CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU CHANCRE DU CUIR CHEVELU
M. Fournier décrit en ces termes le chancre qu’il a observé personnellement (obs. IX). C’est une lésion papulo-érosive presque entièrement orbiculaire ét du diamètre d’une pièce de 2 francs, surelevée de 2 à 3 millimètres au-dessus des parties saines et formant plateau, absolument lisse, unie à la surface superficiellement excoriative, offrant une coloration uniforme d’un rouge brun un peu foncé tendant à s’encrouter et même s’encroutant en quelques heures dès qu'on venait à la laisser sans pansement. Absolument indolente, mais devenant prurigineuse à la suite de grattages ou d'irritations déterminées par un peigne, enfin fournissant au doigt une sensation très nette d’épaississement et de dureté lamelleuse quand on venait à la saisir aux deux extrémités d’un diamètre en essayant de soulever le cuir chevelu.
Telle est la description que M. Fournier faisait en 1897 du chancre du cuir chevelu, les cas
publiés depuis et que nous avons rassemblés, ne peuvent que confirmer cette description magistrale.
En 1905, M. Jacquet en avait observé personnellement 3 cas auxquels il trouve un aspect presque identique : lésion ulcéreuse rouge peu suintante, régulièrement orbiculaire, légèrement déprimée au centre avec engorgement des ganglions rétro-mastoïdiens et sous-occipitaux, et naturellement chute complète des cheveux.
Cette description confirme en tous points celle de Fournier ; les autres auteurs décrivent des chancres identiques, seul le diamètre diffère, ce qui n’est pas pour nous surprendre, car nous savons qu'il en est ainsi des chancres de toutes les parties du corps.
Les plus petits chancres ont la taille d’une pièce de 50 centimes : ce sont ceux de Sée (obs. XIIT), de Rille (obs. XV), de Vajda (obs. XIT).
Il en est au contraire de très grands. Celui qui a été observé par Otto Witieest grand comme 10 pfennigs, celui de Watson (obs. XVIII) a un pouce de diamètre, celui de Vaughan (obs. XVII) est grand comme un dollar.
L'examen de ces extrêmes nous confirme que la description de Fournier est bien celle du chancre schématique
Observé dès le début, le chancre du cuir chevelu comme les autres chancres syphilitiques présente non son aspect rouge et dépouillé définitif, mais
l’aspect du chancre décrit par M. Sée (obs. XIV): une plaque d’aspect diphtéroïde avec un pointillé saignant, l’ulcération reposant sur une base assez dure.
Très fréquemment il existe une croûte à la surface du chancre,et ceci est conforme à la règle générale du chancre des téguments.
Le chancre du cuir chevelu peut être multiple. MM. Rollet et Grauge signalent que le malade qu'ils ont observé (obs. XI) présentait sur le cuir chevelu deux ulcérations.
M. le D' Leonhard Weiss a présenté, à la clinique universitaire pour les maladies de la peau et des organes génitaux à Berlin, le cas d’un enfant de neuf semaines qui présentait deux chancres contigus du cuir chevelu.
L'induration est souvent assez peu nette dans les chancres du cuir chevelu.
M. Jacquet (obs. VI) signale que chez son malade l’induration est à peine appréciable et au sujet de cette observation M. Alex. Renault développeles mêmes conclusions : (Je ferai remarquer, dit-il, que le chancre si intéressant présenté par M. le Dr Jacquet a une base trèsfaiblement indurée, cette particularité est fréquente dans l’ulcère primitif de la syphilis, de telle sorte que l’induration n’a qu’une valeur relative pour le diagnostic.
» Si elle est absente dans le cas particulier, cela tient à ce qu'il existe une lame cellulaire assez épaisse entre la peau et les parties profondes.
OS
L'induration est en effet d'autant plus nette que le tégument adhère davantage au tissu sous-jacent, sous l'intermédiaire d’une couche celluleuse se prêtant à la diffusion de l’inflammation. »
Pour donner au chancre un aspect atypique il faut qu’une cause secondaire intervienne. C’est le cas du malade de Rille (obs. XV) qui ne donne que des renseignements vagues sur la façon dont il a été infecté, mais il est probable que l'infection est tombée sur une ulcération préexistante ou une pustule d’acné, car dix jours après son entrée à l’hôpital on trouvait, au centre de l’ulcération, une ouverture de la grandeur d’une tête d’épingle, par laquelle un stylet pouvait pénétrer dans une cavité de la taille d’une noisette.
Le plus curieux de ces chancres d’aspect atypique est certainement celui qui a été présenté par MM. Rollet et Grauge à la Société de médecine de Lyon le 15 mai 1899.
Le malade présente deux ulcérations du cuir chevelu situées sur le sommet de la tête ; ces ulcérations sont à bord arrondi, à fond muco-purulent, formant presque abcès. Sur leur pourtour existe un léger œdème qui présente une consistance analogue à celle du cuir chevelu normal. Mais lorsqu'on examine attentivement ces ulcérations, on trouve un corps dur enclavé dans la plus interne des deux plaies: une fois celle-ci incisée
on retrouve un fragment de dent laissé par l’adversaire.
On comprend que la présence de ce curieux corps étranger, ainsi que l’infection déterminée par lui aient modifié l'aspect du chancre, Mais il ne s’agit là que de faits exceptionnels ; dans la grande majorité des cas cette lésion ne ressemble que de loin à une dermite ulcéreuse du cuir chevelu, et ne peut guère être confondue avec une ulcération d’une autre nature. Pour faire le diagnostic, dit M. Danlos, l'important est d'y penser.