‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 10 sur 12 · A DIFFÉRENTS ANIMAUX · texte numérisé non relu

A DIFFÉRENTS ANIMAUX

La nature contagieuse et virulente de la morve aiguë dans l’espèce chevaline est prouvée par des faits et des expériences nombreuses et universellement admises. Les premiers médecins qui reconnurent l’existence de cette maladie chez l’homme trouvèrent dans l’inoculation un moyen sûr pour contrôler l’identité de cette affection. En effet , dès les premiers cas observés , on inocula aux solipèdes la matière des diverses humeurs sécrétées par l’homme malade, et le développement chez ces animaux , des symptômes de la morve aiguë, prouva sans réplique la transmission possible de ta morve du cheval à l’homme, et la propriété que conservait ce virus, quand il avait germé chez l’homme , de reproduire la maladie. — Les expériences ont été faites sur le cheval et l’âne avec la matière de l’écoulement nasal , le pus des abcès, et meme le sang des malades atteints de morve aiguë : le pus des ulcères farcineux, dans les cas où la morve proprement dite n’existait pas , a plusieurs fois aussi produit le même résultat, et établit l’identité de nature de ces deux affections chez l’homme, comme ,

elle l’est depuis longtemps chez le cheval par des expériences du même genre.

On lit, dans le Journal d'Edimbourg, tome XIX, année 1823, qu'un malade s’étant présenté dans l’un des hôpitaux de Londres avec un ulcère au bras provenant d’une blessure envenimée par le contact de la jambe d’une hevai farcineux , on inocula à la jambe d’un âne de la matière provenant de l’ulcère: la jambe devint malade, et quelques jours plus tard les symptômes du glanders apparurent.

Travers, dans ses Recherches sur F irritation constitutionnelle, publiées en 1826, rapporte deux cas dans lesquels l’inoculation a réussi complètement. Dans le premier, un étudiant vétérinaire succomba avec les symptômes de la morve aiguë farci neuse; M. Coleman inocula la matière prise sur un ulcère à un âne, et celui-ci mourut avec un glan-

ders confirmé. — Une inoculation dans les mêmes conditions , faite à un autre âne , par le frère du malade , fut suivie du même résultat. — La seconde observation a été faite sur un cocher qui, après avoir offert les symptômes d’une morve farcineuse avec écoulement purulent par les narines, finit cependant par se rétablir. Le pus pris sur les ulcères fut inoculé à un âne, qui mourut du glanders. Le nom du vétérinaire Coleman, qui est l’auteur de ces expériences, garantit l’exactitude du diagnostic de la maladie à laquelle ont succombé les solipèdes inoculés.

En 1833, M. Youate inocula aux narines d’un âne le pus pris sur les ulcères farcineux d’un valet d’écurie, et une petite quantité de cette matière fut aussi insérée entre les lèvres de la plaie d’une saignée récemment faite; une phlébite enleva prématurément l’animal, dans les narines duquel on trouva cependant déjà quelques pustules et quelques ulcérations. ( Obs. XII du Mémoire de M. Rayer. )

En 1837, M. Rayer prit sur le malade qu’il avait sous les yeux le pus d’un abcès, et l’humeur de pustules et de bulles gangréneuses: un cheval fut inoculé sur plusieurs régions cutanées ou muqueuses ; les symptômes de la morve farcineuse se déclarèrent; l’animal fut sacrifié le vingt et unième jour, et, àl’autopsie, M. Leblanc, qui avaitassisté M. Rayer dans cette opération, MM. Dupuy et Bouley fils, reconnurent les lésions qui caractérisent la forme sub-aiguë de cette affection , une éruption pustuleuse dans les fosses nasales, de larges ulcérations à l’entrée des narines, et d’autres plus petites sur la cloison, des pneumonies lobulaires , des cordes et des tumeurs farcineuses , l’engorgement des ganglions sous-maxillaires , etc.

Récemment, la matière de l’écoulement nasal du malade observé chez M. Husson a été inoculée à Alfort sur deux chevaux: l’un d’eux, enlevé le huitième jour de la maladie par une pneumonie intercurrente, n’offrit que des symptômes douteux de morve pendant la vie ; mais , à l’autopsie, on put reconnaître des lésions qui annonçaient le début de cette affection: une pustule à la base de l’épiglotte, et deux pustules sur la cloison: nul doute, suivant M. Leblanc, que la maladie n’eût atteint un développement complet si l’animal avait vécu plus long-

temps. L’autre mourut fies suites de l’inoculation, le vingtième jour, avec des symptômes évidents de farcin, mais non avec ceux de la morve confirmée, quoiqu’on pût aussi bien rapportera celte dernière qu’à la première un engorgement des ganglions intermaxillaires : à l’autopsie, on trouva les lésions caractéristiques de la morve aiguë, et notamment l’éruption pustuleuse et les ulcérations des narines, une sécrétion muqueuse abondante dans les sinus, etc. Ces derniers faits ont eu pour témoins MM. Barthélemy, Bouiey, et plusieurs professeurs de l’Ecole d’Alfort.

Enfin, dans le cours du mois de novembre de cette année, M. Rayer a inoculé à un âne le pus pris sur l’un des ulcères d’un malade encore en traitement dans les salles de M. Roux , pour un farcin chronique , et l’animal a succombé le dixième jour avec les lésions propres à la morve.

On a fait aussi des tentatives d’inoculation sur des espèces autres que les solipèdes , des chiens , des lapins, etc. ; mais jusqu’ici on n’a pas réussi à produire la morve. Les animaux ont succombé la plupart avec des symptômes généraux d’empoisonnement par une matière septique, mais non avec ceux de la morve.

Ainsi donc voilà des expériences faites dans différents pays , à diverses époques , par des hommes également recommandables, qui ont le même résultat, et établissent d’une manière rigoureuse que la morve et le farcin, transmis du cheval ou de l’âne à l’homme, peuvent reproduire la maladie chez ces animaux , faits de la plus haute importance pour justifier l’étiologie de cette affection chez l’homme, et en éclairer la nature.

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