TCHEKHOV ET LA MEDECINE
. Que dans le courant de sa vie Antone Tchekhov ait mis sur un pied d’égalité absolue les deux professions qui l’ont partagée, comme il ressort des pages précédentes, c’est un fait qui présente plus d'intérêt anecdotique que de valeur . générale. Il convient maintenant de préciser quelle a été l'influence de la médecine sur le talent de l'écrivain, et comment elle s'est exercée, en surface et en profondeur. Puis nous étudierons l’homme dans le médecin, car son long com- merce avec les sciences d'observation d’une part, et, d’autre. part, avec la maladie, la souffrance et la mort, sans compter son expérience personnelle de la tuberculose ne peut pas avoir été sans effet sur sa sensibilité et sur son âme.
Et pourtant il est arbitraire de séparer dans le même homme plusieurs personnalités distinctes, surtout chez Tchekhov, en qui les individualités du médecin, de l’homme de lettres et de l’homme, s’intriquent, se pénètrent, se prolongent. Mais il faut de l’ordre, au risque de fausser légètement la vérité. .
Qu'on ne nous accuse pas d’exagérer, par déformation professionnelle, la part du médecin dans la collaboration de ce dernier avec l'homme de lettres! Les témoignages personnels étant préférables à tous les commentaires des critiques, il me semble bon de citer en premier lieu cette lettre que de
32 à Yalta, le r1 octobre 1809, Tchekhov écrivait à G. I: Rossolimo (on se rappelle la première autobiographie rapportée plus haut. Celle-ci est d’un intérêt beaucoup plus profond ):
«Une autobiographie? J'ai une maladie — l’ Autobiographophobie. Lire quoique ce soit sur moi-même et à plus forte raison l'écrire pour qu’on l’imprime, m'est une vwéritable torture. Ci-joint je vous envoie quelques faits, dans leur nudité, mais je ne peux pas faire davantage. |
» Moi, À. P. Tchekhow, je suis né le 17 janvier 1860, à T'aganrog. J'ai été élevé d’abord à l’école grecque, près de l’église du Tsar Constantin, ensuite au collège de Taganog. En 1870, j'entrai à l’Université de Moscou, Faculté de Médecine. Je n’avais à l’époque qu’une faible idée des Facultés en général et je ne me rappelle pas pour quelles raisons je choisis la Faculté de Médecine, mais dans la suite je ne regrettai pas mon choix. Je commençai, dès ma Première Année, à publier des contes dans un hebdomadaire et dans des journaux, et ces travaux littéraires acquirent bientôt un caractère professionnel permanent. En 1886, je reçus le prix. Pouhkine. En 1800, je partis pour l'ile Sakhaline, pour écrire ensuite un livre sur notre colonie pénitentiaire et les prisons de là-bas. Sans compter les chroniques, les feuilletons, les articles, et tout ce que j'& écrit au jour le jour pour les journaux et qu’il serait difficile aujourd’hui de chercher et de recueillir, j'ai, pendant les vingt ans de ma carrière littéraire, donné plus de trois cents bon-à-tirer, pour des contes ou des nouvelles. J’ai aussi écrit des pièces pour le théâtre. 5
» de suis certain que l’étude de la médecine a eu une influence considérable sur mes travaux littéraires; en élar-. gissant le champ de mes observations, elle m'a enrichi de connaissances dans toute la valeur ne peut être comprise que par des médecins. Elle m'a guidé aussi, et je dois probablement à mes rapports étroits avec la médecine d’avoir réussi à éviter une foule d'erreurs. *