PARALLÈLE DE LA MORVE AIGUE CHEZ L’HOMME ET LE CHEVAL
La morve aiguë de l’homme est, à n’en pas douter , la même que celle du cheval. La ressemblance se trouve partout; elle est frappante. Les dissemblances sont légères, et beaucoup moindres que n’aurait pu le faire prévoir, à priori , la différence d’organisation. 11 n’est guère de
phénomène important qui, ayant été observé chez l’un , ne se rencontre chez Fautre. Les symptômes peuvent différer d’intensité, de durée, mais non de nature.
Les lésions des fosses nasales, à cause de leur importance, doivent être examinées en premier lieu. Le flux nasal observé pendant la vie, l’éruption et les ulcérations trouvées après la mort sur la membrane pituitaire, sont aujourd’hui reconnues identiques parles médecins et les vétérinaires. Ces altérations offrent, en général, chez le cheval une intensité plus grande, une marche plus rapide, et apparaissent dès le début de la maladie. Le réseau lymphatique, plus apparent que chez l’homme, semble être le siège des lésions principales, tandis que chez le dernier je serais plus disposé à les placer dans les follicules que Bichat admet , .sans les avoir vus, dans la membrane pituitaire, fondé sur l’analogie du fluide qu’elle sécrète, avec celui des membranes où ces glandes peuvent être aperçues. Ces organes, s’ils existent dans les fosses nasales, si petits dans l’état naturel, qu’on ne peut les découvrir , deviendraient apparents dans cette circonstance pathologique. Ce qui me fait croire qu’il peut en être ainsi, c’est que nous trouvons un peu plus bas dans le pharynx , sur le voile du palais , sur l’épiglotte, des lésions tout à fait semblables à celles des narines, et dont le siège dans les follicules ne peut faire l’objet d’aucun doute , leur volume permettant déjà de les reconnaître aisément dans l’état normal.
Les sinus frontaux et les sinus maxillaires de l’homme paraissent être plus fréquemment malades que ceux du cheval. Il paraît aussi que, chez le dernier, il doit être plus rare de trouver dans le pharynx et le larynx des altérations semblables à celles des fosses nasales, puisque M. Delafond les a niées; mais M. Rayer les a rencontrées, bien qu’il n’ait fait l’autopsie que de dix chevaux morts de morve aiguë. M. Leblanc les a également observées , et je lis que chez le cheval qui transmit la morve au malade de M. Brunzlow, cette affection était si forte qu’elle occupait non-seulement les narines , mais encore la gorge.
L’état des ganglions sous-maxillaires a été présenté comme un argu-
ment d’une grande vaîeur contre l’identité de la maladie du cheval et de l’homme, le premier les offrant toujours malades, et le dernier jamais, ou du moins rarement et à un degré léger. M. Rayer a fait remarquer avec raison que l’engorgement de ces ganglions, si considérable dans la morve chronique du cheval, l’est beaucoup moins dans la morve aiguë ; que s’ils ne sont pas aussi malades chez l’homme , au moins ne sont-ils pas toujours entièrement sains; que, d’ailleurs, les rapports plus éloignés chez l’homme de ces organes avec les fosses nasales peuvent expliquer cette différence; que des maladies autres que la morve (gourme, présence d’un corps étranger, etc. ) déterminent le glandage chez le cheval, tandis que chez l’homme, l’ozène syphilitique et scrofuleux ne détermine pas cet engorgement, qui paraît au contraire se produire plus facilement dans les affections de la gorge.
Nous pouvons aussi expliquer chez l’homme l’engorgement plus fréquent des glandes salivaires, leur inflammation et leur suppuration, par la fréquence plus grande des symptômes morveux dans le pharynx.
Les pneumonies lobulaires existent chez le cheval comme chez l’homme ; c’est à tort qu’elles ont été niées par M. Barthélemy , et semblent l’avoir été par M. Delafond lui-même , qui en a donné une description anatomo-pathologique très-détaillée, et qui en a signalé pendant la vie les symptômes caractéristiques. Mais ce que l’on ne trouve pas chez l’homme, ce sont ces dépôts de lymphe plastique de la grosseur d’un pois ou d’une lentille, faciles à écraser, d’un blanc sale au centre, formés d’une matière albummo-fibreuse , et qui, placés au centre de la pneumonie lobulaire, paraissent en former le noyau, à peu près comme on voit chez l’homme un tubercule isolé former quelquefois le noyau d’une pneumonie.
Les douleurs musculaires et articulaires de forme rhumatismale se sont montrées trop constamment et avec une intensité trop remarquable chez l’homme, pour que l’on ne recherchât pas si elles existent chez le cheval. Elles ont été niées par MM. Barthélemy et Delafond ; ces dou- 1839. — Vigla. 9
leurs , si elles existaient, disaient-ils, seraient révélées par la claudication. A l’opinion de ces savants vétérinaires nous pouvons opposer celle de l’un d’eux, M. Delafond ; il s’exprime ainsi dans sa description de la morve aiguë du cheval : « Au début de la maladie , engorgement des membres; dans l’augment, engorgement des membres plus considérable; dans l’état, augmentation de l’œdème des membres; et après la mort, dépôt d’un fluide séreux ou séro-sanguinolent dans les mêmes parties.» Ainsi, l’engorgement des membres existerait à toutes les périodes de la maladie, et l’animal ne boiterait pas! Nous aimons mieux croire M. Leblanc disant à l’Académie, par l’organe de M. Rayer, qu’il a été plusieurs fois indécis de savoir, au début de la maladie, si l’animal n’avait qu'une douleur de rhumatisme, ou si la morve aiguë farcineuse allait se déclarer. 11 faut que cette claudication avec engorgement des membres soit un phénomène bien fréquent au début de la morve aiguë des chevaux, puisqu’il a été remarqué par une personne qui, étrangère à Fart vétérinaire par sa profession , a eu occasion de diriger, comme administrateur, plusieurs grands établissements de chevaux, et se trouve placé maintenant à la tête de celui des Favorites, M. le commandant Renaud. Je lui ai entendu dire que ce symptôme était souvent le premier auquel il soupçonnait que la morve aiguë allait se déclarer chez un cheval jusque-là bien portant.
