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vait se laisser tourmenter par l'idée de la mort volontaire, ce devait bien être chez ces malheureux prisonniers, qui,
n'ayant ni grâce ni merci à attendre de la part de leurs“bôur-
reaux impitoyables, n’avaient plus on perspective que les supplices les plus atroces, et ia mort la plus épouvantable
. qu’il soit possible d'imaginer. Malgré cela, les annales des
missionnaires.ne constatent qu'un bion petit nombre d’exemples de ces'infortunés qui ont prévenu, par une mort vo-
lontaire, l’époque de leurs tortures, où qui, du moins, ont . fait des tentatives à cet effet : dans ce nombre, se trouvent
. Quelques femmes de la tribu des Algonquins.
Plusieurs sauvages chrétiens, après s'être échappés des mains de leurs gardiens, ont avoué franchement que la. pensée seule des supplices auxquels ils se voyaient destinés, avait, plus d’une fois, suscité ‘chez eux l'idée du suicide, mais que la voix de la religion et de leur conscience les en avait détournés.
Dans les croyances religieuses des peuplades payennes, :
On ne pourrait certainement pas trouver de motifs suflisants pour donner l’explication de la rareté du suicide chez elles. Leur religion consistait en un spiritualisme très vague et très étendu ; et leurs idées sur les récompenses et les châtiments d’une autre vie, étaient tout aussi, obscures que les notions qu’elles entretenaient sur le vice eù a vertu. Il est bon de remarquer, toutefois. que si leurs dogmes religieux n'étaient pas de nature À restreindre chez ellés la mort VO- . lontaire, d'un autre côté, ces mêmes dogmes ne l’encourageaient pas, non plus, coïnme chez les peuples imbus des idées de la métempsycose.
D'ailleurs, d’autrés raisons très puissantes se présentent
naturellement pour donner l'explication du peu de fré-
quence des suicides chez cesnations.
Ainsi, pour les prisonniers de guerre,. lors même que l’idée de la mort volontaire se serait présentée à leur esprit, il n’aurait été guère possible de mettre ‘ce projet à exécution, ute particulière avec laquelle ils étaient sur-
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veillés par leurs vainqueurs. Un prisonnier était une victimc précieuse que l’on tenait, avant tout, à couserver pour le grand jour du sacritiée, jour de fête et de réjouissance pour ces barbares, que l’idée de la vengeance, là vue du saug et des tortures enivraient longtemps d'avance. —
. n. e far . s 7 — Le prisotfnier de son côté, avait des raisons non, moins.
fortes pour ne pas abréger son existence.
“Ainsi, les tourments qu’on allait lui faire subir, le courage stoïque avec lequel il devait les endurer, seraient au-
tant.de preuves de sa force et de sa valeur personnelles. Toutes ses souffrances seraient pour lui autant de moyens de mériter la gloire, et cette gloire devait rejaillir, nécessairement, sur tous ceux de sa tribu.. Le souvenir des ancêtres était présent à sou esprit ; et le sauvage s’enorgucillissait d'avance, en songeant avec quelle impassibilité, il braverait les tortures de ses bourreaux, lorsque, tenaillé en tous sens, brûlé à petit feu, écorché tout vif, pas un seul muscle de son visage ne trahirait la douleur, pas un seultrait de sa figure ne serait altéré. L’orgueil faisait taire le cri de la nature ; et l'idée de toutes les insultes'et des injures sans nombre qu'il jetterait à la face de ses ennemis, était presque une compensation suffisante à ses yeux, pour tous lés supplices auxquels il serait exposé. : ;
Dans les circonstances ordinaires de la vie, le sauvage.
n'avait certainement aucune raison pour recourir au suicide.
