ÉTUDE DES SYMPTOMES
J’ai dû être aussi bref que possible dans l’exposé général que je viens de faire , pour que l’œil pût embrasser facilement d’un seul regard l’ensemble des symptômes de la maladie et l’ordre dans lequel ils se succèdent habituellement. 11 est nécessaire maintenant de s’arrêter aux plus importants, et de chercher les modifications qu’ils peuvent éprouver dans l’intensité, la durée, l’époque de la maladie à laquelle ils se montrent, leur fréquence ou meme leur absence: c’est le seul moyen d’apprendre la valeur de chacun d’eux, et d’arriver à la connaissance complète de la maladie.
Nous allons passer en revue, sons autant de chefs divers, 1° les douleurs arthritiques et musculaires; 2° les symptômes observés du côté des fosses nasales; 3° du côté de la bouche , dufpharynx et du larynx ; 4° ceux offerts parla peau, le tissu cellulaire sous-cutané et les vaisseaux superficiels; 5° l’état des fonctions cérébrales; 6° les phénomènes fournis par la circulation et la chaleur animale; 7° l’état de la respiration; 8° de la digestion; 9° des sécrétions.
Nous chercherons ensuite si les différents symptômes se groupent assez fréquemment de telle ou telle manière, pour que l’on puisse éta-
1839.— Figla.
blir plusieurs formes de cette maladie, et si l’époque à laquelle chacun d’eux se présente est assez constante pour qu’il soit utile de reconnaître à cette maladie plusieurs périodes.
1 0 Douleurs arthritiques et musculaires.
Les douleurs sont un des symptômes les plus frappants de la morve aiguë de l’homme: elles apparaissent dès le début, et forment souvent, avec un peu de fièvre et de malaise, les seuls symptômes que l’on puisse observer pendant un temps plus ou moins long: ainsi, chez le malade dont Shilling à rapporté l’histoire, elles ont précédé de six semaines l’invasion des symptômes qui le forcèrent à s’aliter, et auxquels il succomba en sept jours. Chez celui de Williams et Elliotson, elles durèrent trois semaines, au bout desquelles il commençait à marcher avec des béquilles, et se croyait convalescent, lorsqu’il fut pris des autres symptômes de la maladie, et mourut en treize jours. Chez quelques autres aussi elles ont duré une ou plusieurs semaines, seules ou associées à des symptômes gastriques. Dans ces derniers cas, elles ont été en quelque sorte chroniques; mais plus souvent elles affectent la forme sur-aiguë, et les articulations les plus douloureuses deviennent presque toujours ultérieurement le siège de gangrènes plus ou moins étendues.
On peut voir ces doulenrs occuper un très-grand nombre de régions à la fois, muscles ou articulations; mais il est plus ordinaire de les voir circonscrites sur uu petit nombre de ces dernières. Les membres paraissent être leur siège de prédilection; on les a vues cependant presque exclusivement bornées au dos, au cou, ou à l’un des hypochondres.
Ces douleurs affectent la sensibilité à la manière du rhumatisme, et en ont imposé, pour cette maladie, aux malades et aux médecins. Cette erreur devrait encore être commise si l’occasion s’en présentait, car elles n’onÇpasen elles-mêmes de caractères auxquels on puisse espérer désormais de les reconnaître.
Nous pouvons dès à présent rapprocher de ces douleurs les abcès trouvés dans les muscles, le pus rencontré plusieurs fois dans les articulations, les altérations plus fréquentes de la synovie, l'injection de la synoviale, les phlébites péri-articulaires , et l’inflammation du tissu cellulaire ambiant.
Quelle est la nature de ces douleurs ? On ne peut admettre une simple coïncidence de la morve et d’une affection rhumatismale : elles sont trop constantes, trop caractéristiques pour ne pas tenir à l’essence même de la maladie.
D’autre part, en quoi diffèrent-elles du rhumatisme lui-mème? Par la cause qui las engendre; peut-être par une mobilité moins grande, une tendance plus manifeste à la terminaison par suppuration , la complication moins fréquente de pér icardites ou d’endocardites. Mais ne voit-on pas des rhumatismes aigus se fixer quelquefois sur une ou plusieurs articulations, et celles-ci rester malades’pendant toute la durée de l’attaque? n’est-il pas fréquent, eu égard au petit nombre d’autopsies que l’on a occasion de faire dans la période aiguë du rhumatisme, de trouver les articulations enflammées et la synovie purulente? La question me paraît donc difficile à résoudre, et digne de toute l’attention des observateurs.