Si les engorgements musculaires sont assez communs chez le cheval, il est plus rare de les voir se terminer par suppuration que chez l’homme , où nous avons presque constamment trouvé ces abcès musculaires.
L’éruption pustuleuse a été très-bien décrite chez le cheval par M. Delafond. Elle suit dans son développement les mêmes phases que celle de l’homme, et est souvent remplacée par des ulcérations cutanées peu étendues lorsque la maladie passe à l’état chronique.
Quant aux gangrènes, on les observe aussi chez le cheval, aux naseaux, au fourreau, etc., et si elles sont moins fréquentes que chez l’homme, il faut attribuer cette circonstance à la mort rapide des chevaux qui, dans cette affection, sont souvent sacrifiés de bonne heure.
C’est peut-être aussi à la même cause qu’il faut attribuer la terminaison moins fréquente des engorgements sous-cutanés et musculaires par suppuration chez le cheval, tandis que chez l’homme, l’inflammation pyogénique gagne quelquefois de proche en proche le périoste, le détruit et dénude les os, phénomène évidemment secondaire et consécutif.
Tandis que chez l’homme on trouve des phlébites superficielles et capillaires assez nombreuses, il est beaucoup plus commun de trouver chez le cheval l’inflammation des vaisseaux lymphatiques et des ganglions. M. Delafond a remarqué, avec raison, que les altérations du système lymphatique (vaisseaux et ganglions) sont plus nombreuses chez le cheval que chez l’homme.
L’absence de la diarrhée a été signalée dans la morve du cheval. Ce symptôme ne paraît guère avoir manqué chez l’homme; j’ignore la cause de cette différence.
Enfin , une dernière différence consiste dans la terminaison constamment funeste (hors un cas peut-être) jusqu’ici de la morve aiguë de l’homme, tandis que chez le cheval, elle est susceptible de guérison, ou peut passer à l’état chronique. Mais il est bon d’observer que la mort est de beaucoup la terminaison lapins fréquente de la morve aiguë chez le cheval, la guérison l’exception, et qu’il peut ne pas paraître étonnant que, sur un nombre de faits assez restreint de morve chez l’homme, nous n’ayons pas encore eu occasion de voir cet heureux résultat.
On peut voir maintenant à quoi se réduisent les différences. Elles ont pourtant fourni aux médecins vétérinaires le sujet de longues discussions pour combattre l’identité des deux maladies. A mesure que les observations chez l’homme se multiplient, le champ de la lutte se rétrécit, car chaque nouveau fait vient convertir quelques prétendues dissemblances en ressemblances, et il est peu de maladies de l’espèce humaine qui présentent entre elles une plus grande similitude que celle qui existe entre la morve aiguë du cheval et de l’homme.
Diagnostic.
La morve, étant le résultat d’un empoisonnement par une matière animale septique, doit offrir plusieurs points de ressemblance avec les maladies qui ont une origine analogue; mais elle a des symptômes qui lui sont propres et ne permettent de la confondre avec aucune autre. Seule, elle offre pendant la vie un écoulement nasal et une éruption cutanée pustuleuse; seule, elle présente après la mort une éruption d’apparence pustuleuse dans les narines et souvent dans le pharynx et le larynx ; quant aux symptômes qui, à peu près constants dans cette maladie, peuvent aussi exister dans d’autres, l’ordre dans lequel ils apparaissent et se succèdent suffirait encore pour la faire reconnaître : je veux parler des douleurs de forme rhumatismale, des tumeurs ecchymotiques ou gangréneuses et purulentes, de la diarr hée, du déii e, des pneumonies lobulaires et des abcès musculaires. Néanmoins, les symptômes que nous avons dits être caractéristiques ne survenant qu’à une époque plus ou moins avancée de la maladie, nous devrons parier d’abord de quelques affections avec lesquelles la morve aiguë pourrait être confondue dans la première période; puis, nous examinerons les maladies qui présentent quelques-uns des symptômes principaux, mais non caractéristiques delà morve, et leur étude nous conduira souvent à établir des rapports, plutôt qu’elle ne nous obligera à chercher des différences.
Établissons tout de suite que les symptômes que nous avons donnés comme caractéristiques et propres à la morve aiguë le sont bien réellement. De ceux-ci, les uns ont leur siège dans les fosses nasales, les autres se montrent à la peau.
