‹ THESE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINEChapitre 14 sur 18 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

M. D..., 52 ans, fondeur en caractères.

14 février 1871. Le malade s'est aperçu que sa vue commençait à baisser après le siège, mais c'est seulement il y a deux mois que sa vue s'est profondément troublée. Pendant le siège, il consommait, en moyenne, 35 grammes de tabac par jour, tandis qu'auparavant 20 grammes lui suffisaient; depuis, sa consommation journalière fut de 30 grammes. A cette époque, le malade avoue avoir fait accidentellement quelques excès de vin.

Après la guerre, ayant repris ses occupations, il fumait dans un atelier où ses camarades fumaient également. 11 usait de tabac à fumer à jeun et même la nuit lorsque le sommeil lui faisait défaut.

Il fume exclusivement la pipe.

Le sujet jouit d'une excellente santé. Il éprouve cependant quelquefois quelques accès d'oppression.

. Depuis quelque temps, lorsqu'il fumait à jeun, il en résultait quelques nausées et un peu de répugnance pour le tabac : aussi mettait-il la pipe de côté pour jusqu'après le repas.

Il a observé que les figures des personnes qu'il regarde lui semblent modifiées dans leur couleur; tous les visages lui paraissent pâles, et une personne au teint coloré lui apparaît jaune pâle. Il lui est arrivé de faire erreur en comptant de l'argent et de donner une pièce d'un franc pour un sou; il ajoute que la cause de son erreur n'était pas due à une modification dans la couleur de la pièce de monnaie, mais que cette confusion résultait de l'épaisseur du brouillard qui lui semblait envelopper les deux pièces.

Le malade caractérise l'obstacle qui gène sa vision en disant que c'est un brouillard ou plutôt une sorte de voile qui semble s'interposer entre ses yeux et les objets.

Il a remarqué que la vue du violet et du bleu vif lui était trèspénible aux yeux.

Examen des couleurs à la lumière naturelle. — Le bleu est parfaitement reconnu, mais cette couleur lui impressionne très-désagréablement la vue.

Le vert lui semble gris verdâtre ; placé en dehors du point de fixation , le même échantillon se montre verl plus clair et moins gris. Le jaune est exactement perçu.

Le rouge lui parait jaune très-accusé, et le malade compare cette couleur à celle du cuir. Si, au lieu de faire fixer directement le même échantillon, nous faisons fixer au malade un point voisin, aussitôt la couleur tire sur le rouge, nous dit-il, mais rouge un peu pâle.

L'orange est bien reconnu.

Le violet, qu'il reconnaît parfaitement, lui est très-désagréable à l'œil.

Le sujet est emmétrope et offre une acuité visuelle réduite à

pour l'œil droit, et à r. pour l'œil gauche.

Les champs visuels présentent une étendue normale.

Il existe pour chacuu des champs visuels deux scotomes : un ovalaire, situé à 10 centimètres à droite du point de fixation, et mesurant 6 centimètres dans sa plus grande dimension ; l'autre circulaire, placé à 2 centimètres à gauche du point de fixation, et offrant un diamètre de 14 centimètres. Ces scotomes, limités isolément pour chaque œil, se superposent exactement.

Examen des couleur* dans les scotomes. - Le rouge, qui lui parait rouge un peu pale en dehors des scotomes, se montre rouge vif dans ces points.

L'orange, que le malade accuse orange pâle dans le champ visuel, devient positivement orange dans les scotomes.

Le bleu, bien reconnu en dehors des scotomes, paraît bleu foncé, indigo, dit le malade, dans ces deux points.

Le rert, qu'il accuse mélangé d'un peu de gris, se montre franchement vert dans les scotomes.

Rien de particulier pour le jauue.

Le violet, bien reconnu en dehors des scotomes, se fonce dans ces points.

L'examen ophthalmoscopique montre une congestion veineuse très marquée des deux papilles ; il existe une dilatation manifeste des principales hrauches veineuses qui sont un peu tortueuses .

Traitement. — Abstention du tabac, lodure de potassium.

22 février. Le malade nous affirme ne plus fumer. L'acuité visuelle pour l'œil droit est ' it et pour l'œil gauche }. L'amplitude d'accommodation n'offre pas de réduction appréciable.

8 mars. L'amélioration rapide que nous avions notée le 22 lévrier ne s'est pas maintenue ; sans cause appréciable, l'acuité visuelle est redescendue sur l'œil gauche à j , et sur l'œil droit à ' . Le malade affirme pourtant n'avoir fait aucun excès de quelque nature que ce soit. En explorant le champ visuel, nous retrouvons les mêmes scotomes, qui présentent la même étendue qu'au premier examen.

OBSERVATION VIIÎ.

M. G..., 48 ans, artiste peintre.

22 juin 1871. Acuité visuelle réduite à 4; amincissement des artères centrales, trouble diffus de la papille gauche.

Traitement. — Abstention du tabac. lodure de potassium. 28 juillet. L'acuité visuelle atteint

19 février 1872. Le malade a toujours eu une excellente vue, ce n'est qu'au mois d'avril 1871 qu'il s'est aperçu que sa vue baissait. Il lui semblait alors être enveloppé d'une sorte de brouillard qui s'accusa de plus en plus ; la lumière vive le fatiguait beaucoup, et lui apparaissait comme une fumée blanche très-lumineuse.

