OBSERVATION X
M. I) 55 ans, fabricant d'échelles.
29 septembre 1871. Le malade présente une hypermétropie manifeste f, et une acuité xisuelle réduite à $. L'amplitude d'accommodation est normale. Les champs visuels offrent une intégrité parfaite; mais il existe, pour chacun des champs visuels, un scotome semblable, de forme angulaire, ayant pour axe le rayon vertical supérieur, dont la pointe se confond avec le point de fixation, et dont les branches curvilignes gagnent la périphérie du champ de la v isn.
Traitement. — Pilules d'opium ; abstention du labac.
3 mars 1871. Le malade nous rapporte qu'à la fin de la Con.-
mune, après avoir assisté malgré lui à de nombreuses exécutions qui eurent lieu dans le voisinage de sa maison, il s'aperçut que sa vue se troubla considérablement dans l'espace de quelques jours. Il éprouva, à partir de cette époque, et jusqu'à il y a trois mois environ, une singulière illusion : il lui semblait voir voltiger constamment devant ses yeux de la neige ; en outre, celte neige, qui paraissait toujours en mouvement, comme si elle eût été chassée par lèvent, n'était pas constamment blanche; à de certains moments, elle lui semblait diversement colorée, tantôt bleue, verte ou rouge. Pendant les premiers temps de sa maladie, il lui arrivait souvent, s'il regardait ses mains, d'y voir de larges taches noires, et il était tout surpris, s'il voulait les enlever, de s'apercevoir que ce n'était là qu'une illusion.
Il n'a pas remarqué qu'il ait jamais fait erreur dans l'appréciation des couleurs ; mais il a observé que tout le monde lui semblait d'une pâleur remarquable, et aujourd'hui même il éprouve encore un peu ce phénomène; mais il ne voit maintenant ni neige, ni aucun brouillard.
Pendant la durée du siège, et jusqu'à ce qu'il vint consulter, sa consommation quotidienne de tabac était au moins de 50 grammes par jour. Depuis cette époque, il affime n'avoir plus fumé à de trèsrares exceptions près, qu'une seule pipe chaque soir.
Il boit d'ordinaire de un litre à un litre et demi de vin par jour ; pendant la guerre sa consommation fut la môme. 11 affirme ne jamais faire abus des boissons spiritueuses.
!1 fumait exclusivement la pipe, et avait l'habitude de fumer dès le matin à jeun dans un atelier clos.
Il est d une excellente santé. Lorsqu'il a cessé de fumer à l'excès, il a remarqué que son appétit avait notablement augmenté.
Le sujet offre aujourd'hui, avec une hypermétropie manifeste ~ t une acuité visuelle 77. L'amplitude d'accommodation ne présente aucune réduction: les pupilles sont moyennement dilatées et parfaitement mobiles.
Rien à noter pour les champs visuels; nous retrouvons encore un scotome semblable à celui que nous avons signalé plus haut. Ce scotome présente la même forme, occupe la même région, mais sa pointe ne s'avance plus qu'à 8 centimètres du point de fixation. Les scetomes pris isolément pour chaque œil, se recouvrant, celui de droite débordant le scotome gauche de 2 ou 3 centimètres à droite, le scotome gauche débordant de la même quantité le scotome droit à gauche.
L'examen de la perception des couleurs n'offre rien à signaler d'anormal.
Les couleurs se montrent seulement plus sombres dansle.-cotome que dans les autres points du champ visuel.
L'examen ophthahnoscopique ne révèle aucune modification des pupilles.
OBSERVATI0\ XI.
M. (i..., 40 ans, tailleur.
4 mars 1872. L'acuité visuelle est réduite sur l'œil droit à ^. et sur l'œil gauche à ~ . I r sujet est emmétrope. Les pupilles sont parfaitement mobiles, et il n'existe pas de réduction dans l'amplitude d'accommodation .
L'examen ophthalmoseopique montre une blancheur considérable des papilles, avec amincissement très-marqué des artères; pas d'excavation .