Quelles sont les maladies dans lesquelles les cavités nasales, le pharynx et le larynx, sont plus fréquemment affectés? La syphilis et la maladie scrofuleuse. La première peut déterminer des ulcérations, des épaississements , des ramollissements inflammatoires, des végétations, des fistules, des cicatrices sur la membrane muqueuse qui tapisse la
surface de ces cavités; l’irritation qui accompagne ces désordres peut altérer la sécrétion naturelle, la remplacer par un véritable pus; la dénudation, la carie, la nécrose, la destruction des cartilages et des os , que forment les parois de ces conduits, sont souvent la conséquence des ravages de cette maladie. L’affection scrofuleuse produit des effets analogues; mais a-t-on jamais vu fluer par une narine ou les deux à la fois un mucus jaunâtre, sanguinolent , assez abondant pour former sillon sur la lèvre? non. Une sécrétion aussi abondante n’existe pas, et surtout ne s’établit jamais d’une manière aussi brusque, aussi rapide; jamais on n’a reconnu une éruption nasale, ou laryngée, semblable à celle de la morve. Rien, dans les cas de coryza aigu ou chronique, indépendants des causes que je viens de citer, dans les polypes muqueux, fibreux, ou cancéreux des fosses nasales, des sinus maxillaires, dans les laryngites des phthisiques, qui ressemble à l’une ou à l’autre de ces altérations !
Quant à l’éruption pustuleuse cutanée, analogue à celle de la variole, il ne faut pas citer sérieusement la maladie qui a servi de type pour la désigner comme une affection qui puisse la présenter; mais qu’on cherche, comme l’a fait M. Rayer, et comme je l’ai fait après lui, dans les recueils d’observations de piqûres à la suite de dissections, de phlébites, de résorptions purulentes, d’angéioleucites, d’abcès chez les femmes en couches, qu’on relise les observations de charbon , de pustule maligne, de piqûres de reptiles ou d’insectes vénéneux, celles de fièvres typhoïdes, *de typhus, de peste, de fièvre jaune, etc., on ne verra dans aucune de ces maladies une éruption pustuleuse indiquée même comme un symptôme rare.
M. Barthélemy, l’antagoniste le plus ardent de la morve, disait, l’année dernière, que si on ouvrait les fosses nasales plus fréquemment qu’on ne le fait dans nos amphithéâtres, on trouverait probablement des éruptions semblables à celles de Prost ( le malade de M. Rayer ). Depuis cette époque, j’ai ouvert avec M. Rayer un grand nombre de fosses nasales (trente-quatre) à la suite de morts très-différentes, et je n’ai jamais rencontré cette éruption. Depuis cette espèce de défi, les médecins
zélés ont dû se livrer aux mêmes recherches, et personne ne l’a non plus observé, si ce n’est dans ies cas de morve signalés récemment. 1! y a mieux : dans un cas de coryza des plus aigus que l’on puisse voir, et dont je donnerai plus tard l’observation , j’ai pu trouver du pus infiltré ou en collection entre les os et la pituitaire, l’injection et même l’excoriation de cette dernière, mais rien qui ressemblât à une éruption.
Or, ces symptômes et ces altérations que l’on trouve constamment dans la morve aiguë de l’homme et dans aucune autre maladie , que l’on trouve aussi dans la morve aiguë du cheval, méritent bien le nom de caractéristiques.
Nous avons déjà eu occasion de dire que la morve aiguë, au début, avait pu être méconnue sous l’apparence d’un rhumatisme articulaire, d’une angine gangréneuse, et même d’une fièvre typhoïde. Je ne parle pas de ces deux derniers cas qui doivent être assez rares; mais les douleurs rhumatismales sont si fréquentes, que je ne crains pas d’y revenir encore. Elles ne pourraient être distinguées de celles du rhumatisme simple que par la considération de la cause , et encore la dernière des deu> affections ne devant pas être plus rare chez les palefreniers que che; les individus d’une autre profession, l’existence de rapports avec des chevaux morveux ne permettrait pas de conclure, dans les cas où la maladie serait transmise par infection, qu’il y a plus qu’une simple coïncidence; le problème ne pourrait être résolu que par l’observation des phénomènes ultérieurs. La circonstance d’une piqûre récente et le développement de quelques symptômes locaux dans les ganglions ou les vaisseaux lymphatiques voisins de celle-ci, devrait donner des craintes plus fondées.
Parmi les médecins et les vétérinaires qui ont visité les deux derniers malades observés à l’Hôtel-Dieu, il en est qui, alors même que la maladie était à son état complet de développement, n’admirent pas dès l’abord l’existence de la morve. Quelques-uns n’étaient [tas convaincus que l’on ne pût observer cet ensemble de symptômes dans certaines fièvres typhoïdes ou dans le typhus, à la suite de quelques phlébites
spontanées ou traumatiques , de piqûres avec des instruments envenimés, de résorptions purulentes. Un des médecins de cet hôpital , aussi remarquable par l’étendue que par la variété de ses connaissances, trouvait quelque analogie avec la peste. Enfin, dans l’une des observations que nous avons citées, et qui a été recueillie avec beaucoup de soin, la maladie n’avait pas été reconnue; on l’avait rapportée au charbon ou à la pustule maligne. Nous allons voir que la morve aiguë a des points de contact nombreux avec ces différentes maladies, mais peut en être facilement distinguée, et doit l’être.
Je parlerai d’abord des piqûres avec absorption d’une matière animale délétère que l’on observe chez les chirurgiens à la suite d’opérations , les élèves en médecine après les dissections , les vétérinaires, les écarisseurs , les palefreniers, par inoculation provenant du cheval dans les mêmes circonstances. Certes, dans les premiers jours , les accidents locaux ne pourraient être distingués de ceux produits par le virus de la morve inoculée; mais, que dans l’un et l’autre cas il survienne des symptômes d’infection, on pourra observer de part et d’autre les accidents les plus graves du côté de l’intelligence , de la circulation, de la respiration; la mort pourra être la terminaison commune, mais à la morve aiguë seule appartient une éruption pustuleuse et gangréneuse, un écoulement mucoso-purulent par les narines, une éruption nasale et laryngée. Les abcès multiples que l’on a vus se former après certaines piqûres se rapprocheraient davantage de la maladie connue sous le nom de farcin: encore ceux-ci ne se montrentils guère que sur le même membre et dans les derniers temps de la maladie, dont ils paraissent être une sorte de crise, au lieu de se former comme dans le farcin, successivement et alternativement sur un membre et sur l’autre, à des époques quelquefois assez éloignées, sans que l’on puisse expliquer leur formation par l’irritation intermédiaire des vaisseaux lymphatiques. Ajoutons que le pus des abcès farcineux inoculéau cheval ou à l’âne jouit seul de la propriété d’engendrer la morve ou le farcin.