Pendant le siège, il ne reçut qu'une très-mauvaise nourriture ; il vivait alors presque exclusivement de fromage d'Italie et ne buvait le plus souvent que de l'eau, ne pouvant que rarement avoir un peu de vin. Il ne faisait donc aucun excès de boissons fortes, mais il en est tout autrement pour le tabac ; il fumait toute la journée et consommait ainsi 60 grammes de tabac par jour en moyenne. Il fumait toujours la pipe.

Depuis qu'il est en traitement, il ne fume plus que 10 grammes à peine de tabac par jour. 11 affirme que, s'il lui arrive de fumer cette quantité de tabac rapidement, il s'aperçoit que sa vue en souffre immédiatement, et que des objets qui pouvaient être parfaitement distingués quelques instants auparavant, ne peuvent plus être nettement perçus.

Il y a deux ans, il a été atteint d'une affection qu'il ne peut caractériser, mais qu'il résume naïvement lui-même en nous disant qu'il était dans un état complet d'abrutissémimt. Il éprouvait alors des pesanteurs de tête, des douleurs dans les membres, des vertiges avec sentiment de froid ; il avait perdu l'appétit, et eut à plusieurs reprises des vomissements. Outre qu'il avait de la difficulté à assembler ses idées, il lui arrivait encore de ne pouvoir trouver les mots pour exprimer sa pensée. C'est avec ces accidents qu'il se présenta à l'hôpital de la Pitié, où il resta huit jours seulement.

Le traitement consista surtout en douches, et lors de sa sortie, son état était sensiblement amélioré. On lui défendit le tabac, et M. le D' Marrolte lui aurait déclaré que, s'il continuait à fumer il deviendrait fou. A cette époque, sa consommation journalière de tabac était de 40 grammes environ.

Le malade sentait si bien que tous ses maux venaient du tabac, qu'il s'était alors imaginé que quelque ennemi inconnu lui mettait certaine substance malfaisante dans son tabac; il lui arrivait alors de jeter le tabac qu'il croyait empoisonné, et d'aller en acheter d'autre chez un autre marchand ; puis, comme les mêmes accidents

se reproduisaient lorsqu'il avait fumé à l'excès son nouveau tabac, il pensait alors que c'était la pipe elle-même qui en niait la cause, et il la remplaçait aussi.

Le malade nie tout excès alcoolique ; il rapporte qu'il avait l'habitude, autrefois, de prendre tous les jours, avant son dtner.unverre d'absinthe, mais depuis dix ans il a tout à fait cessé. Il fait remonter à quatre ans le début des accidents cérébraux dont nous venons de parler. Depuis qu'il a considérablement diminué sa consommation de tabac, les vertiges avec refroidissement qui se montraient lorsqu'il avait fumé beaucoup, ont cessé.

Le malade nie tout antécédent syphilitique; il ne porte d'ailleurs aucune trace d'affection vénérienne.

Le sujet est emmétrope, et offre aujourd'hui une acuité visuelle H ; le champ visuel , d'une étendue normale , exploré avec soin , ne présente aucun scotome.

Bien que l'acuité de sa vision soit sensiblement normale, cependant le malade se plaint encore d'être un peu incommodé par un très-léger brouillard ; aussi l'engageons-nous fortement à tâcher d'abandonner complètement la pipe.

Il y a sept mois, alors que sa vision était le plus affectée, il ne pouvait reconnaître le rouge qui lui paraissait complètement noir; ainsi, les pantalons garance des soldats lui apparaissaient tout à fait noirs. Le jaune lui semblait blanc ; aussi confondait-il les pièces d'or et d'argent, les premières se montrant à lui semblables aux secondes. Il nous rapporte, à l'appui de cette illusion dont il était l'objet, (iue le dôme des Invalides lui paraissait d'argent.

Il remarqua aussi, à cette époque, que tout le monde lui semblait excessivement pâle, et que même les personnes qu'il savait avoir le visage très-coloré, lui offraient le même aspect.

Aujourd'hui encore si nous lui faisons fixer un échantillon rouge, il reconnaît parfaitement la couleur, mais si nous plaçons cet échan-

187>.— Masselon. 6

lillon en dehors du point de fixation, il nous accuse immédiatement un rouge plus clair et plus vif.

Le bleu et le vert se montrent d'une plus belle teinte s'ils sont placés en dehors du point de fixation, que lorsqu'il* sont regardés directement.

Le violet clair est encore enveloppé d'une teinte un peu grise qui disparaît si l'échantillon est placé un peu en dehors du point de fixation.

Une teinte orange placée à côté du point de fixalion.apparalt à notre malade qui a l'habitude du maaieuvint de» couleurs, comme s'il avait ajouté un peu de rouge, comparativement à ce qu'il la voit lorsqu'il la regarde directement.

Rien à noter au fond de l'œil; les artères présentent un calibre tout à fait normal.

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