L’eunui, le dégoût de la vie n’eurent jamais accès chez ces ‘peuples, que des liens très puissants attachaient nécessaire-
ment à la vie. En effet, la vie sauvage a des jouissances, des émotions, un charme, que l’homme civilisé, le citadin luxueux ne sauraient guère comprendre. Le spectacle tou- Jours présent de la nature, le grand air, l'indépendance illimitée, l’affranchissement des liens de la société, et des mille et mille tracasseries de la vie civilisée, doivent bien avoir un attrait tout particulier, puisqu'on a vu si souvent, autrefois, des Européens dépouiller volontairement les livrées de la
civilisation, se faire sauvages, ct adopter les mœurs, les ca
tumes et le genre de vie de ces tribus.
Dephis deux ‘siècles, les restes des tribus Canadiennes sont cernées de toutes par Îles progrès dela civilisation qui leur tend|les bras ; mais à mesure que cette dernière avance, eux s'éloïgnent. Presque tous ont échangé leurs religions barbares contre la doctrine pure du catholicisme ; mais leurs idées du reste, sont toujours ‘les mêmes; et c’est à peine, s’ils jettent, en passant, un regard insoucieux sur les édifices - et les monuments de nos villes, auxquels ils ne portent nulle
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. Le sauvage a donc réellement plus d’attache à la vie que l'homme civilisé ; et ée sentiment, très -développé chez : eux,-explique, à. défaut des idées religieuses, pourquoi ils n'avaient pas recours au süicide. Si parfois, on les a vus faire le sacrifice de léur existénce avec une certaine indifférence, ce n'était pas par satiété de la vie, mais bien parce- . qu'un sentiment plus fort, uné passion dominante, comme l'amour de la gloire, l’enivremént des combats, l’'emportaieut Chez eux sur l'instinct de la cot servation.
IL. Si l'on porte à présent kes regards sur les restes de ‘ces anciennes tribus qui peupleht encore les immenses forêts du Bas-Canada, on y constate que le suicide y est entière-
ment inconnu. »
, Je dois les détails qui suivent à l'obligeance du Révérend Père Durocher, O. M. 1,,| missionaire Canadien, qui depuis 1829, a évangélisé régulièrement ces peuplades.
Les principales tribus sont ‘celles des Agonquins, proprement dits, des Troquois, des Têtes de Boule, des Monta- gnais, des Oulaouais et des’ Näskäpis. La population réunie de toutes ces peuplades s'élève à à-peu-près soit 12,000! individus,
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lement ; ‘aussi ne se ‘réunissent-elles guère qu’à l'époque du retour du missionnaire. Se e
; ES Leur civilisation est aussi avancée qu’elle peut le devenir, et eh fait d'instruction morale et intellectuelle, aucun peuple civilisé ne saurait soutentf"la comparaison avec quelques-unes de ces tribus, notamment celle des Montagnais,
qui savent tous lire et écrire, et que l'on appelle générale. .
ment la tribu des saints. Toutes ces tribus sont catholiques, à l’exception. toutefois de celle des Naskapis, qui, en général, n’ont de teinture du christianisme que ce qu'ils ont appris dans leurs rapports avec les autres tribus. Ces sauvages connaissent à fond les dogmes et les vérités de ln religion catholique, dont ils font leur unique étude, et qu'ils s'appliquent à connaître et à approfühdir chaque jour d'a.
vantage. DORE Rs
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Rien n’égale la vivacité de leur foi, là forcé de leurs sentiments religiéux, et la pureté de leurs mœurs. Tous sont remarquables par leur sobriété, à l'exception toutefois des Algonquins, chez qui, à cause de leurs fréquents rapports
- avec les Blancs, l’ivrognerie fait des ravages considérables
depuis quelques années: auséi de 500 familles qu'ils comptaient autrefois, sont-ils réduits aujourd’hui à 300. L'idiotisme ét l’aliénation mentale sont choses à peiné connues chez les sauvages. N'ayant aucune forme de gouvernement, la Religion seule maintient l'harmonie des rapports entre eux ; âussi les times troublèht-ils rarement la tranquillité de ces peuples heureux-
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