2° Coryza cle la morve.
Le coryza de la morve, bien que le symptôme le plus caractéristique, le plus constant de cette affection, n’est pas cependant chez l’homme l’un des premiers qui se présentent à l’observation. L’écoulement nasal ne s’est montré le plus souvent que dans les deux ou trois derniers jours de la maladie , quoiqu’on l’ait vu survenir six, huit, neuf jours avant la mort, et même dans un cas dont la durée a été l une des pdus longues, plus de quinze jours avant ce terme. Au reste, avec un peu d’attention, on pourrait reconnaître la lésion des fosses nasales à une époque beaucoup moins éloignée du début, en examinant avec soin la respiration nasale, en interrogeant la voix, en faisant
moucher le malade, etc., si l’on avait quelques soupçons sur la nature de la maladie.
L’écoulement nasal peut avoir été précédé d’épistaxis depuis plusieurs jours. 11 se présente avec les caractères suivants: muqueux ou purulent, jaunâtre avec des stries de sang, brunâtre même quand ce dernier liquide est abondant; ordinairement séro- purulent et assez fluide , mais le plus souvent visqueux, ténace, gluant; il s’attache aux narines, aux lèvres, qu’il excorie quelquefois par son âcreté; il peut être assez abondant pour être comparé au jetage des chevaux atteints de morve aiguë. On lui a trouvé dans plusieurs cas une odeur fétide.
L’écoulement a lieu ordinairement par les deux narines à la fois: il est souvent plus abondant par une narine que par l’autre; on l’a même vu borné à l’une des deux: mais il est bien probable qu’il ne faut voir là qu’un effet de pesanteur déterminé par la position particulière du malade, puisque dans tous les cas où on a ouvert les narines elles étaient toutes deux malades, et à peu près au même degré. Quoi qu’il en soit , il peut ne pas être sans intérêt de noter la fréquence relative de l’écoulement par l’une ou l’autre narine, puisque chez les chevaux, où elles sont, relativement à la pesanteur, dans les mêmes conditions, et toutes deux aussi ordinairement malades à la fois, on a trouvé le jetage incomparablement plus fréquent à gauche qu’à droite.
Le mucus dont nous venons de donner les caractères peut ne pas fluer par les narines , soit parce qu’il est sécrété en trop petite quantité, soit, plus souvent, parce que le malade reste constamment couché sur le dos. On peut, dans le premier cas, l’apercevoir sur la membrane pituitaire en écartant les narines, et, dans le second, provoquer sa sortie en faisant expirer fortement le malade, et bouchant alternativement l’une et l’autre narine. On peut aussi, dans ce dernier cas, le retrouver mêlé à la matière de l’expectoration, parce qu’il aura coulé par l’ouverture postérieure des fosses nasales; mais le premier moyen est préférable, puisque, dans un cas ( Husson et Nivet ) , on était incertain de savoir si l’on devait attribuer à son mélange la
couleur rouilléeMes crachats, ou regarder ceux-ci comme symptomatiques d’une pneumonie qui existait réellement, et que l’on observe presque constamment dans la morve.
En même temps que ces phénomènes se passent à l’extérieur, le gonflement de la membrane pituitaire, la présence de ce mucus visqueux et tenace, opposent à l’entréede l’air dans les narines un obstacle presque insurmontable, malgré les efforts du malade, qui cherche, par des inspirations et des expirations bruyantes, à se débarrasser de ces mucosités. L’expuition est assez fréquente, surtout lorsque le pharynx lui-même est le siège d’altérations analogues à celle des fosses nasales; la voix est nasonnée, etc., etc.
Bien que la partie antérieure des narines, comme nous le verrons plus tard, ne soit que rarement le siège de lésions graves, cependant 1 inspection locale a pu faire reconnaître pendant la vie la membrane pituitaire rouge, presque excoriée (Parrot et Elliotson), recouverte même , jusqu’au bord extérieur des ailes du nez, d’excoriations plates qui se continuaient aussi sur les lèvres (Rémer); la même exploration a permis de découvrir facilement une perforation de la cloison (Husson et Nivet).
