‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 6 sur 12 · MAL DE TÊTE DE CONTAGION · texte numérisé non relu

MAL DE TÊTE DE CONTAGION

Attaque particulièrement les gros chevaux , ceux qui ont subi de longues fatigues, qui ont ou qui ont eu de vieilles plaies suppurantes , qui ont d' anciennes maladies de poitrine.

COURS DE LA MALADIE

Début. — Apparition sur la pituitaire et la conjonctive de taches circonscrites, irrégulières, d’arborisations, de pointillements, d’un rouge plus ou moins vif (pétéchies); engorgement des membres, du fourreau , du bout du nez; pouls mou ettrès-vite ; battements tumultueux du cœur; respiration presque normale; faiblesse générale; crins s’arrachant avec facilité; conservation de l’appétit. Cet état dure de deux à trois jours.

Augment. — Taches des muqueuses plus foncées, plus étendues; tuméfaction plus considérable du nez, s’étendant à la lèvre supérieure; jetage jaunâtre, séreux, peu abondant; ganglions de l’auge à l’état normal; conjonctives (outre les pétéchies) jaunâtres et infiltrées, œdèmes des parties déclives faisant des progrès de bas en haut , et terminés par de gros bourrelets circonscrivant l’engor-

gement; absence du murmure respiratoire, et matité dans la région inférieure de la poitrine correspondant au bord inférieur du poumon; battements du cœur offrant les mêmes caractères; fonctions digestives conservant l’état de santé. Point d’éruption cutanée.

État. — Ramollissement; gangrène septique locale avec destruction de la pituitaire dans les endroits renfermant le sang altéré formant les pétéchies, et alors en contact avec l’air; odeur fade du jetage dont la matière est glaireuse, roussâtre et sanguinolente. Apparition d’ulcérations nombreuses, livides, irrégulières, sans cercle rouge, succédant à la destruction gangréneuse de la nasale. Aussitôt, engorgement, empâtement des ganglions de l’auge; gonflement considérable des ailes du nez et des lèvres, s’étendant à la face, amenant une dyspnée suffocante, occasionnant l’impossibilité de la préhension des aliments et de la mastication; œdèmes des membres, du fourreau, faisant toujours des progrès, quelquefois suintement de sérosité à leur surface; matité, absence de murmure respiratoire s’élevant dans la région moyenne delà poitrine et indiquant l’engouement du poumon marchant de bas en haut. Cet état dure quatre à cinq jours, rarement plus.

Pendant ces trois phases maladives, et notamment pendant la dernière, le sang extrait de la jugulaire, et recueilli dans un hématomètre, se coagule en neuf ou dix minutes (15 à 16, état de santé); caillot blanc, peu consistant ; caillot noir, diffluent; sérum très-abondant; putréfaction très-prompte.

Terminaisons. — Obstruction des naseaux par l’engorgement qui gagne la face, amène une dyspnée suffocante, et force à faire la trachéotomie. Engorgement des poumons plus étendu; œdème dépassant les genoux et les jarrets; pouls petit et insensible; faiblesse extrême; chute sur le sol, impossibilité de se relever. Mort du dixième au douxième jour , rarement plus tard. Quelquefois, pendaut le début et l’augment et par un traitement convenable, état stationnaire des pétéchies et des œdèmes, puis disparition successive des symptômes; guérison. Souvent réapparition de la maladie pendant la convalescence. Mort toujours certaine après la gangrène de la pituitaire et du poumon.

Altérations morbides (1). — Altérations pathologiques nombreuses et multipliées,

(1) Les altérations anatomiques propres à cette troisième espèce que M. Rayer désigne sous le nom de morve aiguë , hémorrhagique et gangréneuse , ont été décrites par lui avec le même soin que les précédentes : sa description s’accorde parfaitement avec celle qui a été donnée ultérieurement par M. Delafond.

se répétant avec les mêmes caractères clans beaucoup d’organes, étant plus nombreuses et plus profondes dans les parties en rapport avec l’air extérieur.

