‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DES DIVERSES PROPORTIONS DES ÉLÉMENTS DU SANG DANS L'ÉTAT DE SANTÉ ET DANS LES MALADIES.

Nous avons établi, au commencement du chapitre précédent, que le sang devait être regardé comme composé d'eau, de fibrine, de globules, d'albumine, de matières grasses et de matières salines. Or, comme il est facile de le prévoir, et comme l'analyse le démontre du reste , il est pour les proportions de ces divers éléments des limites inférieures et supérieures qu'ils ne peuvent dépasser sans coincider avec l'existence d’un véritable état pathologique ; et même, dans l’intervalle de ces limites compatibles avec l’état de santé, on voit les chiffres varier d’une manière assez constante avec les diverses conditions d'âge , de sexe et de tempérament.

Fixons d’abord les moyennes, et voyons les modifications qu’elles peuvent subir, suivant les diverses circonstances de l’état de santé, pour suivre ensuite leurs variations dans les divers états morbides.

M. Le Canu, dans son travail si remarquable sur le sang, a donné pour ce liquide une composition moyenne que sont venues admirablement confirmer les nombreuses analyses faites: par MM. Andral et Gavarret.ll résulte de tous ces travaux qu’on doit adopter comme moyennes générales de la composition du sang veineux, dans l’état de santé, les chiffres suivants :

FIDPING 11240 ue ae D dde à Maps LE Gin 3 Globules.................... ET Te en 127 | Matériaux solides du sérum.............,. . 80 parties. au st in HALL SNA, ON: OI D D à, 790 | SADD ES ee Feole cel MAO sole: TIRER 1,000

Ce n’est pas à dire que ces chiffres soient tellement invariables

Lit qu'en dehors d’eux il y ait nécessairement atteinte portée à l’état de santé. Comme nous l'avons déjà fait pressentir, on peut observer autour d'eux des oscillations d'autant plus étendues que le chiffre qui représente la moyenne normale sera plus élevé. Ainsi, tandis qu’une augmentation où une diminution qui dépassera quelques dixièmes dans le chiffre de la fibrine sera déjà incompatible avee l’état physiologique , on peut voir les globules monter à 130, 135, 140, ou descendre à 120, 115, et même 100, sans amener pour cela un véritable état pathologique. Les limites entre les deux états ne peuvent pas être posées d’une manière rigoureuse, et peut-être varient-elles pour chaque individu. Ainsi, par exemple, une proportion de globules suffisante à la manifestation régulière des actes vitaux chez une femme d’une constitution délicate, amènerait certainement une perturbation marquée dans l'exercice de ces mêmes actes chez l’athlète dont les organes sont habitués à la présence d'une plus forte proportion de cet élément du sang. Toutefois, il ne faut pas s'exagérer l'étendue de ces écarts, et il paraît bien démontré que si des variations assez grandes entre les proportions des divers éléments du sang sont compatibles avec l'état de santé, on les trouve du moins en rapport constant avec les diverses manières d’être de cet état. Avant d'arriver à produire une modification pathologique, l’altération de proportion des éléments du sang suffit à imprimer une modification physiologique manifeste. Voyons ces modifications suivant les diverses circonstances propres à.

l'individu.

Age. — V'âge adulte est remarquable par la prédominance de l'élément globulaire : c’est alors qu'on en remarque la plus forte proportion, tandis qu’elle est plus faible chez l'enfant et le vieillard.

Sexe. — La femme:tdont l'organisation se rapproche davantage de celle du jeune âge, présente aussi, en général, une proportion de globules inférieure à celle qu'on observe dans le sexe masculin.

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Tempérament.— Le tempérament sanguin existe avecune proportion de globules élevée au-dessus de la moyenne 127 ; et si l'élévation devenait un peu plus considérable , nous arriverions à un état pathologique, la pléthore, qui n’est en réalité que l’exagération du tempérament sanguin. Dans le tempérament lymphatique, nous trouvons, au contraire, que le chiffre des globules s’abaisse au-dessous du, chiffre de cette moyenne. Si nous fixons enfin notre attention sur le tempérament nerveux, nous voyons encore le chiffre des globules descendre, et cette circonstance est parfaitement en harmonie avec le fait proclamé par la clinique, savoir, que /es individus nerveux supportent mal la saïgnée.

Ceperdant on a signalé des exceptions à cette règle générale , et il est bien démontré aujourd’hui qu’on peut trouver réunischez le même individu les caractères du tempérament nerveux et les attributs de la constitution pléthorique. Dans. ce cas même, nous avons à signaler une admirable concordance entre l'observation clinique et l’analyse du sang; car alors, en effet, on voit les globules s'élever notablemetit audessus de la moyenne.

Que devient la fibrine dans ces diverses circonstances ? Elle n'offre pas de variation appréciable.

De là il semble qu'on puisse déduire que la proportion de À Les est en vapportsavec la manifestation plus ou moins énergique des actes vitaux, et qu'elle mesure pour ainsi dire l’énergie vitale.