L’état inflammatoire des fosses nasales peut se manifester à l’extérieur par le gonflement et la rougeur du nez tout entier, ou de l’un de ses côtés seulement, indépendamment des cas où l’on observe sur cette région, qui en est plus fréquemment le siège que toutes les autres, des pustules, des phlyctènes , des taches gangréneuses, etc.
La membrane muqueuse nasale n’est pas toujours la seule dont la sécrétion soit aussi notablement altérée: on a vu les paupières et la bouche fournir une humeur épaisse analogue à celle qui sortait des narines.
Telles sont, pendant la vie, les lésions importantes des fosses nasales. L’inspection cadavérique nous en montrera de plus caractérisli- ques encore,
3° Stomatite et angines dans la morve.
La morve n’offre guère de stomatite générale; il est plus commun de trouver une inflammation circonscrite de quelques points de la bouche. Ainsi il y avait, dans un cas , gangrène à la voûte palatine, dans un autre de la rougeur et de la bouffissure des gencives; d’autres fois c’étaient desaphthes, une tuméfaction douloureuse de la face interne des joues et du plancher de la bouche correspondant à une vaste inflammation phlegmoneuse des glandes parotides et sous - maxillaires ; mais ces symptômes ne sont que peu importants et presque secondaires, tandis que les angines méritent davantage de fixer i’atlention.
Il n’est pas rare de voir l’affection des fosses nasales se propager au pharynx, au voile du palais, aux amgydales , et surtout au larynx, et de trouver après la mort sur ces différens organes, non - seulement la rougeur et le gonflement , et même les ulcérations que l’on peut observer dans quelques inflammations spécifiques, mais aussi des lésions identiques à celles des narines. La morve a donc ses angines comme elle a son coryza. Quant aux symptômes par lesquels elles se révèlent à nous pendant la vie, ils ne diffèrent pas de ceux des inflammations ordinaires, ou s’ils ont quelque part dans la production de l’état général si grave que l’on observe dans cette maladie, il n’est pas possible de la déterminer.
Dans un cas, l’inflammation du pharynx ( Andrew Brown ), et dans un autre, l’esquinancie (Macdonnd et Graves), ont été les premiers symptômes appréciables, et ont joué un rôle de premier ordre dans tout le cours de la maladie; dans le second, surtout, où l’amygdale gauche , assez tuméfiée pour dépasser la ligne médiane, se gangréna, la glande sous - maxillaire du même côté, puis la parotide, puis les mêmes du côté opposé, acquirent un volume énorme; la face participa à ce gonflement; la bouche ne pouvait être entr’ouverte qu’avec la plus grande difficulté : jusque-là ce n’était qu’une angine gangréneuse; mais survint un écoulement des fosses nasales, une éruption pustuleuse
à la peau ; le malade succomba avec les symtômes de la morve aiguë confirmée ; et à l’autopsie on trouva les glandes sous-maxillaires et parotides supurées, le tissu cellulaire ambiant induré, infiltré de sérosité, etc., etc.
On a donc souvent occasion d’observer dans la morve aiguë, de la douleur, un sentiment de chaleur et de constriction à la gorge; l’altération légère de la voix est constante, et peut être portée à un degré voisin de l’aphonie.
4° Symptômes offerts par la peau , le tissu cellulaire sous-cutané et les vaisseaux et ganglions superficiels .
L’examen de la surface extérieure du corps fournit, sans contredit, quelques-uns des symptômes les plus caractéristiques et les plus constants de la morve aiguë de l’homme. On peut les ranger sous les quatre chefs suivants: pustules , bulles gangréneuses , inflammations gangréneuses, collections purulentes.