Cavités nasales . — Pituitaire offrant des taches occupant sa superficie ou son épaisseur; là, ces taches sont d’un rouge brun, et le tissu muqueux est encore résistaut; ailleurs, la teinte noire est gris foncée, et la membrane est réduite en un déliquium boueux, sale et infect. Plus loin, des ulcérations ont succédé à cette destruction locale. Celles-ci sont profondes, rugueuses, irrégulières, situées particulièrement le long des sinus veineux delà cloison et des cornets; infiltration des appendices des cornets , dont l’intérieur est noir et rempli de sang; mucus sanguinolent dans les gouttières nasales et les sinus; engorgement des lèvres, des ailes du nez formé, 1° d’un liquide séro-sanguinolent existant dans le tissu cellulaire ; 2° d’une matière noire due à la partie colorante du sang , et formant des taches foncées dans l’épaisseur des tissus et notamment des fibres musculaires.

Poumons gros, noirs, pesants, marqués de taches noires, rouges ou plombées ; dans le tiers inférieur des deux lobes, tissu noir, friable, engoué de sang, ou bien le sang est organisé avec la substance pulmonaire, et la rend plus pesante (induration rouge). Cette altération est entourée par de la sérosité épan-

chée dans le tissu cellulaire interlobulaire. Epanchements sanguins circonscrits dans quelques poches de tissu pulmonaire; dans d’autres endroits, ramollissements circonscrits formant une matière noire, boueuse, répandant l’odeur fétide de la gangrène (véritable gangrène septique partielle due au sang altéré pendant la vie, et mis en contact avec l’air dans le poumon ).

j Rate volumineuse, d’un noir livide, ramollie , renfermant un sang noir comme de la boue d’encre ; quelquefois cette altération est locale et disséminée dans quelques points de la rate seulement.

Ganglions lymphatiques de l’auge, de l’entrée delà poitrine, des bronches, du mésentère, quelquefois de la région sous-lombaire, de l’aine, du fourreau, rouges , tuméfiés, gorgés de sang épanché dans leur tissu, et entourés d’une infiltration séro-sanguinolente; ecchymoses dans le cœur, dans le canal intestinal, dans les reins, et généralement dans toutes les parties vasculaires.

Engorgement des membres et du fourreau formé par un épanchement de sérosité dans le tissu cellulaire sous-cutané et inter-musculaire. Taches rouges dans l’épaisseur des muscles.

Les noms de morve chronique, morve aiguë, morve gangréneuse, sous lesquels sont désignés les trois groupes de symptômes dont on vient de lire l’exposé, supposent déjà l’identité de nature de ces trois maladies qui ne seraient différentes que par leur marche, leur durée, leur intensité. L’analyse des principaux phénomènes observés pendant la vie, et des lésions les plus importantes trouvées après la mort, paraît confirmer l’exactitude de ce rapprochement. Cependant les médecins vétérinaires regardent généralement le mai de tête de contagion comme une maladie à part; un certain nombre, parmi lesquels il faut citer M. Dupuy, etM. Delafond, ont même voulu séparer la morve aiguë de là morve chronique pour la rapprocher des maladies charbonneuses. La nature éminemment contagieuse delà première, contestée pour la seconde, son invasion brusque, l’instantanéité avec laquelle elle frappe à la fois les principaux appareils de la vie animale et de la vie organique, à la manière des poisons morbides les plus délétères, comparées à la lenteur de la morve chronique qui, pendant un certain temps, passerait pour une affection locale peu grave, si on n’en connaissait les conséquences; quelques différences dans les altérations anatomiques et les symptômes, paraissent aux médecins que je viens de citer des considérations suffisantes pour en faire des maladies d’un ordre différent.

Cette dernière opinion ne doit pas prévaloir, ce me semble; car, 1° la morve chronique est contagieuse, bien qu’à un degré beaucoup plus faible que la morve aiguë. 2° On voit la morve aiguë se terminer par le passage à l’état chronique. 3° La morve chronique prend quelquefois la forme aiguë pour devenir promptement mortelle, ou, ee qui est plus rare, repasser à l’état chronique. 4° L’inoculation de la morve chronique à un animal sain a produit, dans plusieurs cas, une morve aiguë, et on a vu la morve chronique

être le résultat, plus rarement il est vrai, de l’inoculation de la morve

aigue.