Entre les circonstances physiologiques et pathologiques, se trouvent placées comme intermédiaires deux influences dont l’action est bien marquée sur les proportions des éléments du sang : nous voulons parler de la diète et des pertes sanguines. Or, la connaissance de cette action est bien importante, et elle devient indispensable, si nous voulons la dégager de celle des conditions pathologiques auxquelles sont si souvent mêlées ces deux influences.

Les pertes sanguines ;en entrainant au dehors un: did identique à celui qui coule dans les vaisseaux, sembleraient devoir agir également surchacur des élémerts du sang et:n’altérer en rien leurs proportions

respectives. Mais il est loin d’en être ainsi, et ces éléments sont loin de présenter la même facilité de reproduction. Les globules paraissent seuls atteints par la cause spoliatrice en question , et leur diminution très-sensible est compensée par l'augmentation d’eau. Le chiffre de la fibrine reste intact, et ce n’est qu’au moment où les pertes sanguines sont assez considérables pour amener bientôt un terme fatal qu'on le voit baisser. |

L’abstinence des aliments agit dans le même sens : elle amène une diminution sensible et prompte de lélément globulaire; et ce n’est que lorsqu'elle est poussée jusqu'à l’inanition, que le chiffre de la fibrine se trouve atteint.

Une nourriture abondante aurait l'effet contraire et élèverait le chiffre des globules sans influer sur celui de la fibrine. Nous devons sigualer iei une substance qui, sans entrer dans le nombre de celles qui servent d'ordinaire à la nutrition, jouit au plus haut degré de la propriété que nous assignons à une nourriture abondante : c’est le fer, dont l'emploi thérapeutique, dans les diverses espèces d’anémie, a trouvé une si belle justification dans les analyses directes du sang.

Qu'il nous soit permis d'insister sur les résultats que nous venons d'exposer , parce qu’ils se trouvent en opposition directe avec des idées accréditées. La prétendue analogie qu’on a voulu trouver entre la fibrine du sang et le tissu musculaire , a fait voir dans la première l'élément réparateur par excellence, et a fait décider que sa diminution devait résulter des lésions de la nutrition, comme sa forte proportion devait coincider avec l'exercice énergique de cette fonction. De là, on devait nécessairement conclure à une grande quantité de fibrine comme attribut de l'âge adulte, du sexe masculin, de la constitution sanguine, et à une faible proportion de cet élément dans l'enfance et la vieillesse, chez la femme, dans les constitutions délicates. À plus forte raison l’erreur a-t-elle été commise pour les états pathologiques qui présentent l’exagération des caractères propres aux états physiologiques que nous venons de désigner. Or, sur quelle base a été fondée une pareille théorie ? sur quel fait-avéré? sur quelle loi recon-

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nue ? d'après quelles recherches ? Une hypothèse que rien ne justifie, voilà le point de départ. Et cependant, tel est l'empire des idées préconçues, tellé est la ténacité des esprits pour des préjugés invétérés, qu'on éprouve une peine indicible à édifier contre, des théories nouvelles, bien qu'appuyées des faits les plus positifs et les plus aisés à vérifier. Ainsi, dans un ouvrage tout récent , destiné à être classique. nous voyons dire au sujet de la non-diminution de la fibrine dans la chlorose, si bien démontrée par MM. Andral et Gavarret, et si bien en harmonie avec la manifestation extérieure et avec les complications pathologiques qu’on y observe; nous voyons dire que la chose n'est pas vraisemblable 1! C'est plus encore que dire qu’elle n’est pas vraie. Et cela pourquoi ? Parce que l'esprit est accoutumé à se dire: La fibrine est l'élément réparateur par excellence; dans la chlorose, le travail de réparation est en souffrance ; donc la fibrine doit étre diminuée. Et voilà le syllogisme qu'on institue contre des faits matériels, sans remarquer que Ja majeure en est fausse, et que, füt-elle démontrée, la conclusion ne serait pas nécessaire. Car, dans l'hypothèse méme où la fibrine constituerait le véritable élémeit réparateur, la nutrition pourrait languir par deux raisons : ou bien, parce que le sang, ne contenant pas assez de fibrine , les organes n'y trouveraient que des matériaux insuffisants de réparation; ou bien, parce que le sang contenant une quantité normale de fibrine, les organes n'auraient plus la force de se l’assimiler. On peut mourir-de faim, non-seulement parce qu'on ne mange pas, mais encore parce qu’on ne digère plus.

Nous croyons donc avoir nettement posé quelles sont les proportions d'éléments du sang à l’état normal et comment leurs variations suivent les diverses manières d’être de l’état de santé. Voyons maintepant les modifications qui leur sont imprimées dans les divers états morbides. | R

Examinons d’abord ce que devient la composition du sang dans deux états morbides , la pléthore et l'anémie, qui mènent, par des passages insensibles à l’état physiologique, puisqu'ils ne sont que l'exagération de deux manières d'être de cet état, de deux constitutions particu-

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