a. Dans tous les cas de morve bien avérée, on a observé, à une époque ordinairement un peu éloignée du début, une éruption pustuleuse assez souvent complexe, dont la ressemblance, dans les différents cas, se révèle d’une manière frappante par la description qu’en ont donnée les observateurs. On les a très-exactement comparées à celles de la variole, et mieux encore à celles de la varicelle pustuleuse (varioloïde de la plupart des auteurs). D’autres pustules se rapprochent davantage de celles de la vaccine, de l’ecthyma, des tubercules suppurants de l’yaws. Toutes ces variétés , en effet, peuvent se présenter, et on peut en observer plusieurs à la fois sur le même individu ; mais , de toutes, la plus fréquente est celle de pustules globuleuses, arrondies, varicelliformes, entourées d’une petite auréole rosée à la base, commençant par des élevures papuleuses, précédées quelquefois elles -mêmes de petites taches que l'on a comparées à des piqûres de puce. Elles arrivent, en général , très-promptement à la suppuration : ainsi on les a vues
passer en un seul jour par les trois états que je viens d’indiquer* L’éruption de ces pustules se fait d’une manière successive, et le même sujet en présente à tous les degrés. On lésa trouvées sur toutes les parties du corps, mais principalement à la face et sur les membres. Ordinairement peu nombreuses, elles peuvent, sous ce rapport, ne pas le céder à une variole discrète. Elles se dessèchent assez lentement ; une ou deux fois seulement on les a vues se terminer par des ulcérations qui avaient de la tendance à s’agrandir.
b. Les bulles gangréneuses forment un autre genre d’éruption plus rare et toujours très-discrète. Dans les cas où on les rencontre, on voit apparaître sur le nez, a la racine des cheveux, sur l’oreille, plus rarement sur les autres parties du corps, une ou plusieurs tumeurs de la largeur d’une pièce de vingt-cinq centimes, ou meme plus petites, de couleur violacée ou noirâtre; l’épiderme, très-mince, estsoulevé par un liquide sanieux sanguinolent, au dessous duquel le derme est frappé de gangrène, ou dans un état d’infiltration et d’ecchymose voisin de cette terminaison. La base sur laquelle reposent ces bulles n’est pas indurée : ce caractère peut être utile, comme l’a fait remarquer M. Rayer, pour les distinguer de la pustule maligne; car, comme dans celle-ci, on observe quelquefois plusieurs vésicules de même apparence, plus petites , et disposées en guirlande autour de la bulle principale. Ces bulles ne doivent pas non plus être confondues avec les phlyctènes, qui ne sont qu’un épiphénomène de la gangrène, et se développent sur les tumeurs de cette nature que l’on a fréquemment occasion d’observer à la face dans la morve aiguë.
J’ai dit que l’éruption était souvent complexe : en effet, iî’peut exister entre les bulles et les pustules des variétés intermédiaires, que l’on serait embarrassé de rapportera une forme plutôt qu'à l’autre. Je ne dois pas m’arrêter à les décrire.
c. J’entends, par inflammations gangréneuses dans la morve, les érysipèles de mauvaise nature, ces tumeurs charbonneuses qui marchent quelquefois avec lenteur au début, pour se terminer ensuite rapidement par la désorganisation de la peau et des tissus sous jacent*.
Après la face, le voisinage clés articulations paraît être leur siège de prédilection. Elles sont souvent précédées de douleurs locales que rien ne peut calmer, et forment toujours le symptôme le plus hideux de la maladie. A la face, elles ont bientôt envahi de larges surfaces; les parties qui environnent l’eschare, et doivent en peu de temps subir la même transformation, sont rouges, livides , luisantes, œdémateuses ; les paupières, la bouche, ne peuvent s’ouvrir, sont horriblement mutilées; les os eux-mêmes sont attaqués, et les malades ne tardent pas à succomber. On peut en voir un exemple remarquable figuré par M. Rayer dans son atlas de.; maladies de la peau, d’après un dessin communiqué par Elliotson.
Aux membres elles peuvent se multiplier avec assez de facilité, mais font en général des progrès moins rapides qu’à la face.
d. Au-dessous des tumeurs gangréneuses on trouve de vastes collections purulentes avec des lambeaux de tissu cellulaire désorganisé, et des phlébites reconnaissables après la mort. Mais, indépendamment de ces collections, il peut en exister d’autres plus petites, infiltrées ou circonscrites, sans changement de couleur à la peau , fluctuantes dès leur apparition, plus fréquentes aux membres que sur le tronc, et qui ont peut-être plus fréquemment leur siège dans les muscles que dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ces abcès à peu près constants ne forment pas une des lésions les moins curieuses de la maladie.
e. On n’observe pas ordinairement dans la morve de pétéchies, de papules rosées ou de sudamina, comme dans le typhus et la dothinentérie; dans un seul cas (MM. Husson et Nivet ) on a remarqué sur la partie supérieure des cuisses des taches bleues qui , par leur siège et leur apparence, avaient la plus grande ressemblance avec celles que l’on rencontre dans la forme adynamique de la fièvre typhoïde.