S’il en est ainsi, la morve aiguë et la morve chronique reconnaîtraient pour cause un même agent virulent et spécifique, et la ma- 1S39. — Vigla . 3

laclie pourrait rester longtemps locale en apparence, quoique cependant l’économie entière fût infectée. En cela, la morve ressemblerait un peu à la syphilis dont les symptômes généraux n’apparaissent ordinairement qu’au bout d’un temps assez éloigné de l’apparition et même de la guérison des symptômes locaux, mais cependant, dans quelques circonstances, suivent presque immédiatement l’inoculation^ phénomène rare aujourd’hui, mais qui paraît avoir été presque constant dans les premiers temps de l’invasion de la maladie syphilitique en Europe.ll resterait, dans cette hypothèse, à rechercher sous l’influence de quelles causes, en raison de quelles modifications dans l’action du virus ou dans la prédisposition du sujet , la maladie devient immédiatement générale, comme dan 1« morve aiguë, ou ne détermine des symptômes d’infection qu’après avoir limité plus ou moins longtemps son action aux fosses nasales et aux ganglions sous-maxillaires, comme on le voit pour la morve chronique.

Si, laissant de côté des conjectures peut-être un peu téméraires, nous cherchons dans les ouvrages de médecine vétérinaire comment le problème difficile de la nature de la morve a été résolu par les hommes distingués qui se sont occupés de cette matière depuis deux siècles, nous trouvons presque autant de solutions que d’auteurs. Un certain nombre se renferment dans un doute modeste. Les premiers qui l’observèrent en placèrent le siège dan8 une altération des humeurs, variable selon les théories qui dominaient à telle ou telle époque; quelques-uns la comparèrent à la syphilis. Revenant aux idées humorales, un auteur contemporain fait dépendre la morve d’une inflammation du sang (hémite couenneuse, aiguë ou chronique). Lors des progrès de l’anatomie pathologique, l’altération de la membrane pituitaire fut étudiée avec soin; on y plaça le siège de la morve, considérée alors comme une maladie locale, simple suivant les uns, spéciale suivant les autres. Dans une opinion qui semble être la réunion des deux autres, la morve ne serait, dans l’origine, qu’une maladie des fosses nasales, et ne deviendrait générale qu’après la résorption de la matière purulente sécrétée par les ulcérations de la membrane pituitaire.

D’autres aufeurs, précisant davantage encore le siège de cette affection, l’ont placé dans le réseau lymphatique des fosses nasales, et ont expliqué l’extension de la maladie aux autres régions et même aux viscères par la continuité de ces vaisseaux. Mais, je le répète, aucune opinion n’a reçu jusqu’ici l’assentiment général des vétérinaires.

Le farein est regardé aujourd hui par beaucoup de vétérinaires, notamment par ceux qui professent la dernière opinion, comme produit par le même contagium que la morve : le farein, suivant eux, ne différerait de celle-ci que par son siège à la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané. Cette interprétation paraît vraisemblable; car, outre l’analogie d’altérations et de causes, elle peut être appuyée des deux considérations suivantes : 1° On voit souvent ces deux maladies se succéder et dégénérer mutuellement; 2° l’inoculation de la morve a produit le farein, et, réciproquement, celle du farein a été suivie de l’apparition des symptômes de la morve. Tous les vétérinaires s’accordent à regarder le farein comme une maladie du système lymphatique. Les limites de notre travail ne nous permettent pas de donner ici les caractères de cette maladie à l’état aigu ou chronique, comme nous l’avons fait pour la morve; mais nous avons dû indiquer ce rapprochement, parce que nous le verrons se confirmer par plusieurs des observations qui ont été faites chez l’homme, et dont il sera fait mention ci-après.

La contagion de la morve aiguë est universellement admise; celle de la morve chronique ne parut pas douteuse dans l’origine, et les règlements de police témoignent encore actuellement de l’opinion des anciens vétérinaires sur ce sujet; mais, dans ces derniers temps, elle a été contestée; elle est même niée aujourd’hui par l’Ecole d’Alfort. Il faut dire que, malgré cette autorité, telle n’est point l’opinion du plus grand nombre des vétérinaires. L’Ecole de Lyon et plusieurs écoles étrangères, sont contagionistes. Nous ne pouvons donner à cette question tous les développements qu’elle exigerait : nous nous contenterons de dire qu’il existe des faits de contagion qui ne peuvent être révoqués en doute, mais que l’on s’accorde à regarder la morve chro-

tiiqüe comme beaucoup moins contagieuse qu’on ne le croyait , ou qu’elle ne l’était autrefois.

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