Les signes que nous venons d’indiquer sont encore ceux qui, indépendamment de la cause spéciale, serviront à séparer la morve de
l’homme des phlébites spontanées ou traumatiques , des résorptions purulentes, des diathèses purulentes, qui suivent les grandes opérations ou surviennent à l’occasion d’un foyer formé au sein d’un organe intérieur, et dont le résultat commun [est le contact et le méiange du pus avec le sang, des angéioleucites, etc. Tandis que ces dernières nous offrent une analogie si frappante dans les troubles cérébraux, dans l’état de îacirculalion , les dérangements de la digestion, etc., les fosses nasales restent intactes; la peau, au lieu de lésions si graves, ne nous offre guère qu’une légère teinte ictérique, et; encore celle-ci n’est-elle pas constante.
J’ai observé récemment à l’Hôtel-Dieu une phlébite de l’orbite et de la face, survenue la suite d’une carie dentaire avec fluxion, et coïncidant, si elle ne l’avait déterminé, avec un coryza des plus aigus (1). Le gonflement œdémateux de la face était assez intense
Dent cariée. — Fluxion à la joue droite, développement considérable des veines capillaires. — Imminence de gangrène. — Délire; mort. — Phlébite des veines de la face et de l’orbite, pneumonie et néphrite de résorption. — Suppuration de la membrane pituitaire.
Menault (Gabriel), tailleur d’habits, âgé de vingt ans, entra le 10 novembre 1838 à l’Hôtel-Dieu , salle Saint-Landry, n° 15, pour une fluxion à la joue droite.
Il était malade depuis peu de jours, et n’éprouvait pascette indisposition pour la première fois; il avait en effet de mauvaises dents, et les douleurs occasionnées par une carie de la première molaire de la mâchoire supérieure du côté droit avaient déterminé celte dernière fluxion.
Le soir même de son arrivée, le gonflement était assez considérable, la peau de la face luisante mais pâle, les ganglions sous-maxillaires légèrement tuméfiés, ia peau chaude, le pouls assez fréquent, mais aucune complication sérieuse ne paraissait exister ; on se contenta d’appliquer un cataplasme.
Le dimanche 11 , l’état du malade était à peu près le même; le cas ne parut pas grave; on prescrivit un gargarisme émollient, et on dériva sur le tube digestif au moyen d’une bouteille d’eau de Sedlitz qui procura plusieurs selles, mais n’amena pas de diminution dans le gonflement ni la douleur.
Le lundi 12, l’engorgement fluxionnaire s’étendait à la paupière supérieure du même côté , qui était légèrement œdémateuse; le menton, du côté correspondant, participait aussi à cet état; les gencives et la membrane muqueuse buccale
pour que l’on pût redouter la gangrène ; la paupière du côté malade était surtout dans un état voisin de cette terminaison; il y avait léger suintement par les narines; difficulté du passage de l’air à travers ces cavités, et le malade, par une forte expiration, rejetait par le nez une petite quantité de mucus ayant la couleur et la consistance d’une forte solution de gomme avec teinte rosée; cinq ou six pustules miliaires se voyaient sur la face ; il y avait du délire, de la fièvre , etc.: en un mot, le malade présentait un ensemble de symptômes qui offrait quelque analogie avec ceux de la morve. 11 mourut, et l’autopsie nous montra toutes les veines profondes et superficielles du côté droit de la face de l’orbite, et
étaient gorgées de sang et douloureuses. La lièvre était intense et le malaise assez grand, quoique aucun des organes importants de l’économie ne parût être affecté.
On fit une application de vingt sangsues qui ne procura qu’un écoulement de sang peu abondant ; dix autres furent appliquées le soir sans procurer beaucoup de soulagement; on continua d’ailleurs les moyens locaux émollients.
Le mardi 13, la paupière supérieure très-œdémateuse avait pris une teinte violacée qui n’existait pas sur la joue; le toucher de toutes ces parties était douloureux; il y avait de l’assoupissement, mais pas de sommeil; un peu d’abattement. On revint à l’emploi de l’eau de Sedlitz, on parla de vésicatoire, mais il ne fut pas prescrit ; le cas parut déjà assez grave et s’éloigner de la forme ordinaire des fluxions; cependant l’attention ne fut pas encore autrement éveillée ce jour, et ce que l’on croyait pouvoir redouter le plus, c’était la formation d’un abcès sur un des points malades.
