OBSERVATION IX
M. F..., 52 ans, bijoutier, se présenta la première fois à la clinique du IV de Wecker, le 29 août 1871 .
A cette époque, on constate, avec une hypermétropie manifeste r. une acuité visuelb réduite à ^. Le champ visuel, trouvé normal, présente à droite et en bas, à 3 ou 4 centimètres du point de fixation, un scotome ovalaire de douze centimètres dans sa plus grande dimension. On prescrit au malade des pilules d'extrait thébaïque, et on l'engage à cesser l'usage du tabac à fumer.
27 février 1872. Le malade nous raconte que c'est au mois de février 1871, que sa vision s'est troublée; voici dans quelles circonstances : Un matin en se levant, il lui sembla que sa vue était trouble, il prit un journal que la veille encore il avait lu, et û s'aperçut que la lecture était devenue impossible; à partir de celte époque l'obscurcissement de sa vue se maintint dans le même état, sans s'aggraver. La veille, étant de garde aux fortifications, il avait eu excessivement froid, et il rapporta à cette cause l'accident qui lui arrivait. Sa con-
sommation en tabac était de 30 grammes par jour. Il a toujours été excessivement sobre, il ne s'est jamais enivré; s'il allait au café, il ne prenait que de la bière.
11 ne fume que la pipe, rarement le cigare; depuis qu'il est en traitement, il fume au plus 10 grammes de tabac par jour. Il prisait autrefois, mais depuis deux ans, il a perdu cette habitude et ne prise qu'accidentellement.
S'il lui arrive de fumer un jour plus que d'ordinaire, il constate que le lendemain sa vue est moins bonne. Il est d une excellente santé, et a remarqué que le jour où il a diminué sa consommation en tabac, son appétit s'est accru .
A l'époque où sa vue était tout à fait mauvaise, il a été frappé de la pâleur du visage des personnes qu'il regardait, en outre il lui semblait avoir comme un voile devant les yeux.
11 lui est arrivé de donner une fois, à une personne qui a été assez peu délicate pour profiter de son erreur, une piïice de iO francs pour une pièce de 50 centimes. La pièce d'or lui apparaissait, à cette époque, aussi blanche que la pièce d'argent. Aujourd'hui, il reconnaît parfaitement la couleur de l'or.
Examen des couleurs à la lumière naturelle. — Le rouge, fixé directement, lui paraît rouge un peu pâle; placée en dehors du point de fixation, cette couleur est plus rouge et plus foncée.
Le vert, placé en dehors du point de fixation, se montre plus franchement vert et plus foncé que lorsqu'il le regarde directement .
Le bleu clair, observé directement, lui semble gris-bleu ; un peu en dehors du point de fixation, il se montre plus Meu.
Rien à noter pour le bleu foncé, l'orange, le violet et le jaune.
En procédant à l'examen fonctionnel des yeux, nous trouvons, avec une hypermétropie 7^, une acuité visuelle f pour chaque œil. Le champ visuel offre une étendue tout à fait normale. En explo-
rant séparément pour chaque œil, le champ visuel, nous trouvons à droite et en bas du point de fixation, à 5 centimètres de ce même point, un petit scotome dont l'étendue ne dépasse pas 1 centimètre carré. Les deux scotomcs se superposent exactement sur le tableau noir.
En corrigeant l'hypermétropie et la presbytie, c'est-à-dire en donnant au malade un verre convexe n° H , il ne peut lire, malgré la satisfaisante acuité dans la vision de loin, que le n° 3 de l'échelle de Snellen, et encore le punctum proximum est à 9 pouces. Ce n'est qu'en ajoutant au verre corrigeant son hypermétropie un verre convexe n» 10, c'est-à-dire en lui donnant un verre convexe n° 6, qu'il peut alors parfaitement lire le nM lj2 de la même échelle. 11 y a donc, chez notre sujet, paralysie de l'accommodation, et l'hypermétropie différente de ce qui avait clé trouvé d'abord, représente l'hypermétropie totale. Les pupilles présentent une mobilité parfaite et n'offrent aucune dilatation.
A l'ophthalmoscope, rien à noter, sinon une légère blancheur de la moitié externe des papilles.