Le malade s'est aperçu, le 15 janvier 1871, au malin, que sa vue avait considérablement baisse; il était de garde aux fortifications, et la nuit avait été très-froide. De ce jour il ne put lire le journal, ce qu'il avait encore pu faire la veille. La vue continua à baisser peu à peu, et un mois après elle était devenue tout à fait mauvaise. D'après ce que rapporte le malade, à partir des mois de mai et juin, la vue a cessé de décroître, et est restée dans le même état où elle se trouve aujourd'hui.
Lorsqu'il regarde isolement avec chaque œil, et particulièrement arec l'œil gauche, un objet blanc, la page d'un livre sur laquelle sont tracés de gros caractères, il voit une tache qui recouvre presque complètement le mot qu'il cherche à lire, et il ne peut en saisir que quelques lettres à droite.
D'après ies termes mêmes du malade, il lui semble constamment voir comme de la neige noire tomber au milieu d'un brouillard épais.
11 confond aisément les pièces d'or avec les pièces d'argent, les premières lui apparaissant blanches comme de l'argent.
11 a observé que les couleurs vives lui semblaient modifiées d'une manière qu'il ne peut définir, et qu'il avait tout d'abord de la peine à les reconnaître.
Pendant la guerre, il fumait de 50 à 75 grammes de tabac par jour; depuis il ne consommait plus en moyenne que 20 grammes par jour. Il ne fait jamais d'excès de liqueurs fortes, et boit très-peu de vin ; pendant le siège, il ne fit jamais abus des boissons spiritueuses. Lorsqu'il était de garde aux remparts, ce qui arrivait tous les trois jours, il fumait toute la nuit dans des baraques avec ses camarades. Depuis, et chez lui , il fumait dans un atelier clos. Le malade ne fume que la pipe , et en use à jeun comme après le repas.
À part une bronchite chronique dont il est atteint, le sujet se porte parfaitement.
Examen des couleurs à la lumière naturelle. L'orange est pris pour du jaune ; s'il fixe un point voisin, la même couleur est perçue mais plus claire.
Le rouge est considéré comme une teinte intermédiaire entre le jaune et le rouge, s'il fixe un point voisin de l'échantillon, la teinte se montre plus rouge.
Le vert lui semble d'un vert sale ; en dehors du point de fixation, le malade perçoit la même teinte mais plus claire.
Le bleu est bien reconnu et ne se mélange pas de gris.
Le violet est pris pour du bien, s'il est regardé directement, tandis qu'en dehors du point de fixation la coloration violette est parfaitement perçue.
Rien à noter pour le jaune.
Les champs visuels présentent une étendue normale. Il existe dans chacun des champs visuels un premier scotome ayant pour axe le rayon vertical supérieur, et qui couvre toute la moitié supérieure du champ visuel; il est limité par des lignes courbes à concavité inférieure qui partent du point de fixation, et qui suivent à peu près le diamètre horizontal ; en outre, un second scotome, moins accusé que le premier, continue celui-ci, j pour venir envahir en bas, un tiers environ de la moitié inférieure du champ visuel.
Examen des couleurs dans les scotomes. — Le rouge bien reconnu en dehors des scotomes, se fonce dans ces points, mais est néanmoins exactement perçu.
L'orange, que le malade prend pour du jaune, s'assombrit un peu dans les scotomes.
Le vert et le bleu se foncent considérablement dans les scotomes, à tel point que le malade les reconnaîtrait à peine, surtout le vert.
Le violet bien reconnu un peu au-dessous du point de fixation, devient gris, et cesse d'être perçu dans les scotomes.
Le jaune est bien reconnu dan3 les scotomes , mais il y blanchit manifestement.
Traitement. — Abstention du tabac. Dragées de lactatc de fer; injections de nitrate de strychnine à la tempe; lunettes bleues. 22 mars. L'acuité visuelle est -h à droite, et r: à gauche.