Mais, le mercredi 14, la maladie de Menault prit une physionomie tout à fait inquiétante : la paupière supérieure droite était plus volumineuse, et la couleur vio lacée était devenue livide. Il y avait stase du sang et imminence degaugrène; le gonflement s’était étendu de la joue à tout le côté droit du cou et de la nuque; toutes ces régions offraient une résistance inégale qui donnait la sensation d’uu liquide dans un point, d’un gaz dans un autre; l’œdème était manifeste à la nuque : sur la peau lisse, pâle et luisante du front et de la face, on voyait huit ou dix pustules excessivement petites, de couleur jaunâtre , une ou deux ombiliquées, mais si petites, que la plus grosse ne dépassait pas le volume de la tête d’une de ces épingles connues sous le nom de camions. La muqueuse buccale était loujoui s 1839. — Figla. 10
le rameau dentaire correspondant à la dent malade, remplis de pus ou de sang coagulé; la pituitaire épaissie, gorgée de sang, érodée; un abcès du volume d’une amande entre cette membrane et la cloison, du mucus dans les sinus, mais pas de traces d éruption ; des abcès dans les poumons et la rate, des néphrites circonscrites, etc. Peut-on désirer une réunion de circonstances plus heureuses pour démontrer la différence du coryza spécifique de la morve et de l’inflammation sur aiguë mais simple de la membrane pituitaire, de l’infection purulente simple et de celle de la morve. Si nous voyons , en effet, une région qui est souvent le siège des symptômes locaux les plus graves de la morve aiguë
rouge et fongueuse, niais sans aucune apparence de gangrène; il y avait un coryza assez intense, et en faisaut expirer fortement le malade, on voyait sortir par la narine droite un mucus jaunâtre , semblable à une solution de gomme légèrement rosée: en même temps l’air passait avec production de bruit. L’inspiration laryngienne était également bruyante, la respiration pulmonaire accélérée mais encore libre; la toux paraissait plus importante, le pouls était fréquent et petit, les forces singulièrement déprimées, l’intelligence assez libre à ce moment; mais il y avait eu du délire et beaucoup d’agitation la nuit dernière. La langue était humide et saburrale; il y avait eu de la diarrhée ( le malade avait pris de l’eau de Sedlitz). Nous pensâmes qu’il existait un phlegmon diffus avec imminence de gangrène.
M. Blandin fut prié de voir le malade, et, dans l’examen attentif qu’il en fit, reconnut une légère exophthalmie ; il fallait donc qu’il y eût engorgement du tissu cellulaire du fonds de l’orbite ou dilatation du sinus maxillaire : cette dernière hypothèse paraissait la moins vraisemblable. Quant à la cause générale, M. Blandin la vit dans une phlébite de la veine ophthalmique et des veines de la face , mais il croyait devoir attribuer en grande partie la dyspnée nasale à la réplétion du sinus maxillaire droit. Aussi, dans cette idée, et jugeant l’état du malade presque désespéré, il conseilla d’arracher la dent cariée et d’essayer de pénétrer par cet alvéole dans le sinus maxillaire.
Les efforls qu’il fallut faire pour arracher cette dent, à cause de la difficulté qu’avait le malade à ouvrir la bouche, le fatiguèrent beaucoup. Il fallut renoncer à la térébration du sinus. La respiration s’embarrassant, on crut d’abord qu’un corps étanger s’opposait au passage de l’air dans le larynx; mais ce fluide arrivait jusqu’aux dernières ramifications bronchiques ; néanmoins le ma-
présenter aussi, par une cause différente, quelques-unes des lésions que l’on voit dans cette dernière affection , combien il y a loin de ces altérations analogues, aux pustules varioüformes , au flux nasal, aux tumeurs ecchymotiques et purulentes, etc. Dans un cas publié par M. Littré, et qui peut être rapproché de celui-ci, on observa , outre l’inflammation des veines faciales, une gangrène de la lèvre inférieure, une collection purulente au-dessous du grand pectoral, des dépôts purulents dans les poumons, un ramollissement de la rate. Dans d’autres observations de phlébite des mêmes régions, rapportées par MM. Gely, Duplay, Mackensie, on voit à la face les symptômes locaux les plus graves; on
lade commença à s’asphyxier, la face devint colorée, les veines sous-cutanées se remplirent, le sang parut même se coaguler à l’intérieur, et le malade mourut trois quarts d’heure après (dix heures du malin). A l’autopsie, qui fut faite vingtquatre heures après la mort, nous trouvâmes les veines de la face et leurs rameaux, jusqu’aux plus petites divisions, remplis de pus ou de caillots les parois épaissies. La veine ophlhalmique était dans les mêmes conditions, aussi bien que toutes ses divisions dans l’orbite. La veine méningée moyenne était remplie de pus dans une partie de son trajet et ses parois épaissies : il y avait dans ce point adhérence avec les deux feuillets de l’araclmoïde et un peu de pus infiltré dans la pie-mère correspondante, sans que le cerveau lui-même présentât d’autre altération qu’une couleur jaunâtre que lui donnait le pus. La phlébite en haut ne remontait pas au delà du sinus caverneux, en bas elle n’allait pas jusqu’aux vaisseaux du cou. On put reconnaître, par une section de l’alvéole, que l’inflammation avait atteint aussi la veine dentaire de la première grosse molaire; c’est là probablement qu’il faut placer le point de départ de la maladie.
OEdème avec induration du tissu cellulaire de la joue, du front, du cuir chevelu , de l’orbite; ce dernier avait occasionné l’exophthalmie. Engorgements notables des ganglions sous-maxillaires , mais pas de pus ailleurs que dans les veines.
La membrane pituitaire était beaucoup plus vasculaire que dans l’état normal, et offrait une couleur rouge violacée, inégale, avec véritables ecchymoses sur plusieurs points. Dans quelques endroits il semblait y avoir de petites érosions. Une collection purulente du volume d’une amande existait dans la narine droite, entre la surface profonde de la membrane pituitaire et le cartilage de la cloison. Dans plusieurs autres parties il y avait aussi entre cette membrane et les parois des
observe des lésions qui appartiennent aux phlébites avec infection, du délire, mais rien qui, pendant la vie ou après la mort, puisse être comparé aux phénomènes caractéristiques de la morve aiguë.
Nous voyons dans la pustule maligne un virus spécifique comme celui de la morve aiguë, étranger comme lui à l’espèce humaine, assez délétère pour produire constamment la gangrène et des symptômes généraux d’empoisonnement qui deviennent le plus souvent funestes lorsque la maladie n’est pas arrêtée dans sa marche; mais la pustule maligne n’a qu’un symptôme extérieur qui lui soit propre, la gangrène; elle se développe primitivement sur le lieu même de l’inocu-
petits dépôts de pus. La pituitaire se détachait des os avec la plus grande facilité; elle était sensiblement épaissie et plus molle qu’on ne la trouve ordinairement; elle semblait infiltrée d’un liquide gélatineux. On observait les mêmes altérations dans les sinus et les cellules ethmoïdales ; ces derniers étaient remplis d’un liquide muqueux. On n’apercevait sur la membrane pituitaire rien qui ressemblât à des granulations ou à des pustules analogues à celles qui constituent le coryza delà morve, et l’injection n’était pas à beaucoup près aussi vive ni aussi profonde que dans cette dernière affection.
Le larynx était rosé et injecté à la face postérieure de l’épiglotte et à la circonférence de son ouverture pharyngienne.
Le pharynx et le voile du palais était injectés aussi, le dernier épaissi; les amygdales saines.
Les poumons contenaient un nombre considérable de pneumonies lobulaires à peu près également disséminées dans toute leur étendue. Tous ces noyaux offraient le premier et le second degré de la pneumonie; aucun n’avait encore atteint l’hépatisation grise, aucun ne présentait de pus à son centre. Dans leur intervalle le tissu pulmonaire, très-gorgé de sang, était peu crépitant.
Le foie était sain.
Les reins offraient à la surface sept ou huit noyaux purulents ou plastiques de la grosseur d’une tête d’épingle. Quand ou les incisait, suivant leur épaisseur, ils paraissaient aboutir à l’extrémité d’une veine que l’on suivait jusqu’à une certaine profondeur de l’organe. Cependant les branches principales n’étaient pas malades. Le rein était plus vasculaire que daus l’état naturel, les calices et les bassinets étaient pâles, la vessie saine. La rate était assez ferme, peu volumineuse. Le temps n’a pas permis d’examiner le canal intestinal.
ation ; elle a plus de tendance à s’agrandir qu’à se multiplier; les symptômes d’infection sont secondaires, et semblent être la conséquence de l’introduction dans l’économie des produits de la décomposition : La morve aiguë, même inoculée, offre primitivement des symptômes d’infection; ceux-ci précèdent le développement de la gangrène et des autres lésions caractéristiques.
Les affections charbonneuses susceptibles de se développer spontanément chez l’homme, la gangrène scorbutique des gencives, la stomatite gangréneuse des enfants, ont des symptômes communs avec la morve aiguë, la gangrène et l’état général de l’économie (ce dernier même, seulement après l’infection secondaire); mais dans aucune des observations nombreuses publiées jusqu’à ce jour, on n’a signalé les symptômes caractéristiques de la morve aiguë.
Le farcin aigu, qui, comme nous avons déjà eu occasion de le dire plusieurs fois, est produit par le même contagium que la morve aiguë, qui s’annonce à l’extérieur du corps par la même éruption pustuleuse et gangréneuse, par des abcès sous-cutanés et inter-musculaires, ne diffère en réalité de la morve aiguë, chez le cheval comme chez l’homme, que par l’absence de l’éruption nasale et du flux des narines.
Enfin, pour terminer ce tableau, n’oublions pas que les symptômes si effrayants, si insolites de la morve aiguë ont éveillé l’idée de maladies étrangères à nos climats, comme la peste, ou ne se montrant guère chez nous que sous forme épidémique, le typhus. C’est qu’en effet, si la morve aiguë est distincte de ces maladies, elle peut en être rapprochée. Les inflammations lobulaires des poumons se retrouvent dans les différents typhus (peste, fièvre jaune, typhus d’Europe) , où elles ont plus de tendance à se terminer par gangrène que par suppuration; le délire, les convulsions, les soubresauts, d’une part; la paralysie des sphincters, le collapsus,la prostration, de l’autre; en un mot, tous les troubles graves du système nerveux observés dans la morve aiguë ieurappartiennentaussi.il n’est pas jusqu’aux hémorrhagies nasales qui ne semblent indiquer une même prédisposition de ces cavités à
être affectées; mais c’est dans les altérations de la peau que l’on trouve les plus grands traits d’analogie, comme aussi les meilleurs caractères distinctifs. En effet, ne peut-on placera côté des pustules, des gangrènes, des ecchymoses, des collections purulentes sous-cutanées et musculaires, des engorgements gangîionaires de la morve aiguë, les sudamina, les taches bleues, les papules lenticulaires rosées de la fièvre typhoïde, les pétéchies, les parotides du typhus, les bubons et les anthrax de la peste, et enfin la coloration jaune ecehymotique de la fièvre jaune, qui souvent aussi offre elle-même quelques-uns des symptômes que nous avons signalés dans les autres typhus; et quant à la cause, le contagium de la morve et le poison engendré par la décomposition des matières animales, qui, modifié par le climat et diverses influences locales , paraît produire, dans une opinion qui a été soutenue avec beaucoup de talent et de vraisemblance dans ces derniers temps, la peste, la fièvre jaune elle typhus, ne sont-ils pas des espèces dans le même genre.
En résumé, toutes les maladies auxquelles nous avons eu l’occasion de comparer la morve aiguë, dans le cours de cet article, bien qu’au premier abord assez différentes les unes des autres, reconnaissent toutes pour cause un poison morbide, que celui-ci ait été formé au dedans de l’individu lui-même, qu’il ait été communiqué par un autre animal, ou qu’il soit le résultat de la décomposition des substances organiques n’ayant plus vie; dans toutes on retrouve analogie et prédominance de symptômes dans les mêmes appareils, souvent dans les mêmes organes : elles doivent former une classe importante dans le système nosologique.
Nature de la maladie .
La morve aiguë est une maladie générale avec prédominance de symptômes locaux à la peau et dans les fosses nasales; mais il ne faut pas accorder à ces derniers un rôle plus important que celui qui leur appartient; ils ne sont que l’expression constante et la plus énergique
d’une affection qui a son siège dans toute l’économie. Chez le cheval, l’apparition d’un écoulement nasal presque dès le début, mais non sans avoir été précédé de prodromes, comme on l’a avancé, a pu faire croire à quelques vétérinaires que la maladie, bornée d’abord aux fosses nasales, n’infectait l’économie que secondairement; mais ce doute n’a pu venir dans l’esprit de ceux qui ont observé la morve de l’homme; chez celui-ci, en effet, un grand nombre d’appareils témoignent à la fois, parleur souffrance, la part qu’ils prennent à l’infection morveuse, et les symptômes caractéristiques locaux n’apparaissent * en général qu’à une époque peu rapprochée de l’invasion.
La morve aiguë est une maladie virulente ; elle est le résultat de l’introduction dans l’économie d’une substance animale délétère, qui existe au plus haut degré dans la sécrétion des fosses nasales, et dans le pus des plaies des chevaux morveux et farcineux, mais paraît aussi exister dans le sang, le pus des abcès, le mucus de la conjonctive, et peutêtre d’autres humeurs naturelles ou morbides Quelques médecins pensent que ce virus ne peut agir sur l’homme que par inoculation ; nous croyons pouvoir déduire le contraire de l’examen de faits bien observés, et jusqu’ici son développement chez l’homme a paru être plus souvent le résultat d’une infection, auxquels cas la matière du contagium doit avoir été absorbée par la peau, ou la membrane muqueuse gastropulmonaire.
Le virus de la morve aiguë paraît aussi être spécifique, c’est-à-dire qu’il jouit de la propriété de transmettre une malaladie semblable et identique; à ce dernier égard il se rapproche de celui delà variole, de la syphilis, delà pustule maligne, de la rage, etc. , et doit être distingué de toutes les matières animales délétères dont l’introduction dans l’économie est aussi suivie, comme on lésait, d’accidents locaux graves, et quelquefois de symptômes typhoïdes mortels. La morve aiguë forme donc une espèce distincte dans la grande famille des empoisonnements par substances animales délétères. Elle offre à un haut degré les caractères adynamique et putride : il est peu de maladies dans lesquelles
on observe une tendance plus grande et plus efficace à la désorganisation.
D’après les faits observés jusqu’à ce jour, la morve aiguë ne paraît pas susceptible de se développer spontanément chez l’homme : cette affection est propre aux solipèdes, mais, une fois transmise à l’homme, elle conserve sa propriété virulente et spécifique, comme le prouvent les inoculations faites de l’homme sur le cheval et l’âne.
Chez l’homme, comme chez le cheval, la morve et le farcin, à l’état aigu ou chronique, ne doivent être regardés que comme des formes différentes d’une même maladie. L’expérience apprendra peut-être plus tard sous l’influence de quel modificateur on voit se présenter telle apparence plutôt que telle autre, dans des circonstances qui semblent les mêmes. Quelque peu avancées que soient nos idées sur le mode de développement et de progression des maladies spécifiques, il n’est guère permis de douter que l’altération du sang ne soit un des premiers phénomènes de l’infection morveuse : et cependant, l’impuissance de la chimie organique et l’état si imparfait de l’anatomie pathologique des liquides , ne nous ont rien appris sur l’état du sang dans cette maladie; nous l’avons vu, au contraire, s’éloigner de l’aspect ordinairement poisseux et fluide qu’on lui trouve généralement dans les maladies par empoisonnement, et spécialement dans la fièvre typhoïde, pour se rapprocher de celui qu’il offre dans les maladies inflammatoires.
Pronostic.
Il doit être nécessairement fatal jusqu’à ce que l’observation ultérieure nous apprenne si cette terrible maladie est susceptible de guérison; le nombre de faits observés jusqu’à ce jour nous fait craindre que si la possibilité d’une terminaison heureuse était démontrée plus tard , elle ne doive toujours être la plus rare.
Traitement .
En présence de symptômes aussi nombreux, aussi graves, aussi variés que ceux de la morve, les médecins ont dû recourir à un traitement le plus souvent énergique. La nature des indications ne paraissant pas être la même aux différentes époques de la maladie, il suit qu’ils ont dû pendant le cours de celles-ci changer plusieurs fois de médication.
Au début , la maladie , souvent prise pour un rhumatisme articulaire aigu , a été attaquée parles émissions sanguines locales et générales, assez hardiment dans quelques cas. Concurremment avec celles-ci, on employait les applications émollientes locales, les évacuants, les diaphoniques, les diurétiques, mais sans réussir à calmer la violence des douleurs, et moins encore à enrayer le développement des symptômes ultérieurs. Au reste, bien que l’état adynamique , qui plus tard forme un phénomène constant dans cette maladie, engage à être sobre d’émissions sanguines, il ne nous a pas paru cependant que le collapsus soit survenu plus rapidement chez les malades qui avaient été soumis à ce traitement que chez les autres.
Les évacuants par haut et par bas ont aussi paru indiqués à plusieurs époques de la maladie, tantôt pour produire une action directe, tantôt pour imprimer à l’organisme une secousse utile, concourir à la diaphorèse, ou même, à une période déjà avancée, pour tâcher d’éliminer par les sécrétions une matière putride, et quelquefois seconder les efforts que la nature semblait faire dans ce but. L’ipécacuanha , l’émétique, le vin et les mixtures stibiés, le sulfate de magnésie, le calomel, l’huile de ricin, lejalap, sont, des médicaments de cette classe, ceux auxquels on a eu recours le plus souvent. 11 a quelquefois fallu les porter à une dose très-élevée pour produire des évacuations. Chez l’ un des malades, on n’a pu obtenir des vomissements aqueux qu’après avoir donné deux gros d’ipécacuanha et deux grains de tartre stibié dansîa même journée.
1633. — J igla.
Dans la plupart des cas, on a employé les antiseptiques et les toniques , dès l’apparition des bulles gangréneuses et des érysipèles de mauvais caractère. Le chlorure de soude à la dose d’un drachme, trois fois par jour, le camphre, le quinquina, la valériane, le serpentaire de Virginie, le sirop d’écorce d’oranges, les vins généreux, ont été administrés dans ces circonstances , sans qu’on en ait obtenu de grands avantages.
Désexcitants généraux sont, de tous les médicaments, ceux auxquels on a peut-être eu recours le plus fréquemment sous les formes les plus variées: nous citerons parmi ceux-ci l’éther, l’alcool et les alcoolats composés, l’ammoniaque et ses différents sels (carbonate, acétate, etc.), l’huile de térébenthine, les fleurs de camomille, d’arnica.
Nous voyons employer, parmi les médicaments altérants, le mercure , l’antimoine et leurs préparations, la douce amère, etc.
Les narcotiques sont, de tous les moyens, ceux qui ont été le moins infidèles, et ont le plus souvent rempli le but qu’on se proposait, celui de calmer la douleur ou l’agitation générale; la ciguë, la jusquiame , et surtout l’opium et ses préparations, ont été souvent utiles , mais à la condition quelquefois de les administrer à très-hautes doses.
En même temps qu’à l’intérieur on cherchait à calmer , exciter, tonifier le malade , on secondait l’action de ces médicaments par des applications extérieures : cataplasmes, lotions, fomentations , frictions , bains, vésicatoires, etc., ont été mis en usage, mais leur efficacité n’a pas été plus sensible que celle des médicaments donnés à l’intérieur.
Dans les cas de morve aiguë inoculée, on s’attend peut-être à trouver quelques résultats heureux. Un malade, en effet, a guéri sous l’influence de moyens peu actifs; mais nous avons déjà eu occasion de remarquer que ce fait pourrait être contesté dans sa nature. Dans la plupart des autres cas , les malades se présentaient à une époque trop éloignée de l’accident, ou la cause avait été trop longtemps méconnue, pour que l’on put prévenir le développement de la maladie par la dés-
organisation des parties contaminées, et empêcher ainsi l’absorption du virus inoculé.
Lorsque les vaisseaux lymphatiques et les ganglions étaient déjà engorgés , les émissions sanguines , les frictions mercurielles , les vésicatoires, ont été impuissants pour prévenir les symptômes généraux.
Que faudrait-il faire à l’avenir? M. Rayer pense que l’on devrait avoir recours à l’emploi des purgatifs répétés et de l’acétate d’ammoniaque dont les vétérinaires paraissent avoir retiré quelques avantages dans le traitement de la morve aiguë des chevaux. M. Honoré désirerait voir employer les premiers, à cause de leur efficacité reconnue dans le traitement de la fièvre typhoïde, et, de plus, il essayerait de modifier promptement l’empoisonnement existant par l’introduction dans l’économie d’un . agent dont l’utilité a paru être réelle dans plusieurs cas graves : le mercure à haute dose, en frictions (au moins une once d’onguent mercuriel par jour.) Il serait peut-être bon d’essayer la créosote qui a paru réussir entre les mains d’Elliotson, dans un cas de farcin. Enfin , dans une maladie aussi grave où les moyens rationnels ont été impuissants jusqu’ici , il est permis d’accorder beaucoup à l’empirisme.
Traitement prophylactique.
Les palefreniers et les journaliers qui sont chargés du pansement des chevaux morveux devront être avertis des dangers auxquels ils sont exposés, et des moyens par lesquels ils pourront s’en garantir. Ils ne devront pas coucher dans l’écurie où on soigne ces chevaux; on renouvellera souvent les litières, etc. ; en un mot , on veillera aux précautions hygiéniques d’intérieur. Ils devront éviter de porter à leur visage les objets qui auront servi à nettoyer ces animaux , et s’il leur arrive de recevoir sur cette région ou toute autre découverte la matière du jetage, pendant les ébrouements de l’animal , ils devront se laver immédiatement.
Les médecins et les élèves vétérinaires devront éviter de toucher les naseaux lorsqu'ils auront des écorchures aux doigts. S’ils se font une piqûre au doigt ou à la face, en ouvrant un abcès farcineux ou en disséquant un cheval morveux, ils doivent exprimer plusieurs fois le sang de la plaie, et cautériser sur-le-champ.
Le farcîn pouvant se terminer par la morve aiguë, il faut se hâter d’employer contre cette affection un traitement curatif, l’extirpation des tumeurs farcineuses , etc.