f Les inflammations superficielles des troncs veineux ou lymphatiques assez volumineux pour être reconnus pendant la vie, n’ont guère été observées que dans les cas d’inoculation; cependant, dans un cas d’infection, on a trouvé après la mort plusieurs veines superficielles et profondes des membres, et même l’une des veines hypogastriques
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et ses branches remplies de pus ou oblitérées par un travail inflammatoire.
g. Si nous devons trouver après la mort les ganglions lymphatiques, même ceux delà région sous-maxillaire, rarement malades, et à un Faible degré lorsqu’ils le sont, il est encore plus rare d’observer pendant la vie aucun symptôme qui puisse faire soupçonner une lésion de ces organes (j’excepte toujours les cas d’inoculation). C’est là une dissemblance entre la morve du cheval et celle de l’homme: nous verrons cependant plus tard qu’elle a été exagérée, et, en tous cas, avant de vouloir en tirer une conclusion négative pour l’identité de deux affections si semblables d’ailleurs à tous les autres égards, i! aurait fallu chercher si l’anatomie et la physiologie ne peuvent nous donner une explication satisfaisante de cette différence.
Dans deux cas , le gonflement des glandes salivaires aurait pu en imposer pour l’engorgement des ganglions sous-maxillaires : c’est là une cause d’erreur qui , à raison de la fréquence des angines, peut se présenter, et contre laquelle on doit être en garde.
5° Symptômes cérébraux.
Céphalalgie. — Elle existe surtout au début de la maladie : les malades accusent alors une douleur frontale plus ou moins vive, un sentiment de pesanteur et de tension vers cette région. Il s’en faut de beaucoup que ce symptôme ait une intensité aussi grande et une durée aussi persistante que dans la fièvre typhoïde. On a même lieu de s’étonner de l’absence de la céphalalgie, ou au moins du silence des malades sur ce sujet, à une époque plus avancée de la maladie, quand on pense aux lésions graves que l’on trouve si fréquemment à l’examen cadavérique des sinus frontaux.
Insomnie. — Les malades sont privés presque complètement de sommeil pendant tout le cours de la maladie; souvent alors qu’ils paraissent dormir ils n’ont que de la somnolence; le peu de sommeil qu’ils peuvent goûter est agité et troublé par des rêve
Intelligence ( état de T). — Le délire a été noté dans tous les cas de morve aiguë. Il ne survient ordinairement que dans les derniers jours de la maladie; c’est un des signes avant-coureurs de la terminaison prochainement funeste. 11 est habituellement calme, et s’il y a de l’agitation, ce n’est que par intervalles. Il ne survient pas brusquement : on remarque d’abord un peu d’embarras, d’incohérence dans les idées du malade qui répond assez bien aux questions qu’on lui adresse, pourvu quelles ne soient pas trop multipliées; autrement il ne peut continuer. Quelquefois il répond d’abord assez juste à la question, puis continue à parler, et passe sans s’en apercevoir d’un sujet à un autre (délire raisonnant). Souvent, antérieurement au délire, il y a eu des rêvasseries dont le malade avait la conscience. Dans les cas ordinaires, le délire apparaît d’abord la nuit, puis cesse le matin pour alterner dans le jour avec des moments de lucidité; il devient enfin continu et ne quitte plus guère les malades jusqu à la mort. Cependant, dans un cas rapporté par Williams, l’intelligence commença à se troubler le seizième jour, le délire fut complet le dix-septième, diminua le dixhuitième, et cessa les jours suivants ; reparut le vingt-cinquième avec une violence telle, qu’il fallut avoir recours à la camisole, alterna avec des moments lucides le vingt-sixième et les suivants jusqu’à la mort qui arriva le trente-troisième jour.
Quanta Y état moral des sujets, il ne présente rien de remarquable dans les premiers temps de la maladie; mais à une époque plus avancée, ils sont tourmentés par des pressentiments tristes, préoccupés de l’issue de leur maladie : disposition d’esprit que ne contribuent peutêtre pas peu à augmenter le grand nombre des visiteurs que leur attire la rareté de leur affection , les questions nombreuses et souvent maladroites qui leur sont adressées, l’attention minutieuse dont ils sont l’objet, etc., etc.
État des forces et de la myotilité . — Chez tous les malades on observe dès le début une grande faiblesse, et cet état ne fait que s’accroître pendant le cours. Le décubitus est ordinairement dorsal; iis ont de
bonne heure de la peine à se remuer dans leur lit, à se lever sur leur séant, et ces mouvements deviennent impossibles dans les derniers temps. Cette atteinte profonde de la myotilité se traduit aussi le plus souvent par l’évacuation involontaire de l’urine et des matières fécales Cependant, dans trois ou quatre cas, on a noté des désordres actifs de cette fonction : ainsi plusieurs fois, pendant l’agitation du délire, les malades sortaient de leur lit. On a observé aussi de la mussitation , de la carphologie, des soubresauts, des spasmes, et la mort est survenue deux fois au milieu de mouvements convulsifs.
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État de la sensibilité générale. — Au milieu de ces désordres , la sensibilité générale paraît rester intacte; alors même que les malades sont dans le coma , il n’est pas rare de les voir manifester la sensation de la douleur, lorsqu’on les pince même assez légèrement. La sensibilité exagérée des régions sur lesquelles il s’est développé des tumeurs érysipélateuses et gangrenées, peut aussi être reconnue le plus souvent, malgré l’état dont je viens de parler.
6° Symptômes fournis par la circulation et la calorification.
L’exploration des battements du cœur et des artères dans la morve n’offre rien de constant. On peut dire cependant que le pouls augmente toujours de fréquence; quant à ses autres caractères, il est en général assez développé au début et pendant les paroxysmes; plus tard, il devient faible, facile à déprimer, quelquefois intermittent, et dans la dernière période de la maladie, aux approches de la mort, il est d’une fréquence et d’une petitesse extrêmes.
Les battements du cœur, examinés dans les premiers temps, n’ont rien présenté d’anormal ; à une époque avancée, ils ne peuvent être explorés à l’auscultation à cause de la fréquence et du bruit de la respiration que le malade ne peut suspendre. Mais l’absence de lésions, à l’ouverture des cadavres , laisse moins de regrets sur cette lacune obligée.
L’étal du sang tiré de la veine a été noté dans plusieurs cas. Toujours , peu de temps après l’émission . il fut recouvert d’une couenne plus ou moins épaisse, plus ou moins difficile à diviser. D’ailleurs on n’a pas insisté sur les autres caractères offerts par ce liquide. Dans un cas (Brown) il paraissait pauvre en fibrine ( privé de matière coagulable).
La peau a été trouvée généralement chaude dans la période d’acuité, tantôt sèche, tantôt humide. Dans la prostration qui précède la mort, ou dans les moments de collapsus qui succèdent aux paroxysmes, elle était quelquefois froide et couverte de sueur à laquelle on a cru dans un cas reconnaître une odeur particulière repoussante.
7° Symptômes de la respiration.
L’état de la respiration a été noté avec peu d’exactitude par les premiers observateurs. Les derniers faits recueillis tendent à établir que le poumon est constamment affecté dans la morve, à une période plus ou moins avancée de la maladie, et de la meme manière à peu près dans tous les cas : il y aurait une pneumonie morveuse, pneumonie lobulaire comparable à celle des phlébites ou résorptions purulentes.
Dès que l’ensemble des symptômes extérieurs qui caractérisent la morve s’est manifesté, on ne tarde pas, si déjà on n’a pu le faire antérieurement, à observer un peu de gêne, de précipitation dans la respiration; une petite toux brève, avec expectoration rare de crachats qui
ne sont quelquefois que muqueux et plus ou moins visqueux, mais
qui peuvent aussi être rouillés et parfaitement reconnaissables pour ceux de la pneumonie, en tenant compte même de l’apparence que peut leur donner le mucus qui coule des narines dans le pharynx, et qui, mélangé à la salive , est rejeté par expuit ion. Et cependant, la percussion donne un son clair dans tous les points de la poitrine; la respiration n’est troublée que par des râles muqueux et sibilants. Ces symptômes, dans le cas observé par MM. Husson et Nivet, nous ont paru suffisants
pour annoncer l’existence d’une pneumonie lobulaire qui a été confirmée par l’autopsie.
Plus tard, les poumons s’engorgent, la poitrine résonne moins à la percussion, le murmure respiratoire est masqué par le bruit que fait Pair en pénétrant dans le nez et la trachée, et l’asphyxie hâte souvent la mort.
L’expectoration a été trouvée plusieurs fois fétide.
8° Symptômes du tube digestif.
Les symptômes gastriques sont rarement très-prononcés au début; mais plus tard, les malades ont une diarrhée fétide: les selles sont fréquentes, aqueuses, d’une odeur putride et cadavéreuse, souvent involontaires.
Plus tard encore, les dents sont sales, la langue est sèche, enveloppée de mucosités brunâtres. Le bas-ventre est ballonné, mais peu ou point douloureux. On observe quelquefois du sang noir dans les selles; il y a rarement de la soif. La déglutition est difficile; quelquefois des vomissements ont lieu , surtout dans les derniers temps de la maladie (Rayer).
9° Sécrétion urinaire.
L’urine n’a été examinée que trois ou quatre fois : à l’exception d’une coloration un peu rouge , on n’a pas remarqué quelle s’éloignât de l’aspect de l’urine saine. Nous verrons plus tard les reins et la ves. sie se présenter à l’autopsie parfaitement sains.
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Début.
La morve inoculée commence comme toutes les maladies dans lesquelles il y a absorption accidentelle d’un virus. Les malades peuvent rester quelques jours sans éprouver d’accidents (incubation). De deux à huit jours après le dépôt de la matière morveuse, le point inoculé devient le siège de douleurs assez vives qui se propagent le long des membres:
le tissu cellulaire voisin se prend, la peau rougit et devient chaude; les vaisseaux lymphatiques s’enflamment des extrémités vers le tronc, forment des traînées rouges et des cordons noueux, très-douloureux , au toucher; les ganglions s’engorgent. Alors les symptômes généraux d’infection apparaissent; il survient du malaise, de l’affaiblissement et des douleurs dans les membres, et, plus tard , la gangrène, le délire , l’écoulement nasal , l’éruption pustuleuse, viennent révéler le caractère de la maladie.
Mais ces symptômes pathognomoniques peuvent être précédés de ceux du farcin aigu ou chronique, ou, si l’on veut, la morve aiguë peut terminer le farcin. Cette transformation, assez fréquente chez le cheval , n’est pas rare chez l’homme. Aux faits rapportés par M. Rayer, nous pouvons ajouter ceux de MM. Deville et Wiggins-Heutis , qui devraient êtreinsérésau commencement decette thèse. Il faut donc prévoir, dans la première de ces deux formes, le développement possible de la seconde, à laquelle elle n’est alors qu’une introduction plus ou moins longue. Cette considération n’esl pas sans intérêt pour le pronostic, puisque le farcin est susceptible de guérison, tandis que. jusqu’ici , la morve aiguë a été constamment mortelle.
Si le début est assez uniforme dans la morve aiguë inoculée, lorsqu’elle ne doit pas offrir d’abord les symptômes du farcin, il est susceptible d’offrir plus de variété dans la morve par infection, et c’est surtout à cette époque , comme nous le dirons plus en détail à propos du diagnostic, que l’on peut confondre cette maladie avec plusieurs autres.
Je passe sous silence le frisson et les symptômes d’invasion vagues et communs à toutes les maladies fébriles, pour arriver tout de suite à ceux qui peuvent éveiller l’attention sur une affection locale.
La forme rhumatismale, aiguë ou chronique, est de beaucoup la plus fréquente ; elle doit être considérée comme le type du début de Ja morve aiguë. Nous avons eu occasion d’insister sur cette variété dans J’élude des symptômes; je me contente de la rappeler.
Quelquefois les malades se plaignent principalement de douleurs
thoraciques, dun point de côté : celui-ci, rapproché de la dyspnée, qui en est la conséquence, du frisson et des prodromes, a pu faire croire au début d’une affection aiguë de l’appareil respiratoire.
Les premiers symptômes locaux appréciables peuvent se montrer du » côté de la gorge. On a vu, dans les premiers jours, la maladie simuler une angine très-intense, et plus tard une angine gangréneuse.
Enfin , dans le cas observé par M. Rayer, la maladie a débuté à la manière d’une fièvre typhoïde, et c’est à ce diagnostic qu’on s’arrêta le premier jour de l’examen.
Marche . terminaison , durée.
La morve que nous avons décrite est une maladie aiguë; quelquefois elle paraît marcher avec lenteur dans les premiers temps, et on pourrait croire le terme de la mort assez éloigné; mais aussitôt qu’elle est bien caractérisée, que l’on observe l’écoulement nasal, l’éruption pustuleuse, les collections purulentes, etc., il faut s’attendre à lui voir faire des progrès bien rapides. La marche est aussi continue et croissante dans cette dernière période; et si l’on observe quelquefois des rémissions, ce n’est qu’au début, antérieurement à l’apparition des symptômes propres.
Les observations d’Elliotson, Travers et Hardwicke établissent aussi que cette maladie peut exister à l’état chronique chez l’homme comme chez le cheval. Leur histoire ne m’a pas paru devoir être confondue dans le même article.
Si l’on excepte un cas de morve par inoculation, dont Hertwig a donné l’histoire, et sur la nature duquel on peut avoir des doutes, la maladie s’est constamment terminée par la mort.
On a dû remarquer que, dans la dernière période de cette maladie, tous les appareils importants de la vie animale et de la vie organique sont frappés à la fois; les désordres de l’innervation , de la circulation , de la respiration, sont simultanés, et offrent à peu près le même degré d’intensité : la mort est le résultat des lésions si profondes que l’on
trouve ultérieurement dans les organes qui concourent à ces fonctions : tous, cependant, ne meurent pas à la fois: le poumon, obstrué par des inflammations lobulaires, ou par des congestions plus étendues , est le premier dont les fonctions se suspendent, et la mort, préparée depuis longtemps, arrive ordinairement sans une longue agonie.
Dans quelques cas, le terme de la mort peut être hâté par une asphyxie en quelque sorte accidentelle : celle-ci est ordinairement due à l’oblitération de l’ouverture supérieure du larynx par le gonflement fongueux de la membrane muqueuse de cet organe , et le développement de pustules à sa surface et dans son épaisseur.
La mort arrive, en général, du quinzième au vingtième jour de la maladie; on l’a vue survenir beaucoup plus rapidement, le douzième et même le huitième jour, ou plus tardivement le trente-quatrième. Quant aux cas où elle aurait duré cinquante-neuf jours (Grub), ou même une année (Wiggins-Heustis , Deville), M. Rayer a fait remarquer avec raison que, jusqu’aux derniers temps de la maladie, on n'avait observé que des symptômes de farcin. La morve aiguë est survenue chez ces malades comme phénomène ultime, et a marché avec plus de rapidité que dans les cas où son développement a été primitif. La durée de la maladie paraît être à peu près la même pour la morve inoculée et pour la morve transmise par infection.
Périodes , formes.
Bien que les symptômes principaux de la morve aiguë se développent dans un ordre assez régulier, et à des époques à peu près les mêmes dans les différents cas, il serait téméraire de vouloir les renfermer dans plusieurs périodes; on peut, cependant, indiquer trois époques ordinairement assez distinctes, et auxquelles appartiennent un certain nombre de symptômes : une première est à peu près constamment caractérisée par des douleurs rhumatismales, elle est la plus longue; à une seconde correspondent l’apparition de la gangrène, des symp- 1839. — Vigla. 7
tomes cérébraux et typhoïdes : l’extrême gravité de la maladie peut déjà être reconnue , mais non sa nature , si l’on ignore la cause spéciale; enfin la dernière ne laisse plus de doutes sur cette question : c’est celle où l’on observe l’écoulement nasal, l’éruption pustuleuse à la peau, et tous les phénomènes de collapsus. Mais, hâtons-nous de le répéter, le nombre des faits est trop peu considérable pour poser de pareilles limites.
Quant à la physionomie de la morve aiguë , malgré le grand nombre d’appareils qui sont frappés à la fois dans cette maladie , elle se présente , en générai, avec une uniformité, je dirais presque une monotonie telle, qu’il n’y a pas lieu à établir de variétés d’ensemble. La maladie connue chez le cheval sous le nom de coryza gangréneux , de mal de tête de contagion , ne paraît être qu’une variété de la morve aiguë , avec prédominance hémorrhagique. Nous ne trouvons rien qui lui corresponde chez l’homme.