MORVE CHRONIQUE
Attaque les chevaux de toutes races , de tous âges.
COURS DE LA MALADIE
Prodromes. — Premier degré. Suspicion de la morve. — Léger jetage séreux inodore, par un seul ou par les deux naseaux; pituitaire pâle , glacée; yeux légèrement chassieux; léger empâtement des ganglions de l’auge, ou engorgement intermittent et indolent de ces ganglions avant le jetage; toux quinteuse, sèche, rarement humide; plus tard, léger jetage glaireux , verdâtre, adhérent aux ailes du nez, par une seule ou par les deux narines ; épistaxis et claudication intermittente; empâtement fréquent des testicules. Cet état peut durer un ou deux mois.
Augment ou deuxième degré. — Jetage persistant; mais alors matière du jetage filante, inodore, verdâtre, abondante pendant l’exercice ou le repos, se desséchant, et adhérente aux parois des naseaux; pituitaire pâle, glacée, offrant quelques érosions superficielles; apparition de corps blanchâtres, arrondis, miliaires, dans son épaisseur; légers renflements allongés, sortes de petites cordes noueuses sous l’appendice antérieure du grand cornet; induration indolente des
ganglions sous-linguaux; yeux souvent chassieux ; toux fréquente, quinteuse; aucun bruit accidentel dans la poitrine; poil tantôt piqué avec un peu de maigreur, d’autres fois lustré avec embonpoint; toutes les fonctions intérieures sont dans l’état de santé; l’énergie est souvent conservée; persistance de cet état pendant un ou deux mois , quelquefois moins.
État. — Troisième degré. — Morve confirmée.
Matière du jetage très-abondante, mais conservant les mêmes caractères; pituitaire toujours pâle; apparition d’ulcérations superficielles ou profondes, petites, abords irréguliers , écbancrés, dentelés à pic, à fond blanchâtre, et jamais entourées par un bord rouge; quelquefois cicatrisation de ces ulcérations sous la forme de plaques blanches, rayonnées , irrégulières; entre ces cicatrices, ces ulcérations, existent de petits corps durs, blanchâtres et miliaires (tubercules crus deM. Dupuy); ganglions de l’auge , gros, durs, indolents , rapprochés de la table interne des os maxillaires ; table de l’os frontal , des os naseaux, lacrymaux, zygomatiques, soulevée, rendant un son mat par la percussion; toux fréquente et sèche ; faiblesse du murmure respiratoire dans tout le poumon, et alors embonpoint et poils lustrés; d’autres fois, absence de ce murmure, râles muqueux et caverneux, et alors, maigreur ou marasme; claudication, tantôt d’un membre, tantôt d’un autre; épistaxis passagères; iuduration des testicules. Cet état peut encore durer un ou deux mois , et alors le cours de la morve date de quatre , cinq ou six mois.
Terminaison. — Bientôt la désorganisation des produits morbides amenant des résorptions purulentes qui s’opèrent dans toutes les parties altérées, l’influence du séjour dans les lieux insalubres où l’on relègue souvent les chevaux, l’altération générale des liquides circulatoires, qui en est la suite, suscitent un changement d’état dans la morve chronique, qui se présente tout à coup sous un autre aspect. Cette terminaison a reçu les noms impropres de morve aiguë entée sur la morve chronique , de terminaison typhoïde. Elle mérite d’être bien connue et surtout bien distinguée de la morve chronique et de la véritable morve aiguë.
Caractères. — Tout à coup , flux nasal jaunâtre, sanguinolent ; couleur jaune livide de la pituitaire ; pétéchies, boursouflement, puis gangrène, du tissu muqueux; élargissement considérable des chancres anciens; empâtement des ailes du nez avec dyspnée ; ganglions de l’auge, augmentant rapidement de volume et devenant douloureux; cordes de farcin dues à des résorptions purulentes du nez, prenant leur origine aux naseaux, se prolongeant obliquement sur la face, et se rendant aux ganglions de l’auge; râle muqueux dans la trachée et les bronches ; râles caverneux , muqueux , sibilant dans le poumon ; pouls petit, vite; batte- 1839. — Figla. 2
méats cardiaux tumultueux; œdèuie quelquefois aux membres et au scrotum; faiblesse, épuisement, marasme; bientôt asphyxie; mort du huitième au douzième jour ; rarement amélioration dans les symptômes, et guérison. Cette terminaison tes très-ordinaire pendant la durée du troisième degré.
Altérations morbides. — Les chevaux sont rarement sacrifiés pendant le premier degré de la morve; nous croyons devoir ne point faire connaître ici les altérations de ce degré.
Lésions appartenant au deuxième degré. — Cavités nasales. — Ulcérations à la partie supérieure de la cloison nasale et des cornets, isolées, superficielles, ou intéressant déjà le corps de la pituitaire. Lignes saillantes , blanchâtres, irrégulières dans leur trajet, offrant une suite de corps arrondis, blanchâtres, durs, formés par l’altération des lymphatiques superficiels de la muqueuse (tubercules de M. Dupuy); matière pultacée, blanchâtre, dans les cornets et les sinus.
Poumons. — Roses par place ; tissu pulmonaire contenant çà et là de petits corps arrondis, miliaires ou pisiformes, jaunâtres, formés d’une matière peu dense, albumino-fibrineuse, et renfermée dans l’intérieur d’un lymphatique oblitéré (tubercules naissants ou crus de M. Dupuy); quelquefois durs, associés à une matière calcaire qui les encroûte (tubercules calcaires), entourés d’un kyste ou de tissu quelconque sain.
Ganglions lymphatiques de l’auge, de l’entrée de la poitrine, des bronches , renfermant dans leur tissu aréolaire, là de la lymphe légèrement opaque et stagnante, ailleurs, de la lymphe coagulée, blanchâtre, assez dure; dans un autre point une petite masse de lymphe coagulée, altérée, dure, enkystée dans une utricule de tissu ganglionaire; dans quelques ganglions cette petite masse (tubercules de M. Dupuy) est entourée de sels calcaires; ganglions mésentériques, sous-lombaires, inguinaux, offrant plus rarement cette altération. Tous les autres
viscères, excepté le poumon , sont généralement sains.
Troisième degré. — Cavités nasales. — Ulcérations plus nombreuses, plus profondes, souvent réunies et formant de larges surfaces blanchâtres, à bords irréguliers. Matières mucoso-puriformes , épaisses, dans les cornets et les sinus; épaississement de la membrane de ces cavités; ossification par plaques à la surface des cornets et des lames osseuses concourant à former les sinus (1).
(1) A une époque antérieure à cette description, M. Rayer ( loc . cit. ) a étudié avec le plus grand soin ces corps blanchâtres et ces ulcérations que M. Delafond semble re-
Poumons. — Dépôts lymphatiques (tubercules) entourés de tissu pulmonaire rouge infiltré. Membrane formant le kyste rouge, matière y contenue ramollie, s’écrasant sous les doigts, mais sans odeur. Ailleurs, ces dépôts ont donné naissance à une cavité circonscrite par le kyste, dans laquelle existe une matière demi-liquide, pultacée, infecte, communiquant quelquefois avec les tuyaux bronchiques (vomiques). Indurations blanches ou grises à l’extrémité des lobes pulmonaires; bronches renfermant un mucus purulent. Matière épaisse, crémeuse, semblable au pus parfaitement lié, dans les épididymes (1).
Terminaison avec résorption purulente , gangrène et altération générale des liquides. — Toutes les altérations notées dans le troisième degré. En outre : cavités nasales. Dépôts sanguins dans l’épaisseur de la pituitaire ; gangrène de cette membrane s’offrant sous V aspect d’un détritus livide et infect. Ulcérations ayant une grande étendue, offrant à leur surface une matière pultacée, épaisse; fond des ulcérations rugueux, chagriné; bords irréguliers et quelquefois renflés; ramollissement, perforation de la cloison cartilagineuse par les ulcérations; mucus sanieux, infect dans les cornets et les sinus. Poumons. Dans quelques endroits, tissu pulmonaire rouge et noir, friable, ramolli, noirâtre ou grisâtre, répandant une odeur infecte (commencement de gangrène). Cavités closes formées par une membrane dense, pouvant loger une noisette ou une noix , renfermant un liquide trouble, sanieux, grisâtre, dans lequel nagent des détritus blanchâtres; ou bien perforées, communiquant avec les bronches (vomiques anciennes). Dépôts lymphatiques entourés de tissu pulmonaire rouge, ramolli et infiltré, quel-
garder comme deux altérations indépendantes. Suivant M. Rayer, on observe d’abord des élevures blanchâtres, dures, arrondies , isolées ou confluentes; quelques-unes soiit assez volumineuses pour former des mamelons, ou des plaques allongées plus ou moins saillantes. Plus tard, elles se ramollissent et se transforment en ulcérations : la plupart de celles-ci s’étendent en profondeur ou en largeur , mais quelques-unes peuvent se cicatriser. On trouve encore quelquefois dans l’épaisseur ou au-dessous de la membrane muqueuse , des infiltrations de lymphe plastique et de substance gélatineuse, etc. ; enfin , M. Rayer signale aussi l’existence de semblables altérations dans le larynx et dans la trachée-artère.
(1) Les lésions du poumon indiquées par M. Delafond ressemblent à celles qui ont été décrites par M. Rayer. Ce dernier insiste davantage sur l’absence de tubercules et de cavernes semblables à ceux de l’homme. 11 décrit aussi des pneumonies lobulaires indépendantes des granulations miliaires. Les petites cavités remplies de pus ( vomiques ) , consécutives à la destruction par suppuration du parenchyme pulmonaire, ne contiennent jamais de matière tuberculeuse, et n’acquièrent jamais les dimensions des cavernes tuberculeuses de l’homme.
quefois noir et friable; ecchymoses répandues eàet là ; infiltration séreuse dans le tissu cellulaire interlobaire; lymphatiques superficiels nombreux, très-apparents , s’entre-crolsant de toutes parts, et renfermant un liquide rougeâtre. Ganglions lymphatiques de toutes les parties du corps volumineux, rougeâtres, entourés de tissu cellulaire gorgé de sérosité quelquefois sanguinolente. Ecchymoses dans les cavités du cœur, dans la rate, les muqueuses intestinales; muscles pâles, sang se décomposant facilement, et colorant bientôt les parois des vaisseaux.