l’étude du mécanisme inflammatoire sont la conséquence de l’emploi des moyens d’observation ou de dissection microscopiques et du secours des vivisections ; on reconnaîtra , dans les chapitres qui vont suivre , que c’est surtout à l’étude des dégradations organiques que l’on doit rapporter les résultats qui s’y trouveront indiqués : c’est à la fois à l’anatomie normale et à l’anatomie pathologique que nous devons la connaissance des faits qui vont être énumérés.

J’ai cru maintenant inutile d’établir le développement général de mon sujet d’après les divisions fondées sur les différentes branches des sciences anatomiques , et d’étudier

à part l’influence de l’anatomie normale, pathologique, comparée, etc. Que l’on examine, en effet, les organes sains ou les organes altérés par la maladie, que l’on dissèque à l’œil nu ou bien avec le secours de la lentille microscopique , c’est toujours en définitive l’anatomie qui se trouve en jeu ; et ces distinctions auraient nui au libre développement des faits sans faciliter leur exposition.

Une dernière réflexion , avant d’entamer le sujet de ce chapitre , à l’égard de la marche adoptée dans la partie de mon travail qui se rapporte à l’appréciation des études anatomiques. Je me suis dispensé de faire voir, d’une manière générale, que la connaissance de l’anatomie de l’homme éclaire l’histoire des inflammations. Il existe , en effet, de ces idées évidentes à un tel point que l’on éprouve une espèce de scrupule à paraître vouloir quelque temps s’y arrêter : la précédente est de cet ordre. Les divers actes inflammatoires s’exécutent au milieu d’organes et de tissus matériels : d’après cela , il est de toute évidence que la connaissance exacte du théâtre physique de ces actions devient ici de la dernière utilité. L’anatomie pathologique n’est qu’une conséquence de l’anatomie normale , car elle suppose toujours une comparaison avec les dispositions organiques en l’état de santé. J’ai donc pu m’abstenir de développer ce point avec insistance : les services que les connaissances d’anatomie normale ont pu rendre dans ce cas

général , se rapportent aussi bien à la question actuelle qu’à vingt autres différentes.

Mais ce chapitre va nous fournir l’occasion de reconnaître des services bien réels , rendus dans quelques cas particuliers par l’anatomie normale à l’étude des inflammations.

C’est l’anatomie des organes en l’état de santé qui a permis de prévoir que la structure des appareils pouvait fournir des données exactes sur la susceptibilité phlegmasique des différentes parties de l’économie. On devait supposer que les organes les plus vasculaires devaient aussi être les plus exposés à l’hypérémie inflammatoire : ce point de vue a été vérifié. Ainsi , la peau doit à sa vascularité développée les fréquentes phlegmasies qui s’en emparent. Parmi les organes parenchymateux , le poumon est plus sujet à l’inflammation que le foie ou la rate ; il est vrai toutefois qu’ici , en dehors de la structure anatomique, les fonctions de l’appareil entrent comme élément de causalité. N’est- il pas, en effet, constamment en rapport avec l’air extérieur, dont les changements brusques de température lui deviennent d’autant plus funestes que la continuité de sa fonction l’oblige à les supporter sans cesse?

Cependant l’anatomie ne pouvait aucunement prévoir la disposition si marquée aux phlegmasies des membranes séreuses , dont la vitalité est assez obtuse durant la vie.

L’anatomie pathologique a démontré ce fait important, qu’il n’est aucun organe de l’économie, sauf peutêtre les poils et les ongles , qui ne soit susceptible de s’enflammer.

Elle a mis hors de doute les phlogoses qui atteignent les tissus osseux, cartilagineux, ligamenteux. Ces organes , quoique insensibles dans l’état normal , acquièrent , comme on le sait, par le fait de la maladie, une sensibilité très-exaltée ; l’anatomie n’a pu cependant constater, dans cette circonstance , la présence de nerfs dans la partie ainsi pathologiquement modifiée. Si cette absence de nerfs dans ces organes était le dernier mot de l’anatomie , si des recherches plus adroites ou plus heureuses ne parvenaient pas à en manifester la présence, il faudrait admettre que la maladie développe en eux une attribution nouvelle. Dugès expliquait cette curieuse circonstance morbide par la distribution des névrartères dans tous les tissus. Il ne m’appartient pas de lever des difficultés aussi graves ; je me borne à indiquer les lumières que l’anatomie peut apporter dans la solution de ce problème.

En démontrant la possibilité de l’inflammation des veines , que Hunter fit connaître le premier, l’anatomie a expliqué le danger de la saignée dans certains cas ; l’anatomie a fait voir aussi que cette maladie pouvait être le résultat de l’infection purulente.

L’examen des altérations cadavériques a montré aussi

qu’il peut exister des phlegmasies latentes qu’aucun symptôme extérieur ne vient trahir durant la vie.

La pneumonie , la néphrite, l’entérite peuvent se développer d’une manière cachée et tromper le diagnostic du médecin. L’ouverture du cadavre vient révéler le mystère : on cite des perforations très-étendues de l’estomac que l’autopsie a permis seule de constater. Comme on le voit , l’anatomie pathologique rend ici un service important dans l’étude des phlegmasies , en inspirant au praticien , dans les cas douteux , une salutaire